L’échec du SPQ Libre et de beaucoup d’autres péquistes

Désillusionnée, la population est à la recherche d’un leadership fort

Tribune libre - 2007

Texte publié dans Le Devoir du 11 juillet 2007
***
Dans son éditorial du 5 juillet dernier intitulé [« L’échec du SPQ Libre »->7552],
Bernard Descôteaux fait porter aux promoteurs de ce club politique de
gauche au sein du Parti Québécois la responsabilité du mauvais diagnostic «
attribuant la défaite de 2003 au fort taux d'abstention ». L’une des fuites
en avant les plus répandues à l’époque voulait effectivement que le plus
faible vote populaire du PQ depuis 1973 ait trouvé sa source dans le fait
que les abstentionnistes (les plus nombreux depuis 1927) aient été pour la
plupart des péquistes. L’échec électoral de 2003 aurait donc été le fait
d’une machine électorale qui aurait failli à la tâche de « faire sortir le
vote ». Mais loin de n’être que l’apanage du SPQ Libre, cette explication,
aussi réconfortante que douteuse, s’était propagée à une allure folle dans
les esprits des nombreux militants péquistes meurtris. Elle a même été
reprise par le député de Rousseau, François Legault, dans un texte paru
dans Le Devoir du 6 mai 2003. Elle a enfin été évoquée de façon plus
studieuse par le sociologue Pierre Drouilly dans la revue L’Action
nationale de mai/juin 2003.
S’il avait été vrai que tant de péquistes sont restés à la maison le jour
du vote, on aurait observé un écart significatif entre ce qu’annonçaient
les sondages à la veille du scrutin et ce qu’ont finalement recueilli les
urnes. Or, le sondage Léger Marketing du 13 avril 2003 prévoyait 34% au PQ
qui en obtint finalement 33,2%. On y accordait 47% au PLQ qui s’en tira
avec 45,9% alors que les 17% destinés à l’ADQ se sont matérialisés en un
résultat de 18,3%. Ces petits écarts de 0,8%, 1,1% et 1,3% semblent plutôt
montrer que la décevante participation de 70,4% a été subie plus ou moins
autant par les trois grands partis.
Voulant en avoir le cœur net, j’avais fait l’analyse de cet aspect des
résultats des scrutins du 30 novembre 1998 et du 14 avril 2003, en
établissant les corrélations entre la variation de l’abstentionnisme d’une
élection à l’autre et la variation des suffrages recueillis par les
différents partis. Publiée en détails dans L’Action nationale de septembre
2003, cette étude conclut que la chute du taux de participation n’explique
que 7% du déclin des appuis péquistes de l’époque. Cela signifie que si le
taux de participation de 2003 s’était maintenu au niveau de celui de 1998,
la dégringolade du PQ se serait arrêtée à 34% du vote exprimé plutôt qu’à
33%, mais néanmoins 11 points derrière de PLQ de Jean Charest. Tous les
autres qui avaient voté pour le PQ de Lucien Bouchard mais ne l’ont pas
fait avec Bernard Landry ont donc tout simplement voté pour d’autres. En
effet, de la même façon que pour les abstentions, j’ai vérifié si, d’une
circonscription à l’autre, il y avait un rapport répétitif entre la
variation du vote péquiste et celles des votes libéraux et adéquistes entre
1998 et 2003. Il en a résulté des coefficients de régression respectifs de
-70% et -57% montrant que les changements d’allégeance se sont surtout
faits du PQ vers le PLQ et, dans une moindre mesure, vers l’ADQ.
L’abstention massive des péquistes en 2003 est donc un mythe. Mais cela ne
signifie pas pour autant que les misères électorales du PQ tiennent à ses
orientations souverainiste et social-démocrate. Le PQ de 2003 sollicitait
un improbable troisième mandat d’affilée. Et il est permis de croire qu’un
chef perçu davantage « premier-ministrable » que ne l’a été André Boisclair
en mars 2007 aurait mieux rassemblé les 45% de souverainistes et les 60%
d’insatisfaits du gouvernement Charest à ce moment. Désillusionnée, la population est à la recherche d’un leadership fort. Et Pauline Marois a
beau prévenir que « cette responsabilité ne doit plus reposer sur les
seules épaules du chef », le salut du PQ dépend surtout de ce que les
Québécois penseront d’elle.
Christian Gagnon, ing.

Président régional 2002-2005

Parti Québécois de Montréal-Centre
-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --

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CHRISTIAN GAGNON, ing.
_ L’auteur a été président régional du Parti Québécois de Montréal-Centre d’octobre 2002 à décembre 2005





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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    9 juillet 2007

    Très intéressant article, dont je retiens surtout la conclusion pour l'avenir. Le sort du PQ dépend en effet surtout de Pauline Marois. Non pas seulement de sa personnalité toutefois, mais aussi de son aptitude à expliquer aux Québecois ce qu'est l'indépendance.
    Salve!
    Gaston Laurion