Requiem pour un peuple ingrat

PQ - stratégie revue et corrigée



Ce qu'il y a de bien dans les «opinions de lecteurs», c'est qu'on y trouve parfois de fortes critiques, que n'oseraient formuler les analystes et chroniqueurs. Car en matière de vente de papier, comme en tout commerce, «le client a toujours raison», et il ne convient pas d'insulter le lecteur en remettant en cause son jugement, sa conscience ou son intelligence.
Nous aurons donc au Québec une «opposition officielle» formée par un parti dont le discours a entièrement été axé sur la démagogie, les formules racoleuses et le sarcasme contre toutes les réalisations humanistes et civilisatrices des 100 dernières années. Un parti sans projet de société, sans autre vision qu'une vague soumission aux revendications insatiables du «vrai monde».
Que cette vision réductrice de la société québécoise n'ait pas été vertement critiquée au cours de la dernière campagne électorale, malgré la menace qu'elle représentait pour nos valeurs de solidarité, de justice sociale et de partage, tient de l'aveuglement volontaire et réduit le suivi médiatique d'une campagne électorale à une analyse de partie de hockey.
Aucune continuité
Au cours de sa carrière, M. Mario Dumont n'a jamais fait preuve d'aucune continuité dans sa pensée et dans ses projets, qu'il a instrumentalisés dans le seul but de prendre le pouvoir en séduisant les esprits. Qu'on pense à l'abolition des «clauses orphelins» dans les conventions collectives (en 1998), aux subventions directes aux études et au taux d'imposition unique (en 2003) ou aux allocations aux familles et la multiplication des cliniques sans rendez-vous, entre autres, dans la présente campagne, le programme de l'Action démocratique du Québec se révèle comme un simple jeu de prise de pouvoir par essais et erreurs.
Certes, la petitesse d'esprit et l'obsession libérale de la réduction de la dette et des impôts ont pavé la voie à l'engouement populaire pour le saupoudrage de bonbons magiques de l'ADQ. L'échec de l'entreprise de «réingénierie de l'État» de M. Jean Charest, malgré sa force d'expression initiale, aurait dû amener une prise de conscience de la complexité et du degré de raffinement du «modèle québécois» -- qui n'a de fait rien de particulier au regard des autres États occidentaux modernes.
Et pourtant, combien, parmi cette «classe moyenne» courtisée bassement dorment sous un toit libre d'hypothèque? Le niveau de vie et la satisfaction des besoins humains fondamentaux ont un prix, individuellement et collectivement.
Un grand ménage trompeur
L'acheteur de n'importe quel bidule technologique le jettera à la casse pour profiter de sa garantie plutôt de chercher le problème... mais on ne peut faire la même chose avec une société moderne au XXIe siècle! Au contraire, seules des corrections délicates et prudentes, reposant sur des projections réalistes, peuvent entraîner des changement structuraux dont les effets bénéficieront à la collectivité des citoyens.
Ces idées de «grand ménage» et de «changements en profondeur» ne sont là que pour séduire une classe moyenne ingrate et ignorante des causes de son existence même. À l'élite de la classe politique, l'ADQ a substitué des légions de consommateurs ayant élevé le «chiâlage» et l'individualisme au rang de religion.
Le point culminant, le comble de l'ignorance de notre histoire collective, a été atteint lorsque M. Dumont a déclaré que le Parti québécois voulait effectuer un retour à «la gau-gauche des années 70» avec l'endettement qui s'ensuivrait... Or, cette «dictature de la classe moyenne» ne tire-t-elle pas son existence même de la pensée dite «de gauche»? Vacances payées, normes du travail, santé et sécurité du travail, protection du consommateur, de l'environnement, de la jeunesse, soins de santé et éducation gratuits, salaire minimum, tout ce qui représente le «progrès» et constitue le «vernis» de notre société, tout cela n'aurait pu exister sans les luttes ouvrières, humanistes, féministes, environnementalistes, qui ont donné à chacun et chacune un niveau lui permettant de développer son potentiel et ses aptitudes. Toutes choses auxquelles s'était résolument opposé le Conseil du patronat du Québec, dont l'ancien président est devenu l'éminence grise de l'ADQ!
Peut-être dira-t-on de nous un jour qu'une fois parvenus à un degré de civilisation permettant «le plus grand bonheur pour le plus grand nombre», selon la formule de Benjamin Franklin, l'insatisfaction, le nombrilisme, l'individualisme et l'ignorance de l'histoire nous firent détruire ce que nous avions mis des décennies à édifier?
Hier soir, avant de m'endormir, je répétais en moi-même qu'il existe un pays très beau, un pays merveilleux, où le jeu des saisons exclut l'ennui; un pays sans tornades, ni tremblements de terre, volcans ou tsunamis, sans bêtes fauves, ni bestioles vénéneuses; un pays où personne ne meurt de faim au coin des rues, où l'eau est gratuite, où personne ne vole pour manger, où tous sont égaux devant la justice, la maladie et la mort; mais un pays dominé par des ingrats sans projet, ni mémoire, et qui porte fièrement la devise: «Je me souviens.»
Pierre Fortin, Avocat, Québec


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