Analyse

Arrêtez-le !

Personne ne sera étonné d'apprendre que la majorité des Québécois (56 %) ne veulent pas d'élections estivales, mais le premier ministre et sa ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, risquent d'avoir un choc en constatant que 70 % -- et même 51 % des électeurs libéraux -- auraient préféré davantage d'investissement en santé et en éducation qu'une baisse d'impôt.

Sortie de crise

Les seuls qui peuvent encore empêcher des élections estivales sont sans doute les députés libéraux, qui ont un intérêt vital à tempérer les ardeurs guerrières du premier ministre Charest.
Qu est-ce que je pourrais bien m acheter?
Plusieurs d'entre eux ont poussé un soupir de soulagement le soir du 26 mars dernier. Au train où allaient les choses, quelques jours de campagne de plus, et ils étaient battus. Le sondage Léger Marketing réalisé au cours des derniers jours indique que cette tendance lourdement défavorable au PLQ s'est poursuivie depuis les élections.
À peine un francophone sur quatre avait voté libéral. Il n'y en aura bientôt qu'un sur cinq. Même des aspirants potentiels à la succession de M. Charest, comme Philippe Couillard ou Claude Béchard, risqueraient d'être emportés par la vague.
Le premier ministre peut être tenté de jouer son va-tout en provoquant la tenue d'élections, mais il pourrait compromettre du même coup l'avenir du PLQ. Pour le bien du parti, ses députés doivent l'empêcher de commettre l'irréparable et le maintenir sur respirateur artificiel pendant encore quelque temps.
Depuis le dépôt de jeudi dernier, M. Charest met quotidiennement les partis d'opposition au défi de renverser son gouvernement et d'expliquer aux Québécois pourquoi ils les ont privés d'une baisse d'impôt de 950 millions. Il serait toutefois bien imprudent de compter sur le soutien de cette «classe moyenne» dont il vient de découvrir les souffrances.
Personne ne sera étonné d'apprendre que la majorité des Québécois (56 %) ne veulent pas d'élections estivales, mais le premier ministre et sa ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, risquent d'avoir un choc en constatant que 70 % -- et même 51 % des électeurs libéraux -- auraient préféré davantage d'investissement en santé et en éducation qu'une baisse d'impôt.
Faire tomber un gouvernement parce qu'il veut baisser les impôts serait une première en Amérique du Nord, martèle le premier ministre, mais il est aussi inusité de voir des contribuables disposés à y renoncer. On a souvent l'impression que M. Charest ne comprend pas vraiment la «société distincte».
Déjà, il avait commis l'erreur d'axer toute sa campagne sur un bilan dont 57 % des électeurs se disaient insatisfaits. Le budget de la semaine dernière n'offre manifestement pas une meilleure garantie de succès. Qui plus est, le PLQ devra traîner le boulet du rapport Grenier sur Option Canada.
Rien dans le sondage n'est de nature à inciter Mario Dumont à se montrer moins intransigeant dans ses exigences budgétaires. Il faut battre le fer pendant qu'il est chaud. L'important n'est pas tant de savoir si les Québécois veulent des élections, mais pour qui ils voteraient s'il y en avait. M. Dumont aurait toutes les chances de devenir premier ministre.
Avec 33 % des intentions de vote, il ne serait sans doute pas en mesure de former un gouvernement majoritaire, mais l'effondrement du PLQ pourrait permettre un transfert supplémentaire de voix fédéralistes à l'ADQ. La souveraineté est peut-être à son plus bas niveau depuis 2002, mais il ne faut jurer de rien. Qui aurait dit que le PQ récupérerait aussi rapidement du désastre du 26 mars?
Il est vrai que M. Dumont avait poussé un soupir de soulagement en voyant le pouvoir lui échapper de justesse il y a deux mois. Il était le premier à savoir qu'il était loin d'avoir une équipe de rêve. On peut cependant parier que les candidats ministrables seront beaucoup plus nombreux à frapper à la porte de l'ADQ la prochaine fois.
Pourquoi donnerait-il au PLQ le loisir de changer de chef et à Pauline Marois le temps de s'installer. Durant la dernière campagne, le chef de l'ADQ était perçu comme le meilleur premier ministre potentiel. Il est maintenant passé au deuxième rang derrière Mme Marois. Qu'arriverait-il si Philippe Couillard succédait à M. Charest?
C'est Pauline Marois qui a la décision la plus difficile à prendre. Son arrivée a indéniablement revigoré le PQ, mais il est encore bien tôt pour savoir dans quelle mesure l'effet sur l'électorat sera durable?
Au lendemain de la démission d'André Boisclair, un sondage Crop accordait 40 % des intentions de vote au PQ, dans l'hypothèse où Mme Marois deviendrait chef, soit 10 points de plus que l'ADQ et 19 de plus que le PLQ.
Il est toujours délicat de comparer des sondages réalisés par deux maisons différentes, mais les chiffres que Le Devoir publie aujourd'hui sont nettement moins emballants pour le PQ. Et si la «balloune» allait se dégonfler?
En revanche, le «nouveau PQ» que propose Mme Marois, plus axé sur la création de la richesse et moins anxieux de replonger le Québec dans un nouveau psychodrame référendaire, plaît manifestement. Dans une campagne électorale, son expérience pourrait être rassurante devant l'inconnu que représente encore l'ADQ.
Le pari d'élections précipitées est certainement tentant. Dans un premier temps, se retrouver dans le fauteuil du chef de l'opposition officielle, face à un gouvernement adéquiste minoritaire et une poignée de libéraux relégués dans le «poulailler» de l'Assemblée nationale, serait même le scénario idéal pour Mme Marois.
Elle éviterait ainsi de se retrouver dans la désagréable position de Lucien Bouchard, qui n'en faisait jamais assez au goût des «purs et durs», tout en poussant Mario Dumont vers une autonomie de moins en moins acceptable au Canada anglais.
Les Québécois ont cependant toujours apprécié le caractère raisonnable et responsable de Mme Marois. Ils lui seraient sans doute reconnaissants de faire simplement preuve d'un peu de patience.


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