La peur de l'autre est le seul ennemi

Géopolitique du Proche-Orient

Libre opinion: Militant au Comité Québec-Palestine de Québec, je remercie le Comité Québec-Israël pour son coûteux message de propagande, paru dans La Presse et Le Devoir samedi, le 5 août dernier. Je suis heureux d'y retrouver des allusions à des intentions de génocide du Hezbollah, de l'Iran ou de tout autre «ennemi d'Israël». Le fait qu'une puissance nucléaire comme Israël, profitant d'un lobby incontestable dans toutes les chancelleries, réagisse avec une telle violence à des menaces d'une infériorité évidente est typique d'une politique de peur servant à justifier des agressions démesurées.
En guise de première étape du retour de la paix en Palestine, il faudrait affirmer et promouvoir le fait que la communauté juive, reconnaissable à sa culture et sa religion, a été, jusqu'à la création de l'État d'Israël, cruellement persécutée par l'Occident chrétien. Les croisades (les croisés marchaient vers la Terre Sainte en massacrant tous les Juifs qu'ils rencontraient à travers l'Europe), la grande peste du XIVe siècle (les Juifs étaient désignés comme étant les vecteurs de la maladie), la Sainte Inquisition (les Juifs furent condamnés et brûlés systématiquement en tant qu'hérétiques), jusqu'à l'Holocauste nazie (crime indéniable de calibre galactique), en outre de phénomènes locaux comme les pogroms (chasses aux Juifs organisées) sous la Russie tsariste, sont tous des épisodes ou des phénomènes manifestant un antisémitisme absurde et grossièrement irrationnel, ayant eu pour effet d'enraciner une crainte profonde du peuple hébreux dans le reste de l'humanité.
Cette peur est compréhensible, mais ne peut justifier la violence continuelle de l'État d'Israël envers le peuple palestinien depuis 1948. Cette oppression a été accentuée depuis 1967, alors que l'assise d'un État palestinien continue d'être occupée au nom de la sécurité d'Israël.
Certes, il existe une opposition en Israël et beaucoup de Juifs sont pacifistes, mais devant tant d'atrocités, il n'y a guère de place pour la nuance, d'autant que le gouvernement israélien a souvent confirmé son intention de créer un État juif.
Dominer la peur
L'être humain est une créature fragile, gouvernée au premier chef par la peur. Mais nous avons le devoir de dominer cette peur, de la comprendre. C'est la peur de l'autre, la méfiance, qui est mère de la violence. Et la peur se nourrit de l'insécurité. Cette même insécurité, le même phénomène de masse, créa le nazisme en Allemagne au nom de la protection de l'espace vital aryen; l'insécurité encore invoquée par les Serbes de Bosnie-Herzégovine contre les musulmans de Bosnie; l'insécurité des Hutus envers les Tutsis au Rwanda; l'insécurité que l'administration de George W. Bush utilise profitablement depuis le 11 septembre 2001; et l'insécurité qui a permis l'élection de Stephen Harper au Canada et qui sert à justifier l'engagement offensif du Canada en Afghanistan.
Le droit de se défendre d'Israël n'est qu'une honteuse dépravation du droit à la légitime défense selon le droit de la guerre et le droit criminel de tous les pays, qui doit se limiter à la force et aux moyens nécessaires pour repousser une véritable attaque potentiellement dangereuse pour la survie d'un État.
Rien dans ce qui se passe à Gaza et au Liban n'y correspond. Au contraire, il s'agit d'une agression inhumaine prouvant la mutation de victime à bourreau du peuple juif, particulièrement de ses éléments sionistes. En effet, s'il est inhumain que le Hezbollah se cache derrière les populations civiles au Liban (ce qui reste à démontrer), que dire d'Israël qui cherche quand même à les atteindre par des raids aériens!
L'État d'Israël et ses groupes de pression locaux, comme toute autre communauté humaine, comme tout être humain, ont l'obligation, le devoir premier, de dominer la peur et de s'ouvrir le coeur et l'esprit au partage d'une terre sacrée pour le tiers de l'humanité, et de cesser de croire à une paix et une sécurité possibles qui reposeraient sur l'armement, l'oppression et la violence perpétuelle.
Je rejoins ici, simplement, tous ceux qui, comme [Gil Courtemanche dans Le Devoir du 5 août->1460], appellent à une libération pure et simple des territoires occupés depuis 1967 par l'armée israélienne et les colons juifs sionistes, en tant que première condition à la paix. Le reste est pure hypocrisie.
Une solution au conflit en Palestine - pas plus bête qu'une autre - serait peut-être de redécouvrir l'histoire du peuple juif, de réaffirmer par des expositions, des colloques, les horreurs subies par tant d'innocents au cours des siècles. On y découvrirait notamment, souverain paradoxe, qu'avant la création de l'État d'Israël, la seule communauté à n'avoir jamais persécuté les Juifs, à avoir vécu avec eux dans le partage et la tolérance, fut justement... celle des Arabes et des musulmans (le Coran prévoit que l'infidèle qui refuse de se convertir doit payer un impôt; on est loin des bûchers de Juifs de Torquemada et des fours crématoires...).
Cette résistance à la peur de l'autre, cette reconnaissance de l'humain dans un regard humain, est la seule condition à l'acceptation de nos différences accessoires, à une volontaire convivialité, pouvant donner ouverture à l'avènement d'un monde d'amour et de paix, sujet de la plus belle chanson québécoise, traduite en toutes les langues. Et alors commenceront les beaux jours...
Pierre Fortin : Avocat


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