Dix millions de plus pour les écoles privées

Les commissions scolaires espèrent profiter elles aussi des largesses de l'État

Écoles privées juives

S'il y a assez d'argent pour les écoles juives, il devrait y en avoir pour l'éducation publique dans le prochain budget, a lancé le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), André Caron.
M. Caron réagissait à la manchette du Devoir de jeudi, qui révélait que le ministre de l'Éducation a accepté de financer à 100 % des écoles juives qui s'associeraient avec des commissions scolaires, et ce, «pour favoriser des échanges culturels».
«S'il y a dix millions à mettre là, ça veut dire que la situation financière n'est pas si pire. Pour le prochain budget du mois de mars, les commissions scolaires devraient voir assumer leurs coûts de système et recevoir des budgets pour le développement», a déclaré M. Caron avec ironie, précisant qu'il y a des priorités budgétaires plus importantes.
Le président de la FCSQ, qui avait fait une sortie publique à l'automne pour déplorer le financement accru du secteur privé en raison de l'augmentation du nombre d'élèves qui le fréquentent, se promet d'en reparler ultérieurement au ministre, Pierre Reid.
M. Caron était visiblement mal à l'aise devant cette nouvelle puisqu'un de ses membres, la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, a signé un tel contrat avec cinq écoles juives, récoltant au passage 10 % de la subvention pour faire transiter l'argent vers ces écoles.
«Les 61 commissions scolaires sont autonomes, grandes et vaccinées», a commenté le président de la FCSQ.
Il juge néanmoins le moment mal choisi pour une telle décision de la part du ministre. «Peut-être que cela n'arrive pas à un moment privilégié dans le calendrier, compte tenu qu'on arrive à la fin de la dérogation sur la confessionnalité dans les écoles [en juillet prochain]», a poursuivi M. Caron, étonné de ne pas avoir été consulté.
La présidente de la Fédération des comités de parents du Québec, Diane Miron, partage ses inquiétudes. «Ce n'est peut-être pas le bon "timing". Ça risque de brouiller les cartes par rapport au dossier de l'enseignement confessionnel dans les écoles», a déclaré Mme Miron hier.
Ce n'est pas l'analyse du ministre de l'Éducation, qui a répété hier que son geste n'était pas lié au statut confessionnel des écoles juives et que les échanges culturels entre les commissions scolaires et les écoles juives ne comporteraient en aucun cas des activités religieuses.
Interrogé sur les informations voulant que la décision ait été téléguidée par le cabinet du premier ministre, Pierre Reid a répondu qu'elle a été «prise par le gouvernement». «C'est une décision qui a été annoncée par le ministre de l'Éducation, avec laquelle je suis tout à fait à l'aise», a soutenu le ministre, notant que cela avait fait l'objet de discussions avec des collègues du gouvernement.
M. Reid a également souligné que le financement n'enlève rien aux écoles publiques puisque les fonds proviennent directement du Conseil du trésor. «Pas un sou n'est enlevé au secteur public pour aller à ce projet», a assuré le ministre quelques minutes après avoir été accueilli par un groupe d'une dizaine de syndiqués de la CSQ. Ceux-ci l'ont apostrophé pour critiquer l'octroi de sommes aux écoles juives privées alors que le réseau public «manque de tout».
«L'an passé, le gouvernement a lancé en grande pompe dix millions pour les élèves en difficulté à travers le Québec, et là, tout d'un coup, on en trouve autant pour des écoles juives», a fait valoir la présidente du syndicat de l'enseignement de la Pointe-de-l'île, Marie Marsolais.
Au concert de protestations qui a retenti cette semaine est venue s'ajouter hier la voix du président de la FTQ, qui a emboîté le pas à ses homologues de la CSN et la CSQ. Henri Massé a invité le ministre à faire marche arrière et à fermer cette boîte de Pandore. «Tout le monde va se mettre en ligne pour bénéficier des largesses irréfléchies du ministre. C'est de la folie furieuse, et cette situation risque de relancer un débat que nous croyions clos depuis la refonte des commissions scolaires, en 1998», s'est insurgé Henri Massé.


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