De la laïcité en Québécie

Une femme de qualité

Djemila Benhabib et le projet de Loi 21

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Tribune libre

Pieu d'ancrage : Une entrevue récente de Djemila Benhabib autour du projet de Loi 21 sur la laïcité de l’État du Québec 


Madame Djemila Benhabib, les radios dites «poubelles» me rebutent au plus haut point. Aussi y a-t-il bien des lunes, pour parler amérindien, voire une sinon deux Jupiter, pour faire plus cosmique, et peut-être même comique aussi, que je m’abstiens de leur offrir mon oreille. 


Sauf que par un hyperlien saisi sur la Toile, j’ai été amené aujourd’hui, comme malgré moi, à écouter cette entrevue que vous accordiez le 9 courant. (Non sans réserves de votre part, je le devine: il n’est pas dit, pour ma part, que j’aurais fait preuve de la même humilité, sinon sagesse. Vous avez donc su établir droitement, je pense, en l’occasion, les priorités face à l’importance civique des questions en litige) 


Alors ceci, madame: j’ai été impressionné par la qualité de votre propos. 


Aussi bien par la maîtrise du dossier, la largeur de vos vues et la rigueur de votre analyse que par la clarté de votre verbe. 


Toutes qualités hélas, et beaucoup s’en faut, dont ne sont pas pourvus, du moins en pareilles matières, les Francine Pelletier, les Lysiane Gagnon, les Amel Zaazaa, les François Cardinal, les Rima Elkouri, les Dalida Awada et les "E"milie Nicolas de notre petit monde médiatico-médisant-fort-peu-méditant. Autour desquelles figures, qui plus est, s’agglutinent avec empressement, dans les discugroupes du Devoir ou ailleurs, les bien-pensants à soutane mentale manière Richard Maltais Desjardins. 


Ça valait bien la peine, incidemment, pour ce dernier, monsieur le très outillé bachelier RMD, de rédiger un ouvrage sur la rationalité (!) pour ensuite dénaturer sinon trahir celle-ci en permanence en la mettant, du sophisme au spécieux, de l’artifice au fallacieux et du fumisme au captieux, mesquine suffisance toujours à la clé (ah… l’incoercible naturel des tempéraments), au service - esclave moins sexuel, pour le coup, que textuel - d’une position idéologique tournant à l’obsession. À l’évidence, monsieur Spinocchio (de spin: «infime particule tournant sur elle-même»), on parlait de vous par anticipation en ces lieux.


Comme quoi, ainsi que l’écrivait Albert Brie naguère (et ce disant je pense également à un certain Yvon Montoya, non moins fumeux et "frénétique" faire-valoir de vos songeries, ou constructions mentales, en mal d’auditeurs de fragile constitution cognitive): Il y a des gens qui ne s’instruisent que pour ajouter à leurs préjugés. Préjugés bien sûr qu’ils jurent solennellement - main sur le coeur, poudre aux yeux et poutres dans les leurs - de combattre avec la dernière énergie. Chez tous les non-moi rencontrés sur le grand chemin de Compostelle de leur Moi magnifié Mais je m’égare un peu.


Bref. Vous êtes même parvenue, madame Benhabib, à me faire verser une larme, et même deux (ce n’est pas rien, croyez-m'en), lorsque vous avez fait référence à vos proches et ami(e)s sauvagement abattue(e)s sous les «Allahou Akbar ! (اللهُ أَكْبَر)» vociférés par d'enténébrés illuminés (je subodore que vous faisiez allusion à ces massacres barbares jusqu’à l'innommable survenus dans votre Algérie natale - quasi-simultanément, dans les nonantines, aux atrocités analogues, mutatis mutandis, commises au Rwanda).


Madame Benhabib, vous êtes une Québécoise magnifique !


Des citoyens et des citoyennes de votre qualité, le Québec en demande. Et redemande. Depuis les quatre coins de la Franche-Cité planétaire. Kabylie comprise.


Aussi merci de votre énergie constructive, et gratitude à votre personne pour grand coeur becqué de québécité. Reconnaissance à vous, donc, qui témoignez plus de courage et de lucidité, sur ces questions, que l’État du Québec tout entier de manière générale. En particulier, quinze ans durant, à trois poussières près, sous la chape nationalicide et d’une crapulité sans nom d’un parti ministériel à tous égards démissionnaire (si on excepte, bien entendu, le missionnariat pro-Canada multiculturalisant: piège à grizzly expressément conçu jadis par papa Trudeau, comme on sait, pour contenir la vilaine sinon intolérable différence québécoise au sein du plusse meyeur péyi of the World). Parti que par respect pour la langue de Félix Leclerc on ne nommera pas ici.


Bien que l’actuel gouvernement, il est vrai (et nonobstant que le soussigné ne lui ait point accordé ses faveurs citoyennes le 1er octobre dernier), révélât une fermeté - et fermeté, n'est-ce pas, n’est point fermeture, mais verticalité dans sa pointure - tout à fait avisée. Et, je veux le croire, également porteuse - retour de pendule de l’Histoire ? - d’un avenir digne d’un peuple qui a su à ce jour enfanter des Louis-Joseph Papineau, des Émile Nelligan, des Alfred Laliberté, des René Lévesque, des Anne Hébert, des Maurice Richard, des André Mathieu, des Jean Duceppe, des Claude Léveillée, des Andrée Lachapelle, des Jean-Paul Lemieux, des Pauline Julien, des Marcel Dubé, des Micheline Lanctôt, des Marc-Aurèle Fortin, des Fernand Dumont, des Claude Jutra, des Louis Lortie, des Hubert Aquin, des Gaston Miron, des Angèle Dubeau, des Pierre Bourgault, des Gabrielle Roy (via Saint-Boniface, en pays de Louis Riel), des Myriam Bédard, des Yves Laforest, des Gilles Vigneault. Et des Chevalier de Lorimier (pour boucler la boucle ici réduite a minima).


Espérons, cela dit, que ce gouvernement ne fléchira pas contre tant d’obscurantisme - présumé(e)s «intellectuel/les» par caisses de 250 unités, compris. Obscurantisme habilement relayé par mille tentacules, nul ne l'ignore, ici comme partout en Occidentalie, par la borgne, inculte et liberticide rectitude politique de notre temps.


En terminant, puis-je espérer que vous aurez l’occasion prochainement, madame, d’échanger avec l’une des plus belles plumes du Québec. J’ai nommé Marie-Claire Blais. Qui, si je m’en fie à une récente édition du Devoir, et nonobstant par ailleurs l’immense estime que je lui porte depuis… Une saison dans la vie d’Emmanuel, ne semble pas très bien saisir encore qu’une société viable ne fait pas osmose, ni harmonie, avec une société aux droits individuels, et je cite, « à l’infini ». 


Citoyenne Benhabib, je vous salue. 


Jean-Luc Gouin

Stadaconé, 12 avril 2019 


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Jean-Luc Gouin94 articles

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Chambrelan du verbe et indocile citoyen de la Cité (les dossiers de la Francité et de la « Question » nationale du Québec l’occupent – et le préoccupent – tout particulièrement), mais également docteur en philosophie diplômé de l'Université Laval et spécialiste nord-américain du penseur allemand Hegel, JLG a publié ouvrages et maint article portant pour la plupart sur celui-ci.



Hegel. De la Logophonie comme chant du signe, son dernier opus, fruit de trente ans de recherche, a été publié simultanément, en 2018, et aux PUL, à Québec, et chez Hermann à Paris.

 

Textes « citoyens » choisis de Jean-Luc GOUIN ( 1995-2018 )

( parmi quelques centaines, qui hélas ne vieillissent pas )

 

•• Les Bilinguistes. Grands sorciers des langues phagocytaires

•• Débat sur la langue dans le quotidien Le Devoir (Été de 1998)

•• Qui sort, digne ! Franchir le miroir de notre schizophrénie collective

•• Le Franc Pays. Québécois ou Québec coi ? (+ de 20 ans plus tard, rien n’a changé...)

•• Le Lys dans le lisier (Ou pourquoi l’Indépendance du Québec, en quelques mots)

•• Aux larmes citoyens ! (anthropoème en hommage à Gaston Miron)

•• Philippe Couillard : Le Philippe Pétain de notre temps (Lettre à mon premier sous - ministre)

•• Autres espaces de réflexion (Société, Culture, Politique... dont : Ouvrez le Feu ! , Liquider pour argent liquide , Halloween. Plaie ou plaisir de l’enfance ? , Interdit de ne pas fumer ! ...) 

•• De l’humain travesti en divin (modeste contribution au projet d’une Charte de la laïcité)

•• Précis sur la malhonnêteté intellectuelle (aussi nommée mauvaise foi)

•• L’Homme Prométhée (une forme de « CQFD » irrésistible aux textes qui précèdent...?)

 

 





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