Un Devoir (vraiment) debout : faut fêter ça !

(avec les Patriotes, bien entendu)

Fête des Patriotes 2008

http://www.ledevoir.com/2008/05/17/190081.htm

http://www.ledevoir.com/2008/05/17/190096.html

http://www.ledevoir.com/2008/05/17/190088.html

Et puis un peu d'espoir...? (bien que l'improvisation, on le constate derechef, fasse office de politique chez les politiques sans véritable vision autre que la mise en scène d'une ou deux idées étriquées jusqu'à l'asphyxie, destinées à élaborer puis consolider la perpétuation publique de soi).
Nous sommes pathétiques, Français et Québécois, avec ces pantins du n'importe quoi que nous nous entêtons à nous 'admonester' à titre de « bergers » de la nation. Et pour qui l'aliénation de soi constitue visiblement la plus haute vertu politique qui se puisse concevoir. Remarquez (comme dirait Michel David), ce n'est pas Alain Dubuc qui s'en plaindra, cet homme (?) - ce Québécois (!) - pour qui la Dignité s'apparente à une maladie honteuse. Si elle n'est pas d'obédience canadian.
Autre problème extrêmement préoccupant, pour ne pas dire terrifiant, mais à l'échelle de la Planète tout entière cette fois : Monsanto, ou Gaïa devenue laboratoire privé au service de ma puissance (http://www.ledevoir.com/2008/05/17/190144.html et http://www.ledevoir.com/2008/05/17/190131.html). Des « êtres humains » (?) allègrement disposés à mettre toute vie en péril au sein de la biosphère. Pour du fric. Pour du fric...! Comme si les tonnes d'or pouvaient encore présenter quelque valeur dans un univers où il n'y a plus un seul acheteur, ni le moindre vendeur. Or si la réclusion à perpétuité (quand ce n'est pas la peine capitale chez les États moyenâgeux) se voit le plus souvent réclamée pour l'auteur d'un assassinat, que ne pourrait-on réclamer pour des monstres pareils pour qui la vie de quelque cinq ou six milliards de congénères, manifestement, hormis la leur même, ne revêt absolument aucune valeur ?
Châtiment suggéré : leur faire avaler trois fois par jour, accompagnées d'un grand verre de mercure bleuie au cyanure, toutes les saloperies qu'ils ont destinées des décennies durant, main sur le coeur (l'autre sur le portefeuille), à l'ensemble des bouches de l'humanité.
Ne manquait aujourd'hui, M. Descôteaux, qu'un dossier bien étoffé autour du Département d'Histoire de l'Université Laval. Littéralement noyauté depuis de nombreuses années, secret de Polichinelle, par M. Jocelyn Létourneau et ses lieutenants de la nouvelle idéologie; tous bien déterminés à mettre leur « science » au service du Nation Building canadien. Révisionnisme historique qui au reste - de Michel de Waele à Christian Laville, de Martin Pâquet à Jean-François Cardin - n'aura pas épargné la Faculté d'Éducation de la même Université (il n'y a pas de lessivage des consciences qui tienne, c'est bien connu, en absence du puissant bras de l'Instruction publique); Faculté, du moins en certaines de ses composantes, qui s'est affairée dans le même sillage, en effet, et avec non moins de conviction, à rédiger des manuels scolaires qui resteront fidèles à cette conception « généreuse » et « universaliste » où l'Éden du Canada rend caduc celui que l'on nous promettait naguère du haut des chaires ecclésiales.
(Et dire qu'il s'agit là de mon propre alma mater. Il est vrai qu'il ne m'était pas toujours facile de me voir cerné par quelque Annette Paquot, du Département des Langues vivantes, pour qui un missile israélien en bande de Gaza sera toujours moins dangereux pour la paix, la démocratie et l'avenir de l'humanité qu'un gros mot de Pierre Falardeau prônant l'Indépendance du Québec. Mais quand même, monsieur le recteur Denis Brière : de quoi m'enorgueillirai-je donc, maintenant...?)
Il n'en fallait pas plus d'ailleurs (dans le prolongement de nos deux First Ministers parfaitement interchangeables, et tenant un discours analogue) pour que la Canadian Representative de la reine du United Kingdom (qui plus est, sans aucun mandat démocratique ou électoral de qui que ce soit : le bon vieil arbitraire du colonialisme anglo-saxon de victorienne inspiration se porte décidément fort bien dans ce Modern Canada) s'estimasse comme la digne représentante de la Nouvelle-France, de la Francité nord-américaine, du Québec, et de Québec enfin.
Québec fête sa naissance, qui remonte 1608 ? Alors « Vive l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique de 1867 ! », de proclamer haut et fort cette femme qui a réussi à gagner en émoluments ce qu'elle perdu en crédibilité (sauf chez nos cousins français, qui hélas n'ont pas toujours la logique très cartésienne) en passant de Radio-Canada au Canada tout seul. De proclamer également celui qui depuis cinq ans se déguise en Grand Protecteur des intérêts suprêmes de la nation québécoise. De quoi nourrir l'espoir, cela est certain, de Don Macpherson, Jack Jedwab, Diane Francis, William Johnson, Anthony Housefather, Stéphane Dion ou Beryl Wajsman, et pourquoi pas Céline Hervieux-Payette, à la prochaine course à la chefferie du Parti Libéral du Québec.
Bref une solide édition du Devoir, ce 17 mai, fin de semaine de la Commémoration des Patriotes - lequel Événement a toujours su, comme chacun sait, enthousiasmer au plus haut point notre premier ministre du Québec. Cet homme d'envergure qui aurait fait - nul n'en douterait un instant - un excellent maire du 3e arrondissement de Calgary ou de Winnipeg.
Ça change en tout cas, cette édition du Devoir, de la propagande « On her Majesty's Service » des Alain Dubuc, des Lysiane Gagnon et des André Pratte dans les journaux de... Paul Desmarais - père et fils indistinctement (et grands amis de MM. Sarkozy et Charest), puisque l'arrogance, l'autoritarisme et la fatuité onanismique (un petit Paul III avec ça ?) semblent avoir inoculé chez ces gens-là un gène indéracinable à la mode Monsanto.
Reste qu'en bon trotkyste qu'il fut - qui l'eût cru ? - M. Dubuc devrait peut-être se souvenir qu'il y a des moments dans l'existence où la somme - parfois insupportable - des pressions dites "matérielles" donnent, soudain, sur tout autre chose. De radicalement différent. Phénomène que l'on a nommé, après Hegel et Marx, puis un soupçon d'Althusser assurément : « saut qualitatif ». Comme dans : passage de l'inanimé à l'animé ! Et là, tout devient possible. Car tout s'avère imprévisible.
Comme un Nicolas Sarkozy.
C'est peut-être d'ailleurs ce que désirait signifier notre immense Gilles national, encore tout récemment. Qui du haut de ses 80 ans en cette année du 400e (c'est fort jeune pour un chêne en santé, surtout si on a pris la précaution de le planter soi-même au bout de son champ) s'interrogeait à savoir si l'Indépendance du peuple québécois ne surviendrait pas, contre toute attente, beaucoup plus rapidement qu'on ne le pense.
Nonobstant, bien sûr, les rêves d'aliénation nationale que nos Pratte de service adorent présenter comme une réalité. Voire un « fait scientifique ».
Sondages à l'appui...
Cela dit, bonne route à vous, monsieur Luc, heureux homme désormais libre de ce spectacle affligeant où moult femmes et hommes divers travaillent avec enthousiasme et acharnement à l'abâtardissement définitif du peuple dont ils sont eux-mêmes issus :
Le colonialisme est mort.

Vive l'auto-colonialisme !

United Departments of France compris.
Superbe Commémoration des Patriotes à tous mes concitoyens québécois !
Jean-Luc Gouin,
persiste, persifle et signe à hauteur des 100°C qui bouillent dans les veines et les artères de mon corps pourtant ramolli, vieillissant et bedonnant

PS : Je m'ennuie tout de même un peu, cela dit entre nous, M. D., de madame la présidente-directrice générale de la Grande Bibliothèque du Québec
cc : Quelques destinataires « choisis », dont les suivants : andre.pratte@lapresse.ca, alain.dubuc@lapresse.ca, lysiane.gagnon@lapresse.ca

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Jean-Luc Gouin94 articles

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Chambrelan du verbe et indocile citoyen de la Cité (les dossiers de la Francité et de la « Question » nationale du Québec l’occupent – et le préoccupent – tout particulièrement), mais également docteur en philosophie diplômé de l'Université Laval et spécialiste nord-américain du penseur allemand Hegel, JLG a publié ouvrages et maint article portant pour la plupart sur celui-ci.



Hegel. De la Logophonie comme chant du signe, son dernier opus, fruit de trente ans de recherche, a été publié simultanément, en 2018, et aux PUL, à Québec, et chez Hermann à Paris.

 

Textes « citoyens » choisis de Jean-Luc GOUIN ( 1995-2018 )

( parmi quelques centaines, qui hélas ne vieillissent pas )

 

•• Les Bilinguistes. Grands sorciers des langues phagocytaires

•• Débat sur la langue dans le quotidien Le Devoir (Été de 1998)

•• Qui sort, digne ! Franchir le miroir de notre schizophrénie collective

•• Le Franc Pays. Québécois ou Québec coi ? (+ de 20 ans plus tard, rien n’a changé...)

•• Le Lys dans le lisier (Ou pourquoi l’Indépendance du Québec, en quelques mots)

•• Aux larmes citoyens ! (anthropoème en hommage à Gaston Miron)

•• Philippe Couillard : Le Philippe Pétain de notre temps (Lettre à mon premier sous - ministre)

•• Autres espaces de réflexion (Société, Culture, Politique... dont : Ouvrez le Feu ! , Liquider pour argent liquide , Halloween. Plaie ou plaisir de l’enfance ? , Interdit de ne pas fumer ! ...) 

•• De l’humain travesti en divin (modeste contribution au projet d’une Charte de la laïcité)

•• Précis sur la malhonnêteté intellectuelle (aussi nommée mauvaise foi)

•• L’Homme Prométhée (une forme de « CQFD » irrésistible aux textes qui précèdent...?)

 

 





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5 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    12 juin 2008


    «C’est ajouter au malheur du monde que de mal nommer les choses.»
    Albert Camus
    Rebonjour, M. Pâquet,
    J'ai lu attentivement votre texte. Et l'ai apprécié.
    Ce sont là des précisions importantes qui mettent les choses (votre pensée également) en perspective.
    Je vous en remercie.
    Je réagis très succinctement sur deux ou trois points, voire quatre.
    1) L'élément central de l'argumentation qui prévaut dans votre texte publié dans Le Devoir du 16 mai 2008 - ce que j'appelle : le «concept explicatif». Je n'aurais pas songé un instant à discréditer chez vous l'idée (et d'ailleurs je ne l'ai pas fait), au tournant du XVIIe siècle, de cette «planétarisation» dont vous nous entretenez. Le bât blessa à partir du moment où ce concept de planétarisation y était là non seulement laissé à lui même (d'où ma référence aux «pensées vides» de Kant), mais au surplus, telle une seconde gifle sur l'autre joue, il se voyait dans la même phrase (!) opposé sans détour, comme phénomène général, à Champlain (et/ou Pierre Du Gua de Monts) à titre de fondateur(s) (phénomène «singulier») de Québec (ainsi que de tout ce que “charrie”, par la suite, et par voie de conséquence, ce fait crucial de notre Histoire).
    Je comprends maintenant que vous n'étiez pas investi de la volonté de réduction de signifiance de cet Événement. Et me voilà du coup rassuré sur la pertinence de votre réflexion. Reste que j'ai beau lire et relire votre intervention ici en litige, M. Pâquet (et M. de Waele), je ne vois pas du tout comment, stricto sensu, et hormis déficience intellectuelle ou aveuglement idéologique de ma part, il eût été possible de le comprendre autrement que je ne le fis. D'où à cet égard ma «charge» déjà contenue (sous le parrainage de Boileau, cette fois) dans les tout premiers mots de mon commentaire en réplique à votre repartie. Le débat est donc clos sur cet aspect. Aussi puissions-nous conserver en «mémoire» ce quiproquo de manière à nous offrir de meilleures chances de ne pas en reproduire de semblables dans l'avenir.
    2) Je vous suis gré de la confiance que vous me témoignez en me confiant votre 'sentiment' à l'égard des postures intellectuelles de certains de vos collègues de discipline. Sur ce plan je ne saurais trop vous encourager à ne pas craindre de 'happer' publiquement la parole. Et ce à l'attention d'un public plus large que celui des «historiens patentés». Le débat québécois concernant notre Histoire a pris une telle tangente depuis quelques années (le Passer à l'avenir de Jocelyn Létourneau n'y est pas pour peu) qu'il est devenu à la fois d'intérêt civique et politique tout autant, sinon plus, que d'intérêt proprement historique. Ce révisionnisme historique que je dénonce avec énergie, et qui est largement issu du Département même où vous travaillez, M. Pâquet, ainsi que de la Faculté d'Éducation de la même université, soit l'Université Laval, doit être sérieusement saisi, m'est d'avis, et de manière générale, dans le collimateur d'une pensée véritablement critique et rigoureuse à l'égard de l'Histoire. Et de son enseignement. Car enfin, les manuels destinés à nos propres enfants qui s'inspirent de cette «vision» des choses sont déjà sous presse ! Il y a là comme une urgence...
    3) L'Université Laval. Ce climat malsain, et fort douteux au plan de la qualité et de la crédibilité intellectuelles, entraîne l'idée de plus en plus répandue (à laquelle, il est vrai, je ne suis pas étranger moi-même, et pour cause) que l'Université Laval est en passe de devenir, par le biais de certains de ses chapitres ou composantes à tout le moins, le creuset d'un coup de force politique (sous couvert d'objectivité académique, bien assurément) dont la nation québécoise tout entière pourrait faire (sinon d'ores et déjà) les frais. Aussi il m'apparaîtrait sain, permettez-moi cette modeste suggestion, M. Pâquet, que des «gens de l'intérieur» - dans le ventre de la bête, diraient d'aucuns - ne craignent pas, ou ne craignent plus, de marquer vivement et publiquement leur dissidence face à un détournement semblable (sinon dévoiement), rigoureusement inacceptable, de l'«appareil universitaire» (j'allais dire : de cet AIE, ou «appareil idéologique d'État», comme naguère Althusser nous en causait).
    Il en est de la réputation comme de la confiance : longue à naître, prompte à disparaître. Or il n'est dans l'intérêt de quiconque, au Québec, bien au contraire, que l'Université Laval continuât de la sorte à “jouer avec le feu”. Je veux dire en cela : confondre l'orientation de l'opinion publique, voire la propagande politique, avec la liberté d'expression (fondamentale et inaliénable au sein d'une authentique démocratie, dans les institutions de haut savoir en particulier). À ce titre, et selon moi, une réflexion solide s'avère nécessaire, impérieuse même, au sein des plus hautes instances de l'Université Laval (remarquez que je pense exactement la même chose, mutatis mutandis, de l'Université McGill, de Concordia et de Bishop's University. Sauf que je n'ai jamais été très doué pour le rêve éveillé). Il y va, et je soupèse mes mots, de l'avenir même de l'Institution. Que je chéris par ailleurs.
    4) Un petit mot sur Marc Angenot en terminant. J'allais dire : pour le plaisir... Heureusement que je me suis abstenu ! Enfin, presque. Bien honnêtement, j'ai quant à moi toujours tenu cet individu pour un fumiste. La sémiotique au service de la bouillabaisse intellectuelle, en quelque sorte. Dans le genre, Pierre Milot n'est pas mal non plus, il faut dire. Ce n'est pas un secret entre nous : je l'ai dit et écrit publiquement, à plus d'une reprise et depuis des années (j'ai même retrouvé ceci, tenez, sur la Toile. Ce qui du coup m'amène à vous convier, non moins modestement, une fois de plus, à ce petit texte (sous format Word) concocté à propos de la [malhonnêteté intellectuelle->www.vigile.net/spip.php?page=archives&u=/archives/05-5/13-jlg.doc] (une version peaufinée se verra bientôt disponible ailleurs dans les rets du numérique... planétarisé). J'incline à penser que cette courte réflexion saura vous soutirer un sourire ou deux. Ça ne se refuse peut-être pas.
    --------------------
    M. Pâquet, compte tenu des questions en litige dans un dossier comme celui-ci, et qui très manifestement sont d'intérêt public (et en outre en cohérence avec le «point 2» ci-contre), je n'aurais aucune objection, en ce qui me concerne, à ce que la totalité de notre correspondance puisse être rendue publique. Chez Vigile ou ailleurs. Ne fût-ce que pour attester en toute lumière où vous logez à titre d'historien, d'une part (au plan, disons, épistémologique aussi bien que sous d'autres angles de votre convenance), et afin d'informer le grand public, d'autre part, et comme par effet d'entraînement, que l'Université Laval n'est peut-être pas, après tout, ou du moins pas encore (et pas même son Département d'Histoire en particulier, tout vilipendé qu'il eût pu être à ce jour), le sombre repaire d'un arsenal humain au service - sous de doctes attitudes - de la Canadian Unity. Les honnêtes gens y gagneraient tous. Dont vous même au premier chef, en termes de crédibilité intellectuelle.
    Car il en va de la réputation comme...
    Bien cordialement à vous, concitoyen,
    [Jean-Luc Gouin->LePeregrin@yahoo.ca],

    - Ce 30 mai 2007 - jour anniversaire de la tragique consumation de Jeanne sur la Grand'Place de Rouen
    - Réflexion rendue publique sur cette page numérique de Vigile le 12 juin 2008
    --> toujours depuis la Tunisie, où je m'imagine, parfois, je ne vous le cache pas, concoctant... quelque Cellule Camille-Laurin au service de mon pays en mal d'oxygène, d'espace et de liberté sous les sabots pesants de tous les refrenchcanadianiseurs de la nation québécoise.

  • Archives de Vigile Répondre

    11 juin 2008

    Québec, le 29 mai 2008
    Bonjour M. Gouin,

    J’accuse réception de votre courriel du 28 mai. Je suis heureux que vous ayez pris la peine de répondre à ma réplique précédente, ce qui est tout à votre honneur. J’apprécie également que vous discutez à visière ouverte, avec vigueur mais avec courtoisie, contrairement aux trolls qui se cachent derrière des pseudonymes pour vomir anonymement leurs inventives dans les forums de discussion. Je constate néanmoins qu’il existe toujours des points de divergence. Cependant, je pense que ces points sont moins divergents qu’ils semblent l’être.

    Tout d’abord, je bats ma coulpe sur un de ces points, puisque j’ai usé dans votre cas du même procédé que Michel De Waele et moi avons été victimes, soit l’amalgame découlant d’un procès d’intention. En effet, je vous ai prêté abusivement des préjugés envers l’Université Laval, et je m’en excuse. Vous agréerez toutefois que les procès d’intention envers les membres de l’Université Laval dépassent souvent la mesure, et que l’on attribue tout aussi abusivement le titre de fédéraliste à ces derniers. La manchette qui couronnait le titre de notre intervention dans Vigile en était un très bon exemple – l’Université Laval étant qualifiée d’ « antre de fédéralistes ». Je ne nie pas qu’il y ait des fédéralistes convaincus dans mon institution – vous et moi en connaissons plusieurs. Néanmoins, il n’y en a pas plus que dans d’autres institutions universitaires – et sans doute moins qu’à McGill University. Aussi, attribuer des épithètes à des individus du seul fait de leur affiliation institutionnelle ou de leur rattachement à un site Web, ne fait guère avancer le débat, vous en conviendrez. Pire, cela tend à les braquer.

    Sur le point principal de divergence –soit la question de Champlain et des forces de la planétarisation évoqués dans notre article –, je persiste à voir qu’il y a effectivement une confusion sur les termes, car nous ne parlons pas de la même chose. Afin d’évacuer cette confusion, et pour voir l’abysse qui nous sépare, Michel De Waele et moi, des opinions de notre collègue Létourneau, je vous donne plus précisément ce que j’entends par histoire, mémoire et politique. Vous invoquiez Kant, j’invoque Confucius en guise d’amorce :

    Tzeu Lou dit : « Si le prince de Wei vous attendait pour régler avec vous les affaires publiques, à quoi donneriez-vous votre premier soin? »
    « –À rendre à chaque chose son vrai nom », répondit le Maître.
    Confucius, Entretien du Maître avec ses disciples, XIII, 3.
    J’entends par histoire une démarche de questionnement scientifique sur le passé, qui cherche à le comprendre « comme il s’est passé », dans toute sa complexité et sa richesse. L’historien est attaché à reconstituer des faits à partir des preuves qu’il dégage des indices déposés dans ses sources. Ce n’est pas un récit – et encore moins un récit « victimaire » pour reprendre les catégories fallacieuses de mon collègue. C’est une science qui est soumise à une exigence éthique , celle du respect des êtres humains qui ont vécu avant nous en cherchant à établir la vérité sur ce qui s’est passé réellement. Sous cette exigence éthique, mes professeurs Fernand Dumont et Jean Hamelin parlaient de l’histoire comme une « pratique de la solidarité » : ces êtres humains ont vécu et méritent notre respect et notre compréhension. C’est au nom de cette exigence éthique que les historiens interviennent – souvent trop rarement, j’en conviens – dans l’espace public. Étant donné que trop souvent des individus procèdent à l’oubli et à la négation du passé – les premières versions du programme d’enseignement de l’histoire et de la citoyenneté en sont des preuves, et je vous invite à lire le bilan de ce débat par Félix Bouvier pour la Commission Bouchard-Taylor [http://www.accommodements.qc.ca/documentation/rapports-experts.html ] –, les historiens doivent intervenir – c’est du moins la conception que j’ai de mon devoir - pour rectifier les usages publiques du passé et pour établir les faits. Contrairement à mon collègue Létourneau, pour qui tout est discours et interprétation, je suis profondément convaincu de la réalité des faits du passé. En effet, pour moi, Auschwitz n’est pas un discours, ni la Conquête non plus. C’est pour cette raison que Michel De Waele et moi avons invité les lecteurs du Devoir à regarder l’histoire du bon bout de la lorgnette, c'est-à-dire à partir du passé et non pas à partir du présent. En 1608, Champlain ignorait ce qu’il se passerait par la suite. Toutefois, il n’ignorait pas qu’il fondait Québec et que le roi Henri IV l’envoyait en Amérique pour faire participer la France au vaste réseau planétaire de l’époque, ce qui permettait à la France de sortir de plus de vingt ans de guerre civile. C’est ce rappel que nous avons fait comme historiens.
    La mémoire est autre chose. C’est le cadre social par lequel les membres d’une communauté donnée nouent leur appartenance, non seulement à la communauté présente, mais également à leurs prédécesseurs du passé : M. Fernand Dumont le soulignait à juste propos dans Genèse de la société québécoise et L’avenir de la mémoire. Sur un plan éthique, la mémoire n’est pas tant vraie ou fausse, mais surtout juste – sur ce point encore, je m’inscris en faux contre mon collègue Létourneau qui, dans Passer à l’avenir, se répand en sophismes pour tenter de montrer les « abus » supposés d’une « fausse » mémoire qui manipulerait les citoyens. Une communauté politique « transgénérationnelle » - pour employer ce terme technique pour qualifier la Nation québécoise -, n’a pas de fausse mémoire : elle possède une mémoire des faits marquants de son passé qui permettent aux membres de cette Nation de nouer leur appartenance présente . Cette mémoire est fondée sur les témoignages des personnes qui ont vécu l’événement, témoignages qui sont repris par la suite par ceux et celles qui en deviennent les dépositaires. Aussi, il est juste pour les Québécois de voir en la fondation de Québec la fondation du Québec : ils se reconnaissent actuellement à travers la commémoration de cet événement marquant – comme il y a 100 ans les Canadiens français s’y reconnaissaient. De plus, la mémoire est une faculté qui oublie : lorsque les témoins disparaissent, il y a un risque important que la mémoire des événements vécus s‘estompe ou s’altère. D’où le travail des historiens pour nourrir le devoir de mémoire et répondre aux attentes sociales en cette matière.
    Sur la question de la mémoire, les historiens se prononcent à deux titres : ils corrigent cette mémoire lorsque les interprétations faites divergent nettement de la réalité historique ; ils la complètent lorsque, en sélectionnant les faits marquants, on en oublie quelques uns. L’historien ne fait pas ici œuvre de « révisionnisme historique » - il ne nie pas les faits, tout comme Michel De Waele et moi n’avons voulu le faire dans notre article - ; il fait du « révisionnisme mémoriel ». Aussi, ce n’est pas noyer le poisson de rappeler que les forces de la planétarisation – qui ne sont pas celles de la mondialisation contemporaine, mais plutôt celles qui engendrent les échanges humains, culturels, économiques, écologiques, bactériens, etc. – ont contribué à la fondation de Québec. C’est, au contraire, compléter le travail de la mémoire collective et l’enrichir. Qui plus est, la mémoire du peuple est parfois plus avisée que le simple travail des historiens, car ces derniers, en l’absence de preuves matérielles solides, n’oseront pas se prononcer alors que la mémoire du peuple réactivera des faits historiques qui, autrement, seraient passés sous silence. Pour ce motif, vous avez tout à fait raison de souligner le caractère singulier de la fondation de Québec pour notre communauté nationale. Vous admettrez néanmoins que cela n’enlève rien à la mémoire nationale le fait d’ajouter les effets de ces forces de la planétarisation en 1608. Au contraire, c’est montrer toute la richesse de l’expérience historique de Québec et du Québec.
    Dernier point, c’est celui de la politique et des usages que l’on y fait du passé. Dans notre monde contemporain, les décideurs politiques se réfèrent souvent au passé pour justifier et légitimer leurs opinions politiques : George W. Bush, Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy en sont des exemples internationaux ; dans une échelle moindre, c’est aussi le cas de Michaelle Jean et de Stephen Harper. Ici, les usages politiques du passé n’ont rien à faire avec l’histoire ni même avec la mémoire – c’est ce que Michel De Waele et moi avons souligné dans notre article. Ils ont tout à voir avec leur volonté de marquer des points contre leurs adversaires et de faire prévaloir leur version présente des rapports de force en affirmant qu’ils ont toujours été de tout temps. Ici, cela confine à la rhétorique ou, plus justement, à la sophistique : on use d’un argument d’autorité – le caractère « historique » - pour justifier une opinion du présent. Lorsqu’il se réfère au passé, un rhéteur honnête prend la peine de situer son argument dans le contexte de l’époque. Quant à lui, un sophiste n’a pas à se soucier du contexte car il veut surtout marquer des points au détriment de ses adversaires et, partant, aussi de la vérité historique – d’où aussi notre insistance sur la prise en compte du contexte. Ce faisant, les discours des décideurs politiques ne respectent pas l’intégrité des êtres humains qui ont vécus dans le passé –ce qui relève de l’histoire –, ni même la juste mémoire qui soude actuellement une communauté politique comme celle de la Nation québécoise. En s’appropriant symboliquement la fondation de Québec, en soulignant abusivement la filiation entre le premier gouverneur de la Nouvelle-France et l’actuelle gouverneure-générale du Canada, Michaelle Jean et Stephen Harper font la promotion cynique de la version de l’ « équipe gagnante » - du moins, à leur avis. Étant donné l’exigence éthique de la science historienne, un historien ne peut pas accepter pareille entorse à la réalité historique. Étant donné le devoir de juste mémoire qui soude présentement la communauté politique, un citoyen n’a pas non plus à accepter pareille entorse à la mémoire nationale. Si je déplore un élément manquant de l’argumentation de notre article, c’est que, pour des fins d’espace pour publication, Michel De Waele et moi n’avons pas pu développer davantage ce point, surtout en ce qui a trait à la question mémorielle. Afin de compenser pour cette lacune, je vous invite à consulter l’introduction du recueil que j’ai dirigé en 2006 aux éditions Nota Bene, Faute et réparation au Canada et au Québec contemporains. Études historiques.
    À la lecture de ces points, vous comprendrez plus facilement les raisons de ma vive réaction envers tout rapprochement avec les opinions de Jocelyn Létourneau. Au-delà de ses prises de positions fédéralistes qui lui appartiennent comme tout citoyen, je tiens plus personnellement à me distancer nettement de ses opinions qui relèvent moins de la science historique que du sophisme – comme mon collègue historien Charles Courtois l’a souligné pertinemment dans L’Action nationale de mars dernier. Mon collègue de mon département réduit abusivement toute démarche scientifique en histoire à un « récit » ou à une « mythistoire ». Ainsi, il n’a cure de l’exigence éthique au cœur de notre métier, une exigence qui impose le respect de la vérité historique – pour lui, cette vérité est illusoire. Adhérant aux opinions de Marc Angenot – qui se livre actuellement à une réhabilitation du sophisme avec ses Dialogues de sourds : Traité de rhétorique antilogique (Paris, Mille et une nuits, 2008) –, il dénie la validité de la démarche scientifique fondée sur la preuve sous prétexte que nous serions enfermés dans la prison du discours et que la réalité ne nous est pas accessible, ce que tout historien honnête ne peut accepter – je vous le rappelle, ni Auschwitz ni la Conquête ne sont des discours. Agissant comme Protagoras, il joue du langage pour disqualifier non seulement l’histoire mais aussi la mémoire, et en particulier la mémoire nationale : son rôle de consultant-consulté dans la « réforme » de l’enseignement secondaire en histoire en témoigne éloquemment. Toutefois, les contradictions internes de ses opinions ont été relevées par plusieurs – entre autres par le philosophe Michel Seymour dans le numéro d’hiver 2007 du Bulletin d’histoire politique. Vous constaterez qu’il ne réplique pas aux critiques des pairs sur ses sophismes, sauf par l’attaque ad hominem, la catégorisation abusive – ses algarades contre les « paroliers » et autres « discoureurs » en fournissent des preuves éloquentes – et le détournement de sens. Deux exemples peuvent être ici invoqués au dossier de ce constat, soit sa réaction viscérale contre Michel Seymour dans les pages du Devoir du mardi 20 juillet 2004 [« Réplique à Michel Seymour : des intellectuels engagés »], ainsi que sa vitupération contre les opposants au « renouveau pédagogique » en histoire, dans les pages de La Presse du mercredi 3 mai 2006 [« Absolument pas fédéraliste ! »]. Ces procédés n’appartiennent pas à l’éthique du savant tel qu’elle fut définie naguère par le sociologue Max Weber. D’où ma profonde réprobation à l’égard de ses opinions relatives à l’histoire et à la mémoire.

    Je souhaite que ces points, à défaut de vous convaincre, sachent mieux vous présenter notre position comme historiens. En dépit du différend apparent qui nous sépare, je vous dirais que je vous suis reconnaissant à votre égard. En effet, en nous interpellant Michel De Waele et moi, vous m’avez permis de préciser ma pensée. C’est le grand mérite du dialogue public entre honnêtes hommes : au-delà des désaccords, chacun peut avancer plus loin.

    Historiquement vôtre, et au plaisir de dialoguer avec vous.

    Martin Pâquet

  • Archives de Vigile Répondre

    30 mai 2008

    - Réponse à M. Martin Pâquet (et M. Michel de Waele) -
    «Des pensées sans contenu sont vides,
    des intuitions sans concepts, aveugles
    »
    Immanuel Kant, Critique de la raison pure, [1781]
    M. Pâquet,
    Je me réjouis de lire les pixels sémantisés que j'ai à l'instant sous les yeux.
    J'en conclus toutefois - sous le patronage de Boileau, si je puis dire - qu'il faudrait peut-être vous exercer un peu plus énergiquement à «aligner» votre plume sur votre pensée. Parce que de toute évidence il y a parfois distorsion, ou parasitage, sur cette courbiligne.
    Ainsi, quand je prends connaissance d'affirmations du type de la suivante :
    «Ce n’est pas Champlain qui a fondé Québec — ou Pierre Du Gua de Monts — mais les forces de la planétarisation qui existaient déjà à cette époque» (Le Devoir du 16 courant, texte ressaisi chez Vigile),
    M. Pâquet, je regrette de devoir vous le signifier, mais je prends surtout acte que c'est là une façon 'convaincante' de noyer le poisson (i.e. gommer l'Histoire) qui vous associe illico, fût-ce à votre corps défendant, avec les manières «polichinelles» de M. Jocelyn Létourneau et de ses amis de la banalisation systématique de l'Histoire du Québec (aussi bien au plan de la mémoire sélective, du reste, que de celui de l'interprétation orientée, et donc tendancieuse, des événements). Je pense tout spécialement, mais non exclusivement, à MM. Christian Laville et Jean-François Cardin (Département d'Histoire et Faculté d'Éducation en tandem, par voie de conséquence, si je puis me permettre la formule). Et ce au surplus, faut-il le rappeler sous couvert d'une colère citoyenne fort difficile à contenir, avec le concours de la complaisance inouïe de notre propre gouvernement (dont le ministre de l'Éducation en personne, j'ai nommé M. Jean-Marc Fournier, qui a 'sévi' pendant quelque temps antérieurement à celle qui occupe désormais cette fonction).
    Car enfin, lorsque l'on tente d'expliquer des phénomènes par des concepts susceptibles de s'appliquer à tout, à n'importe quoi et à leur contraire, ou peu s'en faut, eh bien non seulement on n'avance pas d'un iota sur le sentier du savoir, M. Pâquet, mais en filigrane on s'assure du même mouvement de cautionner, d'abord, de perpétuer, ensuite, l'«idée» que ledit phénomène en question ne revêt, somme toute, aucun intérêt digne de cette appellation. Du Létourneau tout plein, quoi. Et pas même du nouveau.
    En clair, on pourrait reprendre votre «concept explicatif» (car c'est exactement le rôle que tient cette proposition-là dans votre intervention) sans le modifier d'une virgule, et l'appliquer indistinctement, tantôt aux expéditions portugaises de la même époque au Brésil, tantôt aux pénétrations de l'Empire britannique aux Indes, au Kenya, en Jamaïque, en Nouvelle-Zélande ou que sais-je encore. Alors, reconnaissance à vos lumières, MM. Pâquet et de Waele ??? Susceptibles très manifestement, on le voit, de nous aider à mieux comprendre dans toute sa singularité la Fondation, en 1608, d'une nouvelle civilisation - et d'ascendance française pour le coup - en Amérique...
    Cela dit, je dois également préciser, hélas, que vous avez tout faux lorsque vous me prêtez des «préjugés» à l'égard de l'Université Laval. Bien au contraire, je demeure profondément attaché à cette Institution (nonobstant, il me faut bien le dire, qu'elle n'ait jamais su pour sa part me rendre la politesse, et ce en dépit de travaux de philosophie qui auront connu une oreille infiniment plus attentive en Europe qu'au sein de ma propre patrie). Lequel établissement supérieur de Recherche et d'Enseignement reste à mes yeux - quoi qu'il en soit et quoi qu'il (m')en coûte - l'un des plus puissants symboles de la présence de l'intelligence, du génie et du savoir français en terre d'Amérique (je n'y ai pas poursuivi et complété mes études doctorales tout à fait par hasard, après tout). Sauf que je ne puis légitimer (ne fût-ce que par abstention) des «dérapages scientifiques» du type dont je m'entretiens dans le texte que vous critiquez avec énergie (mais avec courtoisie aussi, il est vrai, et je vous en suis gré). Bref, avec des armées d'idéologues de cette sorte en son sein, l'Université Laval brade tout simplement sa réputation de haute crédibilité intellectuelle, jusque-là acquise patiemment et de non moins haute lutte. Or je suis trop attaché à mon alma mater, j'y insiste, pour le laisser dériver ainsi sans sourciller.
    On n'est jamais si rude qu'avec les gens que l'on aime vraiment. Ce ne sont pas Louis Hébert, Marie Guyart, Jeanne Mance, ou Samuel de Champlain, qui me contrediront, n'est-ce pas.
    Déjà... que l'on sort «diplômés» des facultés d'Éducation, toutes universités confondues, outillés d'une culture générale qui ne dépasse guère celle d'un adolescent, et incapables en outre de rédiger dix lignes dans une langue châtiée (rappel pour mémoire, si nécessaire - et disons-le net : rien n'a changé, sérieusement et pour la peine, à cet égard, depuis dix ans). Problème criant (car on parle ici rien moins que de reproduction systémique de la médiocrité à l'échelle de l'ensemble de la collectivité - une tragédie, quoi) auquel notre très compétent gouvernement, dans l'aura de l'immense sagesse dont il nous gratifie depuis cinq ans, aura répondu en sixième vitesse par... l'enseignement de l'anglais dès la toute première année de l'élémentaire ! Géniale initiative à laquelle, quant à moi et derechef, permettez cette incise supplémentaire (c'est pour moi un sujet de grande préoccupation, vous l'aurez compris), j'aurai en quelque manière rétorqué par ceci.
    Décidément - et nous tomberons tous les trois d'accord là-dessus, messieurs les historiens, madame l'historienne Louise Beaudoin aussi (qui en est passée par Laval itou, en effet), je n'en doute pas l'ombre d'un demi-instant - il y a des coups de botte de sept lieues qui se perdent dans le pays des René Lévesque, des Gilles Vigneault et des Fernand Dumont. Tous trois, voire tous les quatre (mais je n'oserais écrire : tous les cinq !), des lavaliens de haute cuvée comme chacun sait.
    Bonne continuité à vous, M. Pâquet
    (coquet, tout de même, le circonflexe distinctif !),
    et transmettez du même élan mes salutations cordiales à votre collègue Michel de Waele
    [Jean-Luc Gouin->LePeregrin@yahoo.ca]
    ce 22 mai 2008
    PS : Le député fédéral de Gatineau, M. Richard Nadeau, du Bloc Québécois (se faire élire sous cette bannière de dignité dans ce coin de pays, c'est un exploit qui dépasse en coefficient d'improbabilité l'élection d'un Denis Coderre ou d'un Stéphane Dion, voire d'un Pierre S. Pettigrew, dans la circonscription de Verchères; c'est dire tout en un, et le mérite du premier et... le courage politique des seconds) est, en autant que je fusse bien informé, de même formation académique que vous, M. Pâquet. Aussi, peut-être que des discussions passionnantes sur le sujet ici en litige (soit, pour le dire avec concision : le révisionnisme historique comme mode d'action politique sous couvert de crédibilité intellectuelle) pourraient également, dans un commerce de fine intelligence, se poursuivre entre vous.

  • Archives de Vigile Répondre

    18 mai 2008

    M. Gouin,
    Que vous entretiennez des préjugés contre l'Université Laval, cela peut passer. Après tout, Fernand Dumont, Jean Hamelin, Jacques Mathieu, Claude Bariteau, Marie-Andrée Beaudet ont enseigné ou enseignent dans cet antre de fédéralistes, comme Vigile l'a excessivement affabulé. Qui plus est, Louis Beaudoin est aussi une diplômée de cet département d'histoire que vous vouez aux gémonies. D'acuns diraient sans doute qu'elle est également une fédéraliste.
    Que vous constestez les opinions de mon collègue Létourneau, passe aussi. Après tout, il est capable de se défendre tout seul et ses opinions discutables font l'objet également de vives contestations dans le champ scientifique - comme en témoigne la dernier numéro de la Revue d'historie de l'Amérique française.
    Là où cela ne passe plus, c'est, à partir de deux phrases tirées de leur contexte, vous extrapolez toute une théorie du complot fédéraliste. Ainsi, mon collègue Michel De Waele et moi, qui plaidons pour un respect de la réalité historique en prenant en compte le contexte de l'époque, ferions dans votre esprit du "révisionnisme historique", ce qui nous assimilerait à des "lieutenants" de Létourneau! Comme on dit en France, c'est fort de café!
    Ce canard de votre part est inexact pour deux raisons.
    La première tient à notre texte. Tout le long de notre article, nous dénonçons les interprétations inexactes et les exagérations autour de Champlain, dont particulièrement celles faites par Michaelle Jean et Stephen Harper. Notre métier d'historien nous impose le respect des êtres humains qui ont vécus avant nous. Comme historien, je n'ai pas à les embrigader dans ma cause et je ne tolère pas plus que d'autres les embrigadent, peu importe la justesse de leur cause. Pour les respecter ces êtres humains en histoire, il faut les comprendre dans leur contexte. Dans d'autres sphères d'activité que celle de l'histoire, comme celles de la politique et de la mémoire -ces deux sphères ne sont pas assimilables -, il est possible de mobiliser les êtres humains qui ont vécu: c'est de la politique ou de la mémoire, mais ce n'est pas de l'histoire. C'est ce que nous avons dit: comprendre autre chose témoigne au mieux d'une lecture rapide, au pire de l'extrapolation malicieuse.
    La seconde raison tient à mes propres prises de position comme historien et comme citoyen. Comme historien, je me suis farouchement opposé aux manipulations que l'on fait subir à l'histoire, entre autres celles émargeant de la "réforme" de l'enseignement secondaire en histoire. Je m'en suis pris publiquement et à plusieurs reprises contre les orientations socioconstructivistes et révisionnistes du MELS (voir: http://www.er.uqam.ca/nobel/creceqc/IMG/pdf/Histoire_Bedard-Seymour-Chevrier.pdf; http://www.ledevoir.com/2006/05/30/110311.html; http://www.alliancedesprofs.qc.ca/utilisateur/documents/R%C3%A9forme/Manifeste%20avec%20signatures.pdf ) Qui plus est, mes opinions politiques comme citoyen ne vont vraiment pas dans le sens du maintien du Québec dans le carcan fédéral. Et je peux vous dire que mon collègue Michel De Waele partage les mêmes opinions que moi.
    Nous faire assimiler à des individus dont les opinions historiennes et politiques sont aux antipodes des nôtres comme historiens et comme citoyens, relève au mieux de la confusion qui nait d'une lecture rapide, au pire de la malhonnêteté intellectuelle. J'ose souhaiter que cela relève d'une lecture rapide qui se justifierait étant donné le contexte présent. Aussi, je vous prierais de bien vouloir rectifier vos commentaires à notre égard.
    Enfin, sur une note plus positive, je vous indique ma disponibilité pour discuter de l'un ou de l'autre des points de notre texte - et du recueil collectif Québec, Champlain, le monde - ou de tout autre sujet à teneur historique qui vous tiendra à coeur. Je crois que la discussion et le dialogue sont au coeur de l'exercice de mon métier, ne serait-ce que pour éviter des malentendus.
    Historiquement vôtre,
    Martin Pâquet

  • Archives de Vigile Répondre

    18 mai 2008

    Oui il faut fêter mais surtout il faut être patriote 365 jours par année. 365 jours par année. Une fête doit rappeller qu'il ne faut pas baisser les bras. Il y a de petits grands peuples bien plus menacés. Notre défi au Québec c'est de lutter contre nous-même et notre mollesse, notre insouciance, notre comfort et notre indifférence. Apprendre la passion de ce si beau pays qui est le notre et avoir de la rage d'aimer et l'espoir de continuer contre vent et marée et se dire "J'existe et je suis unique !" Voilà ce qu'est le Québec, mon pays et ma patrie.