Quand la désinformation atteint l’un des nôtres…

La question se pose, et elle est sérieuse : nous, à Vigile, que pouvons-nous faire ?

Chronique de Michel Gendron

Citation :
André Boisclair est peut-être mal entouré et manifestement pas toujours bien conseillé, mais il demeure un fait: le Québec qu'il défend servira les intérêts de la majorité et s'inscrit dans ce grand courant social-démocrate visant à nous faire avancer comme peuple. C'est cette même social-démocratie qui exerce le pouvoir au Brésil, qui l'exerce en Espagne et en Italie et qui y aspire en France. Cela s'appelle le centre-gauche et c'est très bien!

Savez-vous qui a écrit ça ? Non ? Nul autre que Pierre Céré, du Comité national des chômeurs et chômeuses, celui-là même qui décriait dans la Presse du 29 décembre « l’intolérance » du PQ et de Jean-François Lisée envers les immigrants. La citation provient d’un texte, paru dans le Devoir du 23 mars 2007, intitulé [« Québec solidaire n’a pas le monopole de la justice sociale »->11057]. Courageux, l’homme n’avait pas peur de s’afficher de gauche et pro-Boisclair. La gauche dogmatique a dû grincer des dents… J’avais apprécié son point de vue à l’époque, mais son brûlot du 29 décembre dernier, intitulé [« Les eaux troubles de l’intolérance »->10994] montre malheureusement que la pensée de l’homme peut se construire à partir des ouï-dire plutôt que l’analyse des faits concrets. Dommage.
Vous me direz qu’écrire une chronique sur un coordonnateur de groupe communautaire dédié à la défense des droits des chômeurs n’est peut-être pas une priorité, même si l’individu s’est mis en tête de fustiger Jean-François Lisée et le projet de loi 195 du PQ. « Le diable est dans les détails », dit la maxime. Pour ma part, l’opinion de Céré recèle plein de détails signifiants et parlants…
L’opinion de Pierre Céré ne doit pas être traitée comme un simple fait divers. L’homme écrit, c’est un militant, on le cite souvent. Son opinion sur Lisée et le PQ a été lue par un grand nombre de personnes (tirage de la Presse le samedi : 315 000) et elle rejoint pour l’essentiel celle des André Pratte, Rima Elkouri, Lysiane Gagnon et Alain Dubuc. Or, on sait que ces éditorialistes et chroniqueurs ont la fâcheuse habitude de manier l’information à leur convenance, cela pour « mieux » orienter l’opinion du lecteur. On se fie à leur jugement, faute d’avoir pris le temps d’aller vérifier aux sources. Ce que Céré a probablement omis de faire. S’il a lu le projet de loi 195 et le Nous de Lisée, alors je dis qu’il est non seulement de mauvaise foi, mais qu’il est aussi malhonnête. J’espère que ce n’est pas le cas. Ce que Céré nous permet de découvrir, peut-être, c’est à quel point le travail de sape effectué par les leaders d’opinion fédéralistes peut être efficace auprès des gens les plus scolarisés, même chez les souverainistes. En fait, le Pierre Céré dont il est question ici, c’est beaucoup de monde.
Pierre Céré est un souverainiste de gauche, donc un homme épris de justice sociale avant d’être nationaliste. Le texte du samedi 29 décembre ne dit pas le contraire, même s’il n’affirme pas ouvertement être souverainiste. Ce militant qui se bat pour les droits des chômeurs en a sûrement long à dire à propos des politiques sociales du gouvernement fédéral, notamment en matière d’assurance-chômage. On connaît le combat mené par le Bloc – Francine Lalonde, excellente - sur la question des surplus engendrés par le fédéral à même la caisse d’assurance pour financer le déficit. Alors, que s’est-il passé pour qu’il se mette à tirer à boulets rouges sur Lisée et Pauline Marois, pourtant plus à gauche, globalement parlant, qu’André Boisclair ? La réponse est hélas simple : la désinformation fédéraliste concernant les projets de loi 195 et 196, particulièrement efficace auprès des adeptes du nationalisme civique (dont Boisclair) conçu à l’aune du multiculturalisme trudeauiste, aura réussi à annexer la pensée de ce soi-disant libre penseur.
***
[->9862]Cerré et compagnie nous présentent Lisée comme un personnage machiavélique, comme un nationaliste xénophobe. Pour Céré, le Nous de Lisée est ethnique, et son but est clair : faire peur aux québécois de souche en leur disant que les immigrants seront « bientôt » un million. Céré évite bien sûr de nous dire à quoi correspond ce « bientôt ». Deux ans, cinq ans ? Pourquoi ne dit-il pas qu’il correspond dans les faits à vingt ans ? Pourtant, pour Lisée, « le Québec devrait mesurer dorénavant son succès linguistique en fonction de sa capacité de préserver, au cours des décennies à venir, à peu de chose près l’équilibre linguistique atteint au tournant du siècle » Du radicalisme ça, trouver les moyens de maintenir le groupe prédominant à 80-82% de la population québécoise ? Xénophobie que de vouloir maintenir à 55% le groupe francophone à Montréal ? De l’intolérance que de dire que « Le Québec devrait affirmer qu’il en va de l’intérêt collectif québécois que la proportion des anglophones au Québec ne chute pas en deçà de son niveau global actuel de 11% » ?
Quiconque a lu Nous sait que le « nous » de Lisée va au-delà du québécois francophone de souche : il concerne l’autochtone, l’anglophone, l’allophone. Notre « nous » est constitué de plusieurs « nous ». À mon avis, c’est Pierre Céré lui-même qui cultive l’intolérance en proposant une interprétation étriquée de la réalité, en opposant le droit canadian de l’immigrant au combat légitime du québécois francophone pour sa survie en cette Amérique du Nord anglo-saxonne, dans cette ère de mondialisation et de génocides culturels.
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Quant au projet de loi 195, Céré ne se gêne pas pour dire que celui-ci « prévoit nommément enlever des droits fondamentaux, autrement reconnu par sa citoyenneté canadienne, à tout immigrant qui n’obtiendrait pas sa citoyenneté québécoise ». S’il a lu le projet, Céré sait très bien que ceux et celles qui sont déjà canadiens et qui habitent le Québec au moment où serait votée cette loi obtiendraient automatiquement la citoyenneté québécoise, et ce, quelle que soit leur origine. Donc, personne ne perd son droit de vote, même si cette personne ne sait pas un traître mot de français ! Les nouveaux arrivants, eux, auront trois ans pour acquérir une connaissance suffisante du français. Lisée, dans Nous, est très clair là-dessus : ces nouveaux arrivants seront informés à l’avance des conditions à remplir pour devenir citoyens québécois. Enfin, concernant les personnes âgées qui viendraient rejoindre leurs enfants, le projet de loi 195 laisse entendre que des mesures administratives pourraient prévoir des exceptions.
Mais là ne s’arrête pas la mauvaise foi (ou l’ignorance) de Pierre Céré lorsqu’il nous propose d’amender la loi 101, notamment en matière de français comme langue de travail. Il nous annonce ça comme un sauveur, comme s’il n’y avait que ça de juste. Pourtant, notre homme semble approuver l’existence de la Loi 101, qui a pourtant été traitée de loi ethnique, preuve absolue de l’intolérance des séparatistes québécois. Monsieur Céré l’aurait-il oublié ? Par ailleurs, le projet de loi 195 comprend plusieurs dispositions visant justement à renforcer le français sur les lieux de travail. Notre redresseur de torts le mentionne-t-il ? Nenni. C’est presque la main sur le cœur qu’il insiste ensuite sur la nécessité de se doter de meilleures structures d’accueil pour recevoir les nouveaux arrivants. Surprise ! Le projet de loi 195 prévoit ça aussi (articles 19 et 20). Et comme si cela ne suffisait pas, notre défenseur de l’immigrant achève son œuvre culpabilisante en louangeant Gérald Godin et Pauline Julien, en disant d’eux qu’ils savaient parler à « l’autre », comme si ces deux militants trop tôt disparus avaient été animés de leur vivant par la flamme d’un multiculturalisme à la canadian ! Céré aura réussi à entremêler l’odieux et le racoleur.
Il est plus que temps que quelqu’un quelque part se décide à mettre en place une opération de communication d’envergure. La désinformation bat son plein, à tel point que d’honnêtes souverainistes y succombent. Pire : ils vont jusqu’à se rallier aux détracteurs du mouvement souverainiste en écrivant des insanités qui seront par la suite largement médiatisées par ces mêmes détracteurs.
La question se pose, et elle est sérieuse : nous, à Vigile, que pouvons-nous faire ?


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5 commentaires

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre Répondre

    7 janvier 2008

    Monsieur Michel Gendron,
    Merci de relever cette tache… Sans connaître (ni d’È ni d’A.) M. Céré, j’avais réagi vivement le jour même. Le titre publié VOUS, INTOLÉRANTS; NOUS, CONQUÉRANTS ! m’avait pourtant surpris, loin de celui soumis : LES EAUX TROUBLES D’UN MONSIEUR CÉRÉ. Après renseignements, j’ai compris que je touchais un os ! Ça m’a d’abord lancé au cœur : Vigile qui protège un caïd ? Nous en serions là, à notre tour ? Mais j’ai vite chassé cette pensée. Le nouveau titre frappe plus fort !
    Et puis, on a déjà vu quelqu’un signer un texte fielleux du nom emprunté d’un militant… Ou bien : le type qu’on croyait fiable, serait un infiltré ?
    Enfin, j’ajoute encore une fois mon appui au projet de Monsieur G.-É. Cartier, mille fois répété.
    Vigile, trop confidentiel ! C’est comme écrire à son journal personnel… Mais il y a aussi L’Action nationale qui a réussi ça pendant 90 ans ! (soit dit sans malice, connais pas bien)

  • Georges-Étienne Cartier Répondre

    6 janvier 2008

    "Consensus" ? Une fois parti: "paix sôciale" ?
    Mais c`est cette recherche même qui nous paralyse.
    Qui nous lyse !
    LA Question est : mais enfin, qu`est ce qu`on VEUT ( ???) tous ?
    L`IN-DÉ-PEN-DAN-CE !
    Alors, pour le moment et eu égard à cette fin là , concrète, le reste et tout le reste n`est que faribole d`intellos !
    L`analyse est infinie mais l`action ne peut être, sans se détruire elle même, que SIMPLE ! Sachons l`être !
    Venant après des tonnes d`analyse en boucle, c`est le contraire du "simplisme" qui les précède: l`exigence est là ! Difficile, héroïque peut-être pour certains, mais incontournable. Et certes faisable !
    Comment faire une armée pour le champs de bataille d`une université qui entend se battre à en mourir à coups de droits et de Chartres ? Utopie ricanent certains. Je rêve encore malgré tout...

  • Georges-Étienne Cartier Répondre

    6 janvier 2008

    Peut être ...
    1) Former un projet PRAGMATIQUE de groupe de presse ( Journal d`abord Hebdo du dimanche et éventuellement Quotidien, Radio et TV) INDÉPENDANTISTE AVOUÉ MAIS NON PARTISAN (pas "péquiste" ni "de gauche" ni"de droite" ni "syndicaliste" pour dire la chose cruement!) mais ouvert à tous ceux qui font de l`Indépendance non pas un absolu ni une fin en soi mais un MOYEN PRÉLIMINAIRE INCONTOURNABLE pour atteindre quoi que ce soit d`AUTRE ( Libéral, Péquiste, Adéquiste, "de gauche", "de centre", "de droite") que le Peuple Québécois, une fois vraiment libre et pleinement responsable de ses choix, voudra bien ENTRE LUI ET POUR LUI démocratiquement ET SOUVERAINEMENT se donner...APRÈS !
    2) RECHERCHER AUTOUR de CHACUN D`ENTRE NOUS des PERSONNES DISPOSANT des MOYENS FINANCIERS REQUIS pour participer à cette démarche, et en dresser une LISTE utilisable et fiable.
    3) Trouver une "Figure de proue " prète à assumer le leadership de ce mouvement de recherche de financement: une "tête libre" charismatique, bien branchée dans divers milieux ( ce qui "nous", de Vigile , nous manque, semble-t-il!), intègre et dont serait reconnue l`aptitude à transcender, sans vergogne, ses diverses affiliations.
    4) Faire cela en dehors du PQ , quoique pas contre lui et avec son aide s`il l`offre mais seulement sous réserve que celle ci soit absolument sans condition aucune !
    Une station de TV (TQS) est à vendre. Pratt se vante ( interrogé par Martineau récemment) d`être lu par les Indépendantistes : eh oui, car ILS N`ONT PAS D`AUTRE CHOIX ! Donnons leurs en un VRAI BON qui les INFORME sur TOUT ,et on verra bien ! Des stations de Radio se vendent et s`échangent à l`année longue.
    Mais aucun groupe Indépendantiste n`existe qui soit prèt à SAISIR au vol les occasions qui nous passent ainsi sous le nez : UNE VRAI HONTE ! PATHÉTIQUE !
    Et pathologique : "impuissance apprise"...
    L`échec du journal "Le Jour" ? Du à la NAÏVETÉ GO-GAUCHISTE SUICIDAIRE des artisans collaborateurs de l`époque ( parlez en à YVES MICHAUD...) : une erreur de jeunesse qui, tout naturellement( Autres temps, autres moeurs!), ne risque pas de se répéter.Revenons en, que Diable !
    Comme si, parmi les 45% dela population québécoise qui s`affirme indépendantiste, n`existait personne de suffisamment en moyens et assez libre d`esprit et de caractère pour participer à la mise sur pied d`un tel projet ! Après 45 ans ? Pas crédible !
    Je suis pour ma part absolument convaincu qu`il existe dans ce 45% (~3,000,000 de personnes !!!) une "foule" de personnes parvenues à un âge où elles sont prêtes à donner ou investir de petites et même grosses fortunes dans quelque chose d`utile au bien commun et qui ne demanderaient pas mieux que d`adopter un projet EXHALTANT ET LIBÉRATEUR comme celui là...pour peu seulement qu`il en existe CONCRÈTEMENT un et qu`on le leur présente ...sans niaiserie, ni partisannerie, ni arrogance bien pensante(!),ni étroitesse d`esprit, humblement, respectueusement et sans manipulation à visée culpabilisatrice méprisante quoi !
    Et Vigile là dedans ? Noyeau d`accrétion au départ, le site pourrait tout naturellement devenir l`expression Internet du Groupe de Presse ainsi formé !Ce qui au demeurant le sortirait de la confidentialité où, quoi qu`on fasse, il semble destiné pour le momment à rester confiné.

  • Archives de Vigile Répondre

    6 janvier 2008

    « Il est plus que temps que quelqu’un quelque part se décide à mettre en place une opération de communication d’envergure. » (Michel Gendron)
    Monréal, 6 janvier 2007 Bruno Deshaies
    Une réaction à brûle-pourpoint m’incite à vous dire que les communications entre les indépendantistes ne sont pas choses simples. Chacun mise sur son potentiel personnel et les partis politiques souverainistes en font tout autant comme regroupement d’individus.
    Au sujet de votre idée « que quelqu’un quelque part se décide à mettre en place une opération de communication d’envergure », c’est certainement une très bonne idée. Mais en amont de la grande « opération de communication », il faudrait commencer par se mettre d’accord sur certaines idées fondamentales concernant l’indépendance tout court. Le cheminement ne peut pas être tortueux tout le temps comme il l’est en ce moment dans la population québécoise. C’est la raison pour laquelle nous avons déjà proposé la création des Académies de l’indépendance.
    Vous connaissez certainement les réactions d’un certain nombre de « vigilistes » qui n’apprécient pas du tout une telle idée. Plusieurs d’entre eux aiment se limiter à la lutte parlementaire, tandis que d’autres suivent les événements pour les analyser seulement. Or la lutte nationale des Québécois dépasse les combats parlementaires parce qu’elle implique une révolution dans le système politique canadian. Au lieu de faire cette lutte et de ne pas se mettre en action, les Québécois se retrouvent collectivement dans la contemplation d’un groupe minoritaire qui se cherche une identité sociologique. Cette contemplation prend toutes sortes de formes, sauf le besoin absolue de prendre le chemin obligé de s’unir pour agir. Il nous faut des idées pour voir naître des chefs et des chefs pour faire naître la transformation politique du Québec de son statut d’État provincial en un État québécois français indépendant dans le monde. La vaste opération de communication devrait suivre une route bien différente de celle que nous observons en ce moment. Il n’y a aucune force nationale en ce moment au service de la nation québécoise

  • Archives de Vigile Répondre

    6 janvier 2008

    Peut-on être souverainistes et en même temps être contre des projets avancés par le Parti Québécois? Je n'ai jamais vu dans le projet souverainiste un ensemble à prendre d'un seul bloc. Il y a des souverainistes de gauches, de droites et un large éventail entre ces deux extrêmes. Alors si comme le dit Monsieur Gendron, il faut que tous les souverainistes applaudissent chacune des mesures avancées par le PQ ou un de ses membres, même si celui-ci est Jean-François Lisée, alors beaucoup de militants abandonnerons le navire. Le projet en est un de coalition et surtout pas de pensée unique. Je suis souverainiste et cette mesure est pour moi une erreur. Je le dis haut et fort. Même les défenseurs se sont hâté a dire que la connaissance du français se ferait sur simple déclaration, aucun test n'étant nécessaire. Alors voulez-vous bien me dire à quoi cela sert-il? Combien de citoyens Canadiens ne parlent pas l'anglais, pourtant lors de leurs assermentations, ils jurent qu'ils la parlent! Donc une mesure inutile rend contreversé l'ensemble d'un projet qui aurait pu être rassembleur. Si le dirigeants du parti avaient accepté de retirer cette mesure devant les réactions de beaucoup de souverainistes, ils auraient montré un sens du consensus. La bataille du français se gagnera dans les milieux de travail et dans les écoles. Dommage qu'en se braquant ils aient fait oublier un projet qui dans la majorité de ses mesures était prometteur.