Aux urnes Patriotes!

Une majorité absolue pour fonder le pays

Chronique de Louis Lapointe


Récemment, des amis indépendantistes m’ont demandé pourquoi je tenais tant
au principe de l’obligation d’obtenir une majorité absolue des voix (50%+1)
lors la tenue d’une élection référendaire pour enclencher le processus
d’accès à l’indépendance. La réponse est simple, l’obligation d’atteindre
la majorité absolue crée un sentiment d’urgence auprès de la population et
oblige à la mobilisation, chaque élection devenant l’occasion de polariser
le débat sur l’option indépendantiste et non sur l’élection d’un
gouvernement. Ainsi, si chaque élection générale prend la forme d’une vraie
consultation populaire sur le statut politique du Québec, pas seulement un
simulacre de démocratie qui ne changera rien à l’ordre établi en vertu de
la constitution canadienne, chacune de ces élections deviendra une
véritable occasion de nous prononcer sur notre avenir, tout en donnant de
bonnes frousses au Canada tous les quatre ans.
Comme nous le savons tous, lors de la tenue d’un référendum, chaque vote
compte pour la souveraineté, alors que dans une élection générale tous les
votes indépendantistes exprimés dans des comtés déjà acquis aux
fédéralistes sont sans conséquence sur l’allégeance du gouvernement qui
sera formé. Combien de votes indépendantistes sont ainsi perdus à chaque
élection générale, plusieurs citoyens n’allant tout simplement plus voter
parce qu’ils sont convaincus que leur vote ne fera pas la différence au
bout du compte ? Combien de bénévoles ne mettent plus l’épaule à la roue
parce qu’ils n’ont aucun espoir de faire élire un député indépendantiste ?
Moi-même qui habite le comté de Lapinière, un comté acquis aux Libéraux
depuis des années, je suis allé travailler dans le comté de Rouyn-Noranda
aux dernières élections provinciales pour que mon travail bénévole puisse
faire la différence, pour qu’il contribue à faire élire un candidat du
Parti Québécois et à battre un député libéral.
Dans le contexte d’une élection référendaire, je n’aurais pas eu ce
dilemme d’aller travailler dans un autre comté, chaque vote comptant alors
pour l’indépendance, le mien comme ceux de mes voisins, chaque nouveau vote
pour un parti souverainiste devenant par le fait même un vote de plus pour
l’indépendance. Sans aucun doute, dans un contexte d’élection référendaire,
il serait certainement plus facile de recruter des bénévoles, d’obtenir du
financement et de faire « sortir» le vote le jour du scrutin, puisque nous
profiterions de l’effet de polarisation. Dans cette perspective, la quête
du pays ne serait plus exclusivement l’affaire des parlementaires, elle
deviendrait aussi la responsabilité collective des citoyens : pas de votes,
pas de pays, une véritable source de mobilisation tous les quatre ans.
Lors de chaque élection générale, l’expression démocratique de notre
volonté d’accéder à l’indépendance deviendrait la manifestation collective
de notre rapport de force avec le reste du Canada, exactement ce qu’il faut
pour ébranler l’imperturbable statu quo canadien. Aucun love-in ne pourrait
plus freiner cette inéluctable marche vers l’indépendance qui progresserait
inexorablement d’élection en élection, chacun de ces rendez-vous devenant
l’occasion de nous rapprocher un peu plus de l’objectif. Ce ne serait plus
alors qu’une question de temps, puisque nous y mettrions tous les efforts,
sachant qu’à chaque élection, chaque vote comptera pour le pays.
Exactement le contraire de ce que proposent les leaders du Parti
Indépendantiste, lorsqu’ils essaient de nous convaincre qu’on peut faire
l’indépendance avec une majorité de députés représentant à peine 40 % du
suffrage exprimé lors d’une élection où seulement 65% des citoyens en âge
de voter y sont allés. Comme si on pouvait faire l’indépendance en restant
assis dans son salon en attendant que Bernard Derome annonce le nom du
vainqueur à la télévision.
La position du Parti Québécois est encore plus ambiguë lorsque Madame
Marois nous dit qu’elle refuse le principe de l’élection référendaire,
souhaitant d’abord que le PQ soit élu à titre de gouvernement d’une
province canadienne, ce qui lui permettra alors de poser des gestes de
souveraineté permis par la constitution canadienne, des gestes sans aucune
conséquence parce qu’ils ne sont pas en rupture avec l’ordre établi.
Comment, dans une telle perspective de gouvernement provincial, peut-on
penser faire la souveraineté par d’insignifiants gestes légaux sans établir
au préalable de véritables rapports de force ?
En permettant au peuple de s’exprimer sur la question de l’indépendance
lors de chaque scrutin général, on donne un sens à l’élection, on donne
l’occasion au peuple d’apporter sa voix pour faire progresser l’option.
D’observateur passif qu’il était, il devient un acteur qui contribue au
rapport de force. Étant appelé aux urnes tous les quatre ans, il peut à
tout moment voter majoritairement en faveur de l’indépendance sans être
appelé spécifiquement sur cette question, c’est ça la souveraineté.
Les premiers gestes de souveraineté ne sont donc plus ceux d’un
gouvernement à l’intérieur d’un cadre légal où nous sommes toujours
perdants, ce sont ceux du peuple. Ils commencent dans la rue, sur les
places publiques, sur les perrons et dans les cuisines de nos maisons et se
poursuivent dans l’urne. Nous devons reprendre la rue si nous voulons
retrouver le chemin de l’indépendance. Il ne faut plus se limiter à pointer
les électeurs par téléphone pour connaître leurs intentions de vote. Il
faut renouer avec le porte-à-porte pour les convaincre d’aller voter pour
l’indépendance lors de chaque rendez-vous électoral. Ainsi, à chaque
élection, chaque vote comptera pour l’indépendance parce que nous l’aurons
voulu ainsi. Voilà pourquoi nous devons faire de chaque élection générale
un scrutin référendaire, parce qu’il faut redonner au peuple la ferveur que
procure l’urgence de se donner un pays en y mettant plus que les efforts
nécessaires pour faire élire un simple gouvernement provincial. C’est un
pays que nous voulons, pas un gouvernement, et ce n’est certainement pas en
restant isolé dans nos chaumières que nous le bâtirons ce pays.
Sortons de nos maisons et commençons à construire ce pays sans attendre.
La prochaine élection sera référendaire parce que nous l’aurons décidé
ainsi, sans la permission ni la bénédiction de qui que ce soit. Aucun
programme de parti, aucune loi, aucune constitution, personne ne peut nous
empêcher de nous donner légitimement ce qui nous revient de droit, le pays
que nous habitons depuis 400 ans. Seule la force de notre conviction auprès
de nos compatriotes peut nous donner ce que nous voulons et changer l’ordre
établi. Si nous faisons preuve de conviction, nous aurons la force du
nombre pour construire ce pays, il n’en tient qu’à nous!
Louis Lapointe

Brossard
-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --

Featured bccab87671e1000c697715fdbec8a3c0

Louis Lapointe534 articles

  • 841 114

Chroniqueur et avocat à la retraite, l'auteur a été directeur de l'École du Barreau du Québec, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





Laissez un commentaire



6 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    19 mai 2008

    Tout-à-fait, Mme Mance
    Pendant que nos fripons nous occupaient, cette fin de semaine, en nous insultant de toutes les manières et en deux langues, 30 pays francophones étaient réunis à Québec pour nous proposer de former un réseau économique de la francophonie afin de compétitionner le réseau anglais qui domine l'économie québécoise et mondiale.
    Un seul article sur cette rencontre capitale, laissé pendant moins d'une heure sur Cyberpresse que j'ai par hasard et heureusement capté.
    Harper, au début de la semaine, avait invité Diouf à le voir à son bureau avant sa tournée au Québec, certainement pour lui calmer les humeurs.
    Ce que ce réseau en formation nous propose est la création d'une Société Internationale Fancophone de Financement à l'image de notre SGF et d'y réseauter toutes nos institutions et chambres de commerces "francophones" du Québec. Plus de 55 pays et gouvernements, membres de la francophonie, y seraient réseautés. Actuellement, 80% des chambres de commerces faisant l'exportation à partir du Québec sont toutes immigrantes et liées au réseau anglophone!
    Ce qui veux dire que nous serions bien avisé de transformer notre SGF en SFF, notre FTQ en FTFQ, etc... Récupérant ainsi l'économie du Québec dans un réseau francophone.
    C'est ni-plus ni-moins qu'une déclaration d'indépendance supportée d'un rapport de force constitué d'une trentaine de pays qui siègent à l'ONU.
    Ce ne sont pas des cours d'anglais que nous avons besoin, mais des cours d'économie, dès le primaire, et en français.
    Mme Marois nous demande d'apprendre l'anglais afin de devenir les porteurs d'eau des entreprises anglaises qui font leurs fortunes par l'exploitation des pays essentiellement francophones d'Afrique dont ils utilisent pour venir acquérir nos propres entreprises ici au Québec francophone (Alcan).
    Ce n'est pas tout.
    Nos institutions financières collectives (SGF, FTQ, CSN, etc...) dont les fonds sont essentiellement les économies de nos porteurs d'eau Canadiens- français (Québécois), investissent cet argent dans ces mêmes entreprises anglaises qui nous exploitent, nous achètent, et pillent les pays francophones d'Afrique!
    Nos institutions financières collectives n'ont aucun réseau francophone dans lequel investir. Elles n'investissent donc qu'en fonction du rendement des fonds. Investir pour faire "progresser le Québec" est ni-plus ni-moins qu'investir dans le seul réseau existant, c'est à dire l'anglais qui est bien représenté au Québec par le Quebec Community Network (13 million$ du fédéral pour le créer).
    Marois était présente à cette réunion de la francophonie à Québec. Parcontre, son "plan" de souveraineté et gouvernance nationale, présenté cette semaine, évite toute référence à la situation économique du Québec.
    Un réseau économique de la francophonie nous ouvre un marché énorme et nous donnele rapport de force qui nous manque en ce moment pour faire notre indépendance économique, culturelle et donc nationale et juridique.
    Les membres de ce réseau majoritaire au Québec obtiendront les crédits, les financements, les supports, les liens et surtout un marché important. Ceux qui étaient dans le réseau anglais, qui deviendra alors minoritaire, devront faire des choix.
    Chose certaine, pour faire partie du réseau francophone, bein, faudra parler la langue.
    Il est minuit moins une.

  • Archives de Vigile Répondre

    19 mai 2008

    En effet, M. Tremblay, que dire aux citoyens qui doivent maintenant parler anglais pour se trouver du travail puisque les entreprises appartiennent aux réseaux anglo-américano et anglo-juif de Montréal. Demandez à nos petits hommes d'affaires québécois... qui ne sont, à mon avis, que des estafettes.
    Le projet de Mme Marois de nous bilinguiser avant l'assimilation finale ne va nulle part. Elle devrait plutôt préconiser l'étude de l'économie et en français.
    Ces réseaux que nous ne contrôlons pas doivent être contournés. Et c'est Abdou Diouf qui a la solution : créer un réseau francophone en économie. C'est la seule manière de contrer le travail de sape des maîtres du monde qui sont, il faut bien le dire, anglos-américanos-juifs.
    Nous avons été des porteurs d'eau, nous devons maintenant devenir des porteurs d'immigrants qui pour la plupart n'ont que faire de notre langue et notre culture. Et si les choses continuent nous serons bientôt des citoyens de deuxième catégorie sur notre propre terre.
    Si le citoyen ordinaire ne se sent pas concerné, il ne bougera pas.
    Marie Mance Vallée

  • Archives de Vigile Répondre

    19 mai 2008

    Et vous allez le convaincre de quoi, ce petit peuple dans la rue? Quel sera votre discours pour qu'il vote pour vous ?
    Qui sont ces 42% de OUI au Québec ? Ceux qui souhaitent une situation meilleure? Comment allez vous convaincre le 8% qui sont satisfaits de la situation que leur fourni le fédéral ?
    De plus, 45% des péquistes souhaitent un mandat du PQ pour aller chercher de meilleurs conditions à Ottawa, qu'un mandat pour faire l'indépendance.
    Et si vous y parvenez, par je ne sais quel mirâcle, vous allez faire quoi avec votre petit papier "50+1%" brandit devant les portes de l'ONU , lorsque l'économie du Québec est dans les mains du réseau anglais et que vous n'avez l'appui d'aucun pays pour un rapport de force ?
    Vous allez faire quoi à la tête du gouvernement d'un Québec dont vous ne contrôlez pas l'économie et dont la bourse est à Toronto ?
    Donner des cours d'anglais ?
    Il n'y a qu'une seule façon de convaincre une majorité bien claire de faire l'indépendance; leur démontrer, hors de tous doutes, par des actions bien concrètes, que leur situation économique et culturelle sera bien meilleure et que ceux dont la situation avantageuse dépend actuellement du fédéral la verront se dégrader s'ils n'en sortent pas.
    C'est possible.

  • Louis La Rochelle Répondre

    18 mai 2008

    Monsieur Lapointe, votre argumentaire est excellent et convainquant.
    Votre analyse pourrait être complétée ainsi :
    Les indépendantistes doivent S'UNIR et militer à chaque jour pour ADDITIONNER les votes indépendantistes à chaque élection (et aussi dans les sondages à chaque mois), jusqu'au jour où il y aura, en premier lieu, une majorité de députés indépendantistes (avec moins de 50% des votes) qui formeront un gouvernement indépendantiste avec le mandat et le pouvoir démocratique de créer des rapports de force :
    1- pour contrer toutes les intrusions fédérales qui vont au delà d'une interprétation stricte de la constitution de 1867,
    2- pour promouvoir l'intérêt national du Québec dans tous les domaines avec un «programme de pays» dans la perspective de l'indépendance,
    3- pour créer les conditions internes d'un appui démocratique majoritaire à l'indépendance afin de gagner la prochaine élection référendaire avec une majorité absolue des votes,
    4- pour créer les conditions politiques et diplomatiques à la reconnaissance internationale de l'indépendance du Québec.
    La seconde étape va correspondre à la victoire de l'élection référendaire lors du scrutin suivant, qui rendra possible une déclaration unilatérale d'indépendance, avec la pleine reconnaissance interne et internationale qui serait incontournable.
    Vous êtes un grand patriote Monsieur Lapointe, et continuez vos chroniques toujours très éclairantes.
    Je ne comprend pas pourquoi votre texte n'a pas été affiché dans la page d'accueil de Vigile, car il le mérite bien, en cette Fête nationale des Patriotes.
    Louis La Rochelle, membre de l'Union Démocratique pour l'Indépendance du Québec (UDIQ)

  • Lionel Lemay Répondre

    18 mai 2008

    Je suis entièrement de votre avis et j'espère que le PQ et les autres partis entendront votre message et prendront les mesures nécessaires pour inciter les gens à voter en masse pour qu'on puisse enfin devenir maîtres chez nous.
    Il faudrait que les partis s'identifient comme souverainistes ou indépendantistes avant la tenue des élections et informent les électeurs qu'un vote pour leur parti est un vote pour reprendre le contrôle de notre pays. Les gens du pays doivent comprendre qu'il se fait tard et si nous n'agissons pas maintenant, nous ne serons plus qu'une faible minorité ethnique dans un Canada anglophone.
    Si ça ne fonctionne pas, je suis d'accord avec le PI qu'une majorité de députés élus à l'Assemblée Nationale adoptent une nouvelle Constitution pour un Québec souverain. Personne n'a jamais consulté le peuple québécois pour établir et modifier nos gouvernements et je ne vois pas pourquoi on se gênerait pour procéder de la même façon.

  • Archives de Vigile Répondre

    18 mai 2008

    Bravo M. Lapointe !
    " Sortons de nos maisons et commençons à construire ce pays sans attendre. La prochaine élection sera référendaire parce que nous l’aurons décidé ainsi, sans la permission ni la bénédiction de qui que ce soit. Aucun programme de parti, aucune loi, aucune constitution, personne ne peut nous empêcher de nous donner légitimement ce qui nous revient de droit, le pays que nous habitons depuis 400 ans. Seule la force de notre conviction auprès de nos compatriotes peut nous donner ce que nous voulons et changer l’ordre établi. Si nous faisons preuve de conviction, nous aurons la force du nombre pour construire ce pays, il n’en tient qu’à nous ! "
    En fait, je dirais plutôt que tout a été dit, tout a été fait. Ne sortons pas de notre maison. Restons plutôt devant nos ordinateurs et frappons la pensée fédéraliste de l'histoire telle que conçue par les souverainistes.
    Notre Pays est déjà bien réel dans la Réalité objective et rationnelle. Notre Pays existe depuis 400 ans en effet : c'est le Canada de la Nouvelle-France devenu le Québec d'aujourd'hui après une "conquête" que les Pratte et Dubuc ne peuvent pas supporter d'observer froidement tout en parlant de "reconquête du Canada" !!!
    Sébastien Harvey