Une chaîne française en anglais

2006 textes seuls


Monsieur Albert Salon, Président
_ Forum Francophone International
_ Section France


Cher Président,
Vous lirez sans doute avec intérêt la lettre ci-dessous du Président de l'Association Québec-France, que vous pourrez transmettre, si vous le jugez à propos, au Président de la République.

Gaston Laurion
_ Secr. gén. Section Québec

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Québec, le 31 mars 2006
Une chaîne française en anglais
Le Devoir de ce jour nous apprend que la [nouvelle chaîne française internationale envisage de diffuser en anglais->682]. La raison : faire entendre le point de vue français à travers la planète. Très discutable sauf si l'on veut vendre quelques marchandises!
À ce compte, pour atteindre un vaste public, il faut dorénavant tourner tous les films français en anglais; il faut écrire tous les romans français en anglais; il faut composer toutes les chansons françaises en anglais; il faut publier toutes les revues françaises en anglais. Si c'est ainsi que l'on compte lutter contre le chômage en France, on m'expliquera comment des classes d'artistes, d'auteurs, de journalistes, de créateurs pourront continuer à travailler dans leur langue. Pourquoi des professeurs devraient-ils poursuivre leur enseignement dans une langue maternelle inutile et dévalorisée?
On m'expliquera à quoi rime toute la lutte à propos de la diversité culturelle menée par la France et le Québec devant l'Unesco à grands coups de discours que l'on s'apprête de la sorte à vider de leur sens. Je voudrais comprendre la sortie du président français qui ne peut entendre un discours prononcé en anglais devant une instance européenne si c'est pour financer ensuite à longueur d'années un réseau qui s'exprimera en anglais. Il faudra me démontrer la nécessité de tous ces efforts de présence française sur la scène internationale, comme l'Alliance française ou les institutions de la Francophonie, si c'est pour renoncer à sa personnalité au moment d'utiliser la puissante vitrine que représente la télévision. N'y a-t-il que des téléspectateurs anglais de par le monde? Veut-on vraiment s'ouvrir à toute la planète ou se soumettre à une partie du monde seulement? Alors que d'autres réseaux internationaux s'apprêtent à diffuser ou le font déjà dans leur langue, le réseau international français entreprendrait la route inverse. Il se ratatine. La pensée cartésienne en prend pour son rhume. « C'est songé!», comme on dirait au Québec.
J'arrive du festival du film de l'Outaouais où les cinq films français que j'ai vus tournés en collaboration avec Israël l'ont été en anglais ou en hébreux avec sous-titres anglais. Ça n'a produit que des navets. Si on cherche à pénétrer le marché international avec ce genre de coopération pour faire valoir le cinéma français, on a plutôt obtenu le résultat contraire. Pour ma part, on m'a convaincu de ne plus jamais aller voir de films français en co-production israélienne. On ne m'aura pas une autre fois!
On parle une langue avec des mots et l'on développe une pensée avec les mots de cette langue. Plus que des phrases, c'est un état d'esprit, une façon de concevoir le monde qu'une langue véhicule. Dès l'instant que la télévision française se déguise en une autre langue, c'est une pensée que l'on vient de travestir, de trahir, Traduttore, traditore!
Pourquoi monopoliser tout un réseau de production pour un point de vue que des journalistes français peuvent très bien traduire dans le cadre d'entente avec d'autres réseaux? Il n'en manque pas, ni de journalistes capables de traduire ni de réseaux qui ne demandent pas mieux que de faire voir un autre point de vue différent, juste pour bénéficier de la cote d'écoute engendrée par la controverse. Un peu de bon sens avant de céder à ce mercantilisme primaire!
René Cloutier
_ Québec (Québec) G1H 2Y8
_ président de la régionale de Québec
_ Association Québec-france
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Une chaîne française en anglais
De : Salon Albert
_ À : Ulrich, Maurice (Elysée)
Monsieur le Sénateur,
_ Monsieur le Conseiller,
_ cher Monsieur

Voici, ci-haut, ce que notre section FFI du Québec nous suggère de transmettre à Monsieur le Président de la République au sujet de la CFII.

J'y ajoute un résumé de la position de nos associations françaises, dont vous connaissiez déjà l'essentiel.

D'une manière plus générale, dans la situation actuelle, le Président et son gouvernement pourraient, croyons-nous, sortir de la "Tragédie" qui est surtout celle de la France, et retrouver un peu de la faveur populaire s'ils accomplissaient des gestes significatifs dans le sens des intérêts culturels français. Comme bien des écrivains le soulignent depuis quelques années, "le culturel" prend une place de plus en plus grande dans la vie des peuples et dans les relations internationales.
Ces gestes, en cette année Senghor et de la Francophonie, pourrraient porter notamment sur ce que de nombreuses associations et personnalités demandent au Président dans leur "Appell à une action mondiale pour le français et la Francophonie".
M. Boutros Boutros-Ghali, M. Maurice Allais, prix Nobel de sciences économiques, le Prince Charles-Philippe d'Orléans...s'y sont joints récemment et sont à ajouter à la liste de signataires que vous avez reçue.

En vous priant de transmettre ces messages à Monsieur le Président de la République, je vous prie de bien vouloir agréer l'expression de notre espoir tenace et de mes sentiments respectueux et les meilleurs.

Albert Salon, ancien Ambassadeur, Président du FFI-France et d' "Avenir de la langue française".


(message envoyé en mars à divers interlocuteurs concernés) : je vous donne brièvement la position de nos associations "français-Francophonie" en ce qui concerne la chaîne CFII :

J'ai eu l'occasion de la dire à notre Ministre M. Donnedieu de Vabres le 23 mars lors d'une réception qu'il donnait rue de Valois. Et les trois associations agréées par lui l'ont exprimée à M. Xavier North hier lors d'une réunion à la DGLF, rue des Pyramides :

- 1) TV5 et CFII sont bien dictinctes : TV5 est réellement internationale francophone (programmes et finances viennent de plusieurs pays et chaînes), alors que CII ou CFII sera une chaïne française d'information, dans le genre de CNN ou de la Deutsche Welle. La première est surtout une chaîne de programmes, plutôt généraliste et de culture, alors que la seconde en est d'information quasi continue.
- 2) La France et la Francophonie ont besoin des deux.
- 3) Il faut que le gouvernement français et les chaînes françaises soient capables d'assurer leurs parts respectives dans le fonctionnement et dans le financemment des deux instruments. En clair : il ne faut pas que le financement de l'une pompe le financement de l'autre.
- 4) Comme Al Jazira, il est, pour tout bon défenseur du français et de la Francophonie, inconcevable que la CFII ne soit pas d'abord clairement identifiée par sa langue nationale, en l'occurrence le français pour la CFII. Nous ne pouvons donc pas accepter l'annonce entendue et lue récemment selon laquelle la chaîne émettrait et diffuserait à 75% en anglais. D'autant plus que l'argument de la qualité de l'anglais à employer amènerait nécessairement à recourir à des journalistes (voire à des concepteurs de programmes!...) de langue maternelle anglo-américaine, au détriment du recrutement de nos compatriotes.
- 5) Cela ne signifie naturellement pas que la chaîne doive émettre, et diffuser partout, uniquement en français.
Il faut bien utiliser aussi les principales langues des grands publics auxquels nous voulons porter le "point de vue de la France" sur les évènements et évolutions du monde.
- 6) Mais il faut que la France, bien sûr, mais aussi tous les pays membres de la Francophonie aient un accès à cette chaîne très largement en français.
- 7) Il faut que les francophones ailleurs dans le monde puissent accéder en français à cette chaîne à des heures de bonne écoute.
- 8) Malgré la modicité des crédits prévus (sauf pour les confortables rémunérations des responsables...), il convient d'offrir dès le lancement : certes des émissions en aglais, au moins pour les pays réellement anglophones, mais aussi et surtout des émisions en espagnol et en arabe dans les grandes aires de ces deux très grandes langues, pour ajouter ensuite progressivement le portugais, le russe...
- Si l'on ne peut dès le début "accréditer" la CFII selon ces lignes, il vaut mieux la différer et renforcer dans l'intervalle les informations et autres programmes de TV5. Un esprit et une personnalité se créent largement dès le lancement.



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