Quebecor et Cascades, la bataille des géants du papier

Québec 400e - vu de l'étranger


Le secteur papetier et forestier a permis la naissance d'empires commerciaux au Canada, Québec inclus. Toutefois, la rentabilité moindre de cette branche oblige depuis quelques années à des changements de stratégie douloureux, comme l'illustrent les exemples des géants Quebecor (presse, imprimerie, communications) et Cascades (papiers et cartons). Tous deux ont cherché fortune ailleurs : dans les technologies de l'information et de la communication pour Quebecor ; dans les fibres recyclées pour Cascades.

Ces deux entreprises sont fortement marquées par leur histoire familiale. Fondé par Pierre Péladeau à partir d'un journal montréalais de quartier dans les années 1950, l'empire de presse Quebecor eut jusqu'à 8 grands quotidiens et 160 journaux locaux en Amérique du Nord et plusieurs imprimeries en France, en Inde, au Chili et en Argentine notamment. Ce géant a souffert de querelles familiales après le décès du "patriarche" en 1997, avant que l'un de ses fils, Pierre-Karl, n'en reprenne finalement les rênes.
Cascades est aussi née d'une petite entreprise familiale spécialisée dans le recyclage : les trois fils de la famille Lemaire, Bernard, Laurent et Alain, ont lancé leur propre affaire de papiers, cartons et emballages à Kingsey Falls (200 km à l'est de Montréal). La croissance a été au rendez-vous dans les années 1980 et les implantations ou acquisitions sont allées bon train aux Etats-Unis, puis en France (usines de La Rochette et de Blendecques), en Allemagne et en Angleterre.
Quebecor comme Cascades ont ensuite engagé une phase de diversification. La première a misé sur une "intégration verticale" : elle a investi massivement dans le secteur de l'impression commerciale puis dans l'édition. Pierre-Karl Péladeau a poursuivi l'expansion du secteur imprimerie, avec l'acquisition en 1999 de l'américain WorldColor Press, qui donnera naissance à Quebecor World.
Croyant fermement en la "convergence des médias", il a racheté des chaînes de télévision, a créé un portail Web (canoë) et a racheté en 2000 un poids lourd québécois, Vidéotron (câblodistribution, fournisseur d'accès Internet, créateur de contenus Web, télédiffusion, presse écrite), qu'il a intégré dans une nouvelle filiale, Quebecor Media. Cascades a également élargi ses horizons et a pris pied dans les énergies renouvelables (rachat de Boralex en 1995, leader dans l'éolien), tout en diversifiant ses activités dans les papiers tissus, papiers fins et cartons.
Les temps sont plus durs depuis 2001. Les frères Lemaire ont poursuivi une expansion ciblée dans le carton en Amérique du Nord et se sont délestés d'autres usines à l'étranger, dans le cadre d'une rationalisation imposée par la concurrence, par l'appréciation du dollar canadien sur le marché des changes et par la hausse des prix de l'énergie ou de la fibre.
La rupture avec le passé est consommée depuis le début de cette année pour les deux groupes. L'empire de Pierre Péladeau craque en janvier avec le retentissant dépôt de bilan de son fleuron Quebecor World, qui n'a, entre autres, pas réussi à vendre à temps ses actifs européens. Fin mai, il les cède finalement au rabais au groupe néerlandais HHBV. Le groupe termine l'exercice 2007 avec une perte de 628 millions d'euros, même si Quebecor Media affiche un bénéfice record (212 millions d'euros).
Parallèlement, Cascades achève son recentrage. Il regroupe ses actifs carton dans Norampac et vend son usine française de pâte désencrée de Château-Thierry. Malgré une conjoncture difficile, le groupe se démarque de la concurrence en misant sur des produits à fort contenu recyclé et des contenants biodégradables. Une réorientation apparemment réussie : Cascades a enregistré un bénéfice net de 95 millions de dollars canadiens (60 millions d'euros) pour 2007, contre 3 millions de dollars pour l'année précédente.
Anne Pelouas


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