S'il était chef...

Le texte de M. Larose a été salué avec enthousiasme sur le site indépendantiste Vigile.net.

PQ - gouvernance nationale<br>Conseil national 14-15 et 16 mars

Il y a quatre ans, un texte du directeur de l'Action nationale, Robert Laplante, avait eu l'effet d'un coup de tonnerre au PQ, encore sonné par la défaite d'avril 2003. Hantés par le souvenir douloureux des «conditions gagnantes», certains étaient prêts à emprunter tous les raccourcis vers la terre promise.
À l'étapisme maudit, qui reflétait simplement une «peur du conflit», M. Laplante proposait de substituer une stratégie qui utiliserait «la crise politique comme instrument politique». Selon lui, un gouvernement péquiste devrait multiplier les «gestes de rupture» avec le Canada sans attendre la tenue d'un référendum.
En cautionnant cette proposition, Jacques Parizeau avait déclenché une tempête qui devait empoisonner l'existence de Bernard Landry jusqu'au jour de sa démission. Au congrès de juin 2005, les «purs et durs» n'avaient pas réussi à imposer la stratégie des «gestes de rupture», mais ils avaient puissamment contribué à l'adoption d'un échéancier référendaire plus contraignant que jamais auparavant.
Il est trop tôt pour mesurer l'effet qu'aura l'invitation du coprésident du Conseil de la souveraineté, [Gérald Larose, à «congédier le référendisme»->11089] au profit d'une «gouvernance souverainiste», mais il est clair que le report du référendum aux calendes grecques a désorienté bon nombre de souverainistes, qui ne savent plus trop par quel bout reprendre le combat.
Il est difficile d'imaginer qu'au conseil national élargi de mars prochain, les militants péquistes accepteront de voir la souveraineté être ramenée à une simple figure de style dont leur nouveau chef émaillera parfois ses discours. La valorisation de l'identité québécoise que propose Pauline Marois est sans doute une initiative intéressante, mais elle peut très bien s'inscrire dans un cadre fédéral.
Le texte de M. Larose, d'abord publié dans le numéro de décembre de l'Action nationale et que Le Devoir a reproduit dans son édition d'hier, a été salué avec enthousiasme sur le site indépendantiste Vigile.net. [«Un stratège s'est levé: Gérald Larose»->11001], s'est réjoui un de ses chroniqueurs réguliers, Michel Gendron. «Larose nous donne le goût du combat. L'état de désorganisation actuel du mouvement indépendantiste ne l'empêche pas de voir ce qui est positif dans la présente conjoncture» alors que «le PQ ne mobilise plus parce qu'il ne sait plus mobiliser».
***
Malgré le titre dont il a coiffé son texte, «Si j'étais chef... (sans prétention aucune au poste)», M. Larose ne s'en prend pas nommément à Pauline Marois. Il prétend plutôt répliquer [au politologue Denis Monière qui, dans un texte publié dans La Presse le 21 décembre->10937], proposait que le PQ s'engage à n'enclencher le processus référendaire que s'il était porté au pouvoir avec au moins 45 % des voix.
En réalité, M. Larose fait d'une pierre deux coups. Quand il déplore la dépolitisation du projet souverainiste, à tel point que «des gouvernements souverainistes qui, dans la poursuite de l'objectif premier pour lequel ils avaient été élus, se sont refusés à mettre dans la balance leur plein poids politique de gouvernement», le chapeau va aussi bien à Pauline Marois, qui a clairement opté pour un «bon gouvernement» provincial, qu'à Lucien Bouchard ou Bernard Landry.
La rhétorique est une chose admirable, et l'ancien président de la CSN y a toujours excellé. Qui peut s'opposer à ce que, «dans l'exercice du pouvoir, la gouvernance soit essentiellement mobilisée par la construction de l'avenir?».
En pratique, ce n'est pas toujours aussi simple. C'est bien beau de congédier le référendisme et l'obsession du «grand soir», mais la gouvernance souverainiste sans souveraineté a ses limites. Il est illusoire de s'imaginer qu'on peut mobiliser l'État -- et la population -- sans proposer d'échéancier. L'automne dernier, Mme Marois s'est bien rendu compte que la nomination d'un «ministre de la souveraineté» n'avait aucun sens à partir du moment où elle avait renoncé à tenir un référendum.
M. Larose donne l'exemple du gouvernement Lévesque, qui avait pris tous les moyens à sa disposition pour faire adopter la loi 101, mais la majorité dont il disposait à l'Assemblée nationale l'assurait du résultat en bout de course.
***
En 1994, Jacques Parizeau avait bel et bien mobilisé les ressources de l'État tout en respectant les règles de la démocratie. Avant même que le PQ ne prenne le pouvoir, il avait cependant fixé un «horizon» à la tenue d'un référendum et s'y était tenu envers et contre tous. Personne n'a pu l'accuser de ne pas avoir joué franc jeu.
Le programme adopté au congrès de juin 2005 traduisait peut-être une trop grande précipitation aux yeux de certains, mais il ne manquait pas de cohérence. Si le PQ réquisitionnait l'appareil gouvernemental et engageait des fonds publics pour réaliser la souveraineté, le Québec serait de facto plongé dans une campagne référendaire qui ne pourrait pas durer indéfiniment. Dès lors, la tenue d'un référendum «le plus tôt possible dans un premier mandat» allait de soi.
Il ne faut pas s'imaginer qu'Ottawa laisserait le PQ mettre tranquillement en place les conditions d'une sécession en douceur. Les relations entre les deux ordres de gouvernement s'envenimeraient rapidement et il deviendrait impératif de demander à la population de trancher.
S'il est vrai que la proposition de Denis Monière n'a rien de très emballant pour un souverainiste pressé, elle a au moins le mérite d'être responsable. Les chances de voir le PQ reprendre le pouvoir avec 45 % des voix dans un avenir prévisible paraissent bien minces, mais il vaut mieux vérifier s'il y a suffisamment d'eau dans la piscine avant de plonger.
Faut-il comprendre que M. Larose déclencherait le processus d'accession à la souveraineté peu importe les circonstances? Heureusement, il assure n'avoir aucune prétention au poste de chef.
***
mdavid@ledevoir.com


Laissez un commentaire



3 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    11 janvier 2008

    Monsieur David est toujours aussi mêlé.
    Le texte de Gérald Larose publié en décembre dans L'Action nationale (et reproduit sur Vigile) ne peut de toute évidence "répondre à un texte publié par Monière dans La Presse du 21 décembre"!
    (En fait, le texte de Gérald Larose dont il parle, celui publié dans Le Devoir en réplique à Denis Monière, n'est tout simplement pas le même.)
    Qu'importe, du moment qu'il a l'ivresse de fantasmer sur des terroristes qui ont combattu le valeureux liquidateur du Québec!

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre Répondre

    10 janvier 2008

    M. Luc Ménard,
    À vouloir louanger M. David, fervent adorateur de la légitimité de la charte canadienne qu'on n'a jamais signée, on en vient à tout mélanger: les gauche-durs, les centre-mous, les Dumont pro Bouchard assassin de Michaud, les déficit-zéro à fomenter un déséquilibre fiscal propre à l'appauvrissement extrême du Québec.
    Il y a eu la clarification de l'après référendum par Mathieu Bock-Côté, pour mieux s'éclaircir les idées. Il y a Patrick Bourgeois (RRQ) qui ne mâche pas ses mots sur la précision des objectifs. Et surtout, Monsieur Ménard, en les lisant, on comprend mieux leur pensée parce qu'ils suivent les règles d'écriture de la langue française, qui est tout de même la finalité de tout ce remue méninges!

  • Archives de Vigile Répondre

    10 janvier 2008

    Encore une fois Michel David m'impressionne par la justesse du propos de son article.
    Il est comme toujours modéré et son esprit d'analyse d'observateur expérimenté de la scène politique québécoise, lui permet d'avoir le recul et l'angle nécessaire pour donner un point de vue que NOUS, les souverainistes ne devront pas négliger ou écartés de nos réflexions.
    Dans cette réflexion, les souverainistes convaincus ( dont je suis) et de tous les degrés de ferveurs ( des purs et durs, aux modérés centristes ( je me situe dans cette catégorie) aux mous incertains qui demande à toujours être rassurés) espèrent voir la lumière au bout d'un tunnel ou une évidence de quitter le passage obligé d'un gris qui a pris toutes les nuances ( l'après référendum de 1980 ce tunnel était très noir- le soir du 30 octobre 1995, pendant plus de 30 minutes, d'une luminosité aveuglante) depuis plus de 40 ans.
    Je retiens 2 passage de son texte qui sont à mes yeux fondamentaux ( et je l'ai dit à de multiples reprises sur mon blogue http://lumenlumen.blogspot.com/)
    1. Je le cite:
    * la gouvernance souverainiste sans souveraineté a ses limites. Il est illusoire de s’imaginer qu’on peut mobiliser l’État — et la population — sans proposer d’échéancier.
    * je ne suis pas sur que tactiquement parlant et stratégiquement parlant, il est de bonne pratique de dire à nos adversaires ( parce qu'il ne faut pas ce le cacher, le fédéral va encore tricher lors du prochain référendum) quand aura lieu le prochain référendum. Toutefois il y a un élément qu'il ne fait jamais oublier. Lorsque les ministres gèrent leur cabinet et en principe leur ministère ( c'est les sous-ministres qui mènent en réalité) ils ou elles en ont plein les bras du quotidien.. et de la petite politique.. à faire au tour, alors imaginé s'il fallait leur demandé en plus de gérer le Québec comme s'il était souverain...sans réel souveraineté. La perception de cette situation bordélique et totalement incongrue dans la population en général nous garantirais un référendum perdant.
    2. le 2e passage que j'aimerais commenter est le suivant, je le cite de nouveau
    * "S’il est vrai que la proposition de Denis Monière n’a rien de très emballant pour un souverainiste pressé, elle a au moins le mérite d’être responsable. Les chances de voir le PQ reprendre le pouvoir avec 45 % des voix dans un avenir prévisible paraissent bien minces, mais il vaut mieux vérifier s’il y a suffisamment d’eau dans la piscine avant de plonger. Faut-il comprendre que M. Larose déclencherait le processus d’accession à la souveraineté peu importe les circonstances ? Heureusement, il assure n’avoir aucune prétention au poste de chef."
    o Pas de doute, les purs et durs du PQ n'ont pas encore compris dans leur empressement, sans être incompréhensible et louable, qu'il y a un étape préalable à un référendum gagnant, il faut séduire, mais séduire qui?
    o je suis toujours un partisan de Lucien Bouchard, ( des fois je suis en désaccord sur certains de ces propos et il est toujours sain de se garder un esprit critique)
    o Mais lorsqu'il était PM, Bouchard avait vu venir la montée du nationalisme de droite que s’est approprié actuellement Dumont . Avec le déficit zéro il avait réussi à rallier des électeurs plus à droite au PQ, les fédéralistes fatigués et mous, les indécis, les nationalistes libéraux, les souverainistes mous... et maintenant, ce segment de centre-droit de l'électorat a voté ADQ, le 26 mars dernier.
    Pour faire la souveraineté il faut rallier autant à gauche, le centre-gauche qu’à droite et le centre droit. Pour gagner un référendum, il faudra que le parti soit au centre et c’est ça qu’avait réussi l’entente tri-partite Parizeau, Bouchard, Dumont. Un ralliement de souverainiste de toutes les allégeances.
    Les purs et durs du PQ pensent faire la souveraineté sans le centre et la droite. Ils y rêvent encore et c'est une stratégie perdante. Surtout pas de conditions gagnantes. Ils ont fait la "job de bras" à Bouchard. Il ont répété, dans une moindre mesure avec un beaucoup plus faible, André Boisclair, qui voulait refaire ce ralliement et la gauche radicale. Les purs et durs l’ont détruit dans les médias. C'est ce meme risque que Pauline court actuellement. La destruction n’est même pas venue de l’opposition mais bien de l’interne.
    De là, la conclusion qu'avec la stratégie de Gérald Larose, les souverainistes pressés se préparent à une nouvelle fois, et peut - être la dernière.... à une grande déception... et moi aussi