Tout compte fait, ce n'est pas un mauvais résultat

PQ - stratégie revue et corrigée



Je ne suis pas déprimé. Tout compte fait, ce n'est pas un mauvais résultat pour le Québec et la démocratie. Le peuple est sage, malgré ses apparents dérapages et des vues qui de loin peuvent sembler simplistes. Ce peuple était blessé, frustré et refoulé après quatre ans de Jean Charest.
Le Parti québécois s'est planté avec sa rigidité sur la question de la souveraineté et un chef incapable de gagner le coeur et les tripes des électeurs, se révélant ainsi impuissant à attirer les mécontents. Pour le reste, le PQ avait un bon programme et une équipe compétente. Et pour ce qui est des capacités intellectuelles et de la connaissance des dossiers, son chef était probablement le plus fort.
Mario Dumont a su occuper l'espace avec de grandes idées simples, populaires et proches du monde: une constitution affirmant les valeurs du Québec; le souci de ne pas perdre nos racines avec les accommodements raisonnables; une commission d'enquête sur les conditions des aînés; 5000 $ à chaque naissance à partir du troisième enfant (des mesures natalistes aussi vigoureuses que celles de Jean Talon au début de la colonie); 100 $ par semaine aux femmes qui gardent leurs enfants à la maison au lieu de les envoyer en garderie; au plan national -- oh trouvaille! -- un Québec se comportant à toutes fins pratiques comme un pays indépendant dans un Canada uni; au plan économique, un accent marqué sur les PME, etc. Et le tout géré par un gouvernement aussi honnête et pur que le regard des enfants de Mario, et gratteux par surcroît.
Cela s'apparente beaucoup à: travail, famille, patrie. Mais est-ce une option de droite? Je ne me risquerais pas à l'affirmer. Depuis qu'on ne parle plus d'abolir la propriété privée des moyens de production et de création de la richesse, la différence entre la droite et la gauche s'exprime principalement au plan des mesures sociales. Ajouter aux garderies socialistes du PQ une allocation destinée aux femmes qui gardent leurs enfants à la maison, ça fait peut-être moins femme prolétaire au travail, mais est-ce de la droite?
Bête politique comme il est, carburant intensément au pouvoir et caméléon sans trop que ça paraisse, Charest pourrait renaître un peu à la faveur d'un gouvernement minoritaire. Personne n'aura intérêt à faire tomber ce gouvernement trop vite: les raisons sont évidentes pour le PQ, et l'ADQ sait qu'il doit faire ses preuves avant de déclencher l'étape suivante qu'il envisage, autrement dit prendre le pouvoir.
Et puis maintenant c'est clair: il y a Montréal et le reste de province.
Le PQ, quand même
Je suis un peu triste pour Québec Solidaire. J'aurais aimé qu'au moins Amir et Françoise soient élus, même si je n'ai pas voté pour ce parti. Ils étaient les représentants de la gauche radicale les plus beaux et les plus performants de tous ceux que le Québec a vu défiler depuis 40 ans. Qu'on ne les ait pas élus semble confirmer que l'espace reste aussi limité qu'avant pour pareille option. Il ne suffit pas de répéter, avec des mots plus beaux, plus doux, plus habiles et plus éoliens, ce qu'on dit depuis toujours pour faire apparaître une gauche qui n'a jamais réussi à naître.
Quant au PQ, son chef devra démissionner assez rapidement, mais avec la venue des Drainville et Curzi, entre autres, il a en son sein de quoi se reconstruire, ce qu'il doit faire avant de pouvoir reconstruire le Québec.
Personnellement, au cours de la campagne, j'ai mis fin à mes réticences à l'endroit d'André Boisclair et décidé encore une fois de voter PQ. Je me suis dit qu'il y avait là un parti qui, depuis le milieu des années 60, avec René Lévesque, porte la question nationale québécoise et qui l'a fait avancer.
On peut bien s'amuser 40 ans plus tard à diluer cette question, à l'émietter entre différents groupes politiques tous plus radicaux, purs et proches du peuple les uns que les autres, à redécouvrir l'éblouissement de l'autonomie... Mais lorsque ce projet ne sera plus qu'un sujet parmi d'autres, dont on discute dans les salons et les bars, mais que plus aucune formation politique ne portera en tant que tel, il faudra recommencer le long gémissement historique et demander que le gouvernement fédéral mette sur pied une autre commission Laurendeau Dunton. Mais nous, nous serons morts, mon frère.
Joseph Giguère, Membre du Parti québécois


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