Un nouveau nationalisme pour le Québec

Jean-Sébastien Ranger. L'auteur étudie au baccalauréat en Science politique à l'UQAM

2006 textes seuls


Les indépendantistes québécois me font de plus en plus penser à une bande d'enfants de 10 ans qui jouent au ballon chasseur dans une cour d'école. Mais au lieu de lancer le ballon sur l'équipe adverse, ce que même les enfants de cet âge sont capables de faire, ils préfèrent s'entre tuer et s'auto flageller.
En effet, le débat entre le nationalisme ethnique (représenté par les « ceintures fléchés » à la Ghislain Lebel) et le nationalisme civique (dominé par les « mous » à la Boisclair) a profondément divisé le mouvement souverainiste et a fait couler beaucoup d'encre. Selon moi, ce débat en est un faux qui plait allègrement à nos adversaires fédéralistes. Je propose donc à tous les citoyens se préoccupant de la question du nationalisme, et plus particulièrement aux souverainistes québécois, une nouvelle conception de la nation développée par Michel Seymour, professeur de philosophie à l'Université de Montréal, dans son ouvrage La nation en question paru en 1999 : le nationalisme sociopolitique.
J'ai pris connaissance personnellement de cette nouvelle thèse lors d'une lecture, dans le cadre d'un de mes cours à l'Université, d'un chapitre de l'ouvrage de Seymour et je fus instantanément séduit par celle-ci. Ce nouveau concept de nationalisme est venu répondre à la fois à mon profond attachement au Québec moderne et pluriel, ainsi qu'en la fierté que j'éprouve pour ma langue et mes racines. Le nationalisme sociopolitique est en quelque sorte une symbiose des meilleurs éléments des nationalismes ethnique et civique.
Pour qu'une population puisse former une nation, au sens sociopolitique du terme, elle doit répondre à un certains nombres de critères. En premier lieu, il doit y avoir, sur un territoire délimité, une majorité nationale, c'est-à-dire une majorité de gens parlant la même langue et partageant une histoire et des traditions communes. Parallèlement à cette majorité nationale, il peut, dans certain cas, coexister une minorité nationale qui historiquement a joué un rôle central dans l'histoire de cette nation. Selon Seymour, les institutions civiques de cette minorité doivent être préservées, mais elles ne doivent pas concurrencer ou menacer les institutions nationales. Ces critères viennent donner un rôle de premier plan à une minorité nationale historique que les tenants de la nation civique ne peuvent accepter. D'un autre côté, Seymour accorde une très grande importance à la volonté collective de la population de faire partie d'une nation. Il n'y a donc pas, chez les tenants de la nation sociopolitique, d'obligation pour un individu d'appartenir à une nation prédéterminée. Une nation est en quelque sorte un plébiscite de tous les jours. Ceci vient mettre fin à des vieux dogmes passéistes véhiculés par les disciples de Lionel Groulx.
Le Québec forme-t-il une nation ? Selon le concept sociopolitique de la nation, oui et ce, parce qu'il y a bien une majorité nationale (les 80% de Québécois francophones) partageant une langue et des traditions commune, une minorité nationale (les 8% d'anglo-québécois) avec ses propres institutions et une volonté collective de s'identifier au Québec (sondage après sondage, les Québécois indiquent qu'ils s'identifient plus au Québec qu'au Canada). Le Québec doit-il devenir un pays souverain ? Seymour vous répondrait qu'il le peut mais qu'il n'est pas automatiquement obliger de le devenir. En effet, une nation sociopolitique peut être englobée par un autre ensemble, si celui-ci reconnaît cette nation et sa différence. Dans le cas canadien, puisque le gouvernement fédéral ne veut pas reconnaître constitutionnellement la nation québécoise et sa capacité à l'autodétermination, le Québec aurait tout intérêt à quitter le Canada.
En conclusion, j'invite les indépendantistes québécois à faire preuve d'unité et de refuser les doubles cadeaux empoisonnés que sont les nationalismes civique et ethnique pour adopter une approche sociopolitique de la nation. Cette approche tient compte, à la fois, des faits sociologiques (majorités nationales, etc.) et des aspirations politiques (volonté collective de faire partie d'une nation). Même si cette théorie ne donne pas un chèque en blanc à la souveraineté, elle est d'une pédagogie exceptionnelle pour un Québec qui se veut à la fois pluriel et fier de ses racines. Alors que les vrais ennemis du Québec sont ceux qui ont poignardé le Québec en 1982 et ceux qui tente d'inculquer la peur et la soumission à la population, le mouvement souverainiste doit cesser de s'entre-déchirer et se tenir debout et plus solide que jamais afin de faire face au combat décisif qui s'annonce pour très bientôt.


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