Prendre sa place

"Nous étions en guerre!" - Chuck Guité... et ça continue...

Le coup d'envoi en sol français des fêtes du 400e anniversaire de la fondation de Québec sera donné demain à La Rochelle avec le départ de la Grande Traversée. Une quarantaine de voiliers lèveront alors les voiles pour Québec, à l'image de Samuel de Champlain parti de ce même port en 1608. La gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, sera de la fête, mais pas le premier ministre du Québec Jean Charest. Une absence déplorable!

Que fait donc la «presque reine du Canada» en France cette semaine, si ce n'est souligner on ne peut plus clairement le sens qu'Ottawa veut donner à ces fêtes, soit que la fondation de Québec marque la naissance du Canada plutôt que l'implantation du premier établissement francophone en Amérique? Une interprétation que le premier ministre canadien, Stephen Harper, cherche à imposer depuis des mois et que l'absence à La Rochelle du premier ministre de la «nation québécoise» se trouve à cautionner.
Ce départ de la Grande Traversée est le premier vrai événement des fêtes du 400e. Il a une valeur symbolique indubitable, puisqu'il rappelle l'embarquement, le 18 avril, de Champlain à bord du Don de Dieu, qui le conduira au pied du cap Diamant le 3 juillet 1608. L'importance de l'événement aurait dû sauter aux yeux de tous, ce qui a été le cas à Ottawa, mais pas à Québec.
Pourquoi le premier ministre Jean Charest n'est-il pas de la partie? Ce n'est certainement pas que son programme est trop chargé ou parce que le gouvernement minoritaire qu'il dirige est sur le point de tomber. Il aurait pu y être. Il aurait dû y être! La fondation de Québec marque le point de départ de la civilisation francophone en Amérique, dont le coeur est la «nation québécoise», qu'il a pour mandat de représenter et de défendre. La Rochelle était un rendez-vous incontournable pour le Québec qui devait être représenté par le chef de son gouvernement, plutôt que par le ministre responsable des fêtes du 400e, Philippe Couillard.
Quelle excuse a-t-on trouvée à Québec pour expliquer l'absence du premier ministre? Aucune qui soit valable. «Il n'y a pas de chicane de visibilité», dit-on au bureau du ministre Couillard. Jean Charest s'est effacé devant Michaëlle Jean, car, bien sûr, il n'y avait pas de place pour eux deux sur la même scène. Cela correspond à la propension du gouvernement québécois depuis un certain temps de s'effacer devant le gouvernement fédéral lorsqu'il s'agit d'être présent sur la scène internationale. L'illustre bien le fait que M. Charest ait décidé de ne se rendre en France que la semaine prochaine, une fois qu'il aura été bien établi dans les esprits français que le 400e anniversaire de Québec est une fête canadienne.
On voudrait bien que ces fêtes du 400e ne soient pas l'occasion d'un débat politique, mais ce n'est pas possible. Le premier à les politiser est le gouvernement Harper, qui cherche notamment à faire en sorte que la relation privilégiée qu'entretient la France le soit avec le Canada plutôt qu'avec le Québec. Dans un entretien au magazine Le Monde 2, la «presque reine du Canada», comme celui-ci a surnommé Mme Jean, ne se gêne d'ailleurs pas pour semoncer le gouvernement français en lui rappelant de se préoccuper «de l'ensemble des communautés francophones à travers le Canada». Curieux message, car, que l'on sache, la France n'a jamais ignoré les communautés francophones et acadiennes du Canada en dépit de sa relation privilégiée avec le Québec.
De la part du gouvernement québécois, il ne s'agit pas de partir en guerre contre Ottawa. Mais il lui revient comme seul gouvernement national des francophones d'Amérique d'imposer le véritable sens des fêtes du 400e anniversaire de la fondation de Québec, soit la pérennité de la civilisation française sur ce continent. Non pas la fondation du Canada, qui a eu lieu à un autre moment, deux siècles et demi plus tard. Pour bien jouer son rôle, il faut que le premier ministre Charest prenne la place qui lui revient durant ces fêtes: la première place.


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