La Presse et le 26 mars (1)

Une place à l’ADQ

Nous souhaitons donc l’élection d’un nombre suffisant de députés de l’ADQ pour que Mario Dumont puisse, sur cette fondation, bâtir une alternative de gouvernement crédible.

Québec 2007 - Analyse

À la fin de chaque campagne électorale, comme le veut la tradition dans la presse nord-américaine, La Presse fait connaître ses préférences. Nous ne le faisons évidemment pas dans l’idée d’imposer un point de vue à nos lecteurs mais dans l’espoir d’apporter une contribution utile au débat public.
Comme toutes les opinions exprimées quotidiennement dans cette colonne éditoriale, nos prises de position électorales n’engagent en rien le service de l’information. Celui-ci continue à faire son travail en toute indépendance et objectivité.
Nous présentons aujourd’hui le premier de deux textes.
Une place à l’ADQ
Le Québec est confronté à des défis cruciaux. Des choix difficiles devront être faits au cours des prochaines années, notamment pour assurer la pérennité de nos programmes sociaux tout en diminuant l’endettement de l’État; pour investir massivement en éducation, clé du dynamisme de notre économie; pour promouvoir les industries d’avenir et faciliter la conversion des secteurs traditionnels; pour donner à nos villes, en particulier à Montréal, les moyens d’être compétitives; pour intégrer les milliers d’immigrants sans lesquels notre société péréclitera tout en préservant la culture et les valeurs majoritaires.
C’est en songeant à ces défis que les Québécois éliront, lundi, leur prochain gouvernement. C’est une décision importante, qu’ils prendront comme à leur habitude avec un savant dosage d’audace et de sagesse.
Pour plusieurs raisons, nous ne pensons pas que le Parti québécois soit en mesure d’offrir au Québec le gouvernement dont il a besoin en cette période de bouleversements économiques à l’échelle mondiale. Fermement convaincus que le Québec est beaucoup mieux en mesure de faire face à ces changements et de se développer au sein de la fédération canadienne que comme pays indépendant, nous nous opposons fermement au projet, maintes fois réitéré par le chef du PQ, de tenir un troisième référendum sur la souveraineté du Québec.
Non seulement le projet d’indépendance est-il risqué et plein d’embûches, mais la période actuelle est particulièrement mal choisie pour replonger les Québécois dans un débat aussi déchirant. D’ailleurs, les enquêtes d’opinion sont claires à ce sujet : presque 7 Québécois sur dix sont contre la tenue prochaine d’un référendum.
Ce qui a été le principal fondement de l’argumentaire des souverainistes au cours des récentes années, le déséquilibre fiscal, est en voie d’être réglé, grâce entre autres au plus récent budget fédéral. On a là une preuve de plus de la capacité du fédéralisme d’évoluer pour répondre aux besoins des Canadiens, notamment des Québécois. Les avantages financiers que prédisait le «budget Legault» au lendemain de l’indépendance paraissent aujourd’hui plus douteux que jamais.
La «feuille de route» adoptée par le PQ au début de la campagne électorale annonce la proclamation unilatérale de l’indépendance du Québec au plus tard un an après le début de négociations avec le reste du Canada, une démarche qui serait illégale en vertu du droit international et du droit constitutionnel canadien. Une position aussi radicale relève soit de l’inconscience soit de l’improvisation. Dans un cas comme dans l’autre, il y a là de quoi susciter une profonde inquiétude chez les électeurs.
D’autres aspects de la plate-forme électorale péquiste sont préoccupants, en particulier le gel proposé des droits de scolarité universitaires et des tarifs des garderies. La culture du gel a déjà coûté trop cher à l’État québécois et aux maisons d’enseignement supérieur sans qu’elle n’apporte quelque bénéfice que ce soit au plan de l’accessibilité.
Enfin, bien qu’ayant mené une campagne plus solide que ne le prévoyaient plusieurs observateurs, le chef du parti, André Boisclair, n’a pas réussi à dissiper tous les doutes relatifs à son jugement. Bref, ni le chef ni le parti ne sont prêts à reprendre le pouvoir.
De leur côté, le Parti vert et Québec Solidaire sont porteurs de valeurs généreuses et de bonnes intentions, mais ils ne peuvent évidemment pas prétendre à la gouverne du Québec à court terme.
+++
La montée spectaculaire de l’Action démocratique du Québec a dominé l’actuelle campagne électorale. À plusieurs reprises au cours des dernières années, nous avons condamné les choix stratégiques faits par Mario Dumont, choix qui nous semblaient relever d’un opportunisme dépassant les bornes. Ce fut le cas lorsqu’il s’est rangé du côté de la station de radio de Québec CHOI sans se distancer clairement des propos outranciers tenus à répétition par Jeff Fillion. Nos réserves à cet égard demeurent.
Le programme électoral de l’ADQ est accrocheur, mais comprend plusieurs propositions simplistes et inconsidérées.
Il y a aussi cette position «autonomiste» de l’ADQ, certes séduisante pour bien des Québécois mais en même temps vague et naïve. Heureusement, Mario Dumont a été clair au cours du débat des chefs : «Ne comptez pas sur moi, a-t-il dit à André Boisclair, pour vous aider à organiser un référendum.» Le programme du parti est également catégorique : «S’affirmer sans se séparer». Nous considérons qu’il s’agit-là d’engagements solennels, qui ne sauraient être reniés sous aucune considération.
Après quatre ans de sondages misérables, Mario Dumont n’a pu réunir autour de lui une équipe qui pourrait prétendre à former un gouvernement. Outre l’ancien président du Conseil du patronat, Gilles Taillon, il se trouve sans doute quelques candidats peu connus qui ont la stature requise. Mais il n’y en a pas assez. Le chef et son entourage sont dépourvus de toute expérience de gestion de l’État. Il serait très imprudent pour les électeurs de confier les rênes du gouvernement aux adéquistes.
Cela dit, il faut admirer la détermination dont a fait preuve M. Dumont. On l’accuse à raison de populisme. Ce populisme reflète aussi une qualité : mieux que les deux autres chefs, «Mario» (comme tout le monde l’appelle, ce qui est significatif) sait prendre le pouls des Québécois.
En autant qu’elle ne mène pas au gouvernement à court terme, la renaissance de l’ADQ est bienvenue. Cette formation représente un courant profond, nationaliste et conservateur, qui est depuis trop longtemps absent de nos institutions politiques. Ce courant-là, alimenté par une colère populaire manifeste et souvent justifiée, doit avoir une place à la mesure de sa force réelle. Si cela arrivait, le débat politique québécois, englué depuis 40 ans dans la dichotomie fédéraliste-souverainiste, pourrait enfin emprunter une trajectoire nouvelle.
Nous souhaitons donc l’élection d’un nombre suffisant de députés de l’ADQ pour que Mario Dumont puisse, sur cette fondation, bâtir une alternative de gouvernement crédible.

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André Pratte876 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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