L’éthique est à la morale ce que l’équité est à la justice

Chronique de Louis Lapointe


L’éthique est à la morale ce que l’équité est à la justice. Sans justice
il n'y aurait pas d'équité comme sans morale, il ne pourrait y avoir
d’éthique.
L’équité n’a pas la lourdeur des sentences et des jugements prononcés par
le juge. Elle ne menace pas, comme la police peut le faire, parce qu’elle
ne relève pas du dictat de la loi, mais bien du bon sens. Elle est plus
discrète et conviviale et ne nécessite pas de témoin ou de juge. Elle est
une affaire plus personnelle qui favorise le bon voisinage et témoigne du
désir de vivre ensemble dans la poursuite du bonheur.
Il en est de même de l’éthique qui, même si elle s’abreuve à la morale,
n’en a pas la lourdeur. L’éthique est plus populaire et s’attache davantage
à la méthode qu’au fondement. Tout est dans la façon de faire, dans la
rectitude des gestes et du langage. Mais cela ne doit pas tromper
l’observateur, il y a un but recherché : ne pas choquer l’autre pour bien
vivre ensemble.
Nous le voyons, non seulement il y a analogie entre l’équité et l’éthique,
mais en plus il y a complémentarité. L’une ne va pas sans l’autre. À deux,
elles couvrent l’ensemble du spectre des rapports entre humains. L’une
régit le bon voisinage, l’autre s’occupe des individus du même clan.
L'équité comme l'éthique, portent toutes deux en elles le germe du
compromis et favorisent la même légèreté des rapports entre humains.
Alors que la justice et la morale tiennent les individus responsables de
leur malheur et les sanctionnent, l’équité et l’éthique les encouragent à
poser les gestes qui conduisent au bonheur, la façon de faire contribuant
davantage à l’atteinte du bonheur que la conscience de la finalité des
gestes posés. Elles allègent le fardeau d’une vie, masquant les lourdes
exigences de la morale et la justice qui n’autorisent aucune fantaisie.
Toutefois, qu’on ne se trompe pas sur la probité de l’équité et de
l’éthique, si elles sont conviviales, elles sont aussi élastiques. Si elles
peuvent produire du bonheur, elles peuvent aussi être la source de grands
malheurs lorsqu’on les étire trop. La duplicité et l’hypocrisie sont leurs
cousines. Combien d’organisations se drapent dans l’équité et l’éthique
pour imposer leur implacable logique du profit qui ne fait pas que des
heureux dans leurs relations avec leurs employés, leur clientèle et la
population.
Lorsque les valeurs communes ne s’imposent plus naturellement, la morale
et la justice viennent à la rescousse, elles imposent leur arbitrage sans
lequel la société sombrerait dans la déchéance et le chaos. Ce sont elles
qui assurent l’équilibre du monde humain, ce que l’équité et l’éthique ne
peuvent faire, puisqu’elles ne sont que des mécanismes d’autorégulation du
quotidien. Elles n’ont pas le caractère universel et transcendant que la
justice et la morale peuvent avoir.
Louis Lapointe
Brossard

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Chroniqueur et avocat à la retraite, l'auteur a été directeur de l'École du Barreau du Québec, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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