Pourquoi attendre?

Le français à Montréal

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a pris l'engagement de réécrire la Charte de la langue française une fois portée au pouvoir. Elle voudrait renforcer cette loi, tout particulièrement à l'égard de la langue de travail dans les petites entreprises. Idée opportune qui, toutefois, tient plus des belles paroles que de l'action. Dans certains cas, des gestes pourraient être faits sans devoir attendre de former le gouvernement.
Cette proposition de la chef péquiste est accueillie froidement par ceux qui portent des lunettes roses et craignent de rouvrir la «poudrière linguistique». Pourtant, ce que propose le Parti québécois ne consiste pas en une remise en cause des grands équilibres de la loi 101. Après 31 ans, celle-ci a besoin d'être mise à jour pour tenir compte des réalités d'aujourd'hui et, à certains égards, d'être resserrée. Également, d'être remise en ordre après tous ces jugements de la Cour suprême qui l'ont modifiée.
L'exercice proposé est une réponse politique aux inquiétudes qui se manifestent à l'égard du français à Montréal, où cette langue pourrait dans quelques années devenir minoritaire en raison du faible taux de natalité des francophones et des transferts linguistiques des allophones vers l'anglais. Il y a là une réalité qui demande une réaction plus immédiate. On ne sait pas quand surviendront les prochaines élections. Ce peut être aussi bien dans six mois que dans 18 ou 24 mois. Et rien n'assure que le Parti québécois sera alors élu.
À ces inquiétudes, il y a d'autres réponses que celle d'une promesse électorale incertaine. Il y a des gestes à poser maintenant. Le gouvernement Charest a adopté un timide plan de mesures qu'il faut renforcer. Pourquoi la chef péquiste ne se servirait-elle pas de la situation minoritaire du gouvernement Charest pour justement le forcer à réagir plus vigoureusement? Pour peu qu'elle jette des ponts vers l'Action démocratique de Mario Dumont, cela est possible. Leurs deux partis peuvent, on l'a vu avec le congédiement du délégué à New York, qui a fait l'objet d'une étude de deux jours en commission parlementaire, imposer leur volonté au gouvernement. Faisant cause commune, ils pourraient, par exemple, obtenir de l'Assemblée nationale qu'elle confie à une commission parlementaire le mandat de revoir en profondeur la situation linguistique et d'élaborer un plan d'action.
Le point de départ d'un tel exercice se doit d'être bien sûr l'application de la loi 101, mais il doit aussi aborder les politiques d'intégration des immigrants, l'enseignement du français, la formation des maîtres, l'apprentissage de l'anglais et du français comme langues secondes, la scolarisation des nouvelles générations. Il faudra tirer les conclusions que s'est gardé de tirer l'Office de la langue française dans son dernier rapport quinquennal. Puis proposer un plan d'action structuré.
Le gouvernement Charest rétorque au Parti québécois qu'il n'y a pas de crise linguistique, ce qui est vrai. Il y a cependant des urgences, tout particulièrement à Montréal, ce que personne ne peut nier. Parce que l'avenir du français est une cause qui transcende tous les partis, le gouvernement libéral devrait mettre de côté ses réticences et accepter un tel exercice qui serait un bel exemple de cohabitation politique. Depuis quelques semaines, le premier ministre Charest n'a que ce mot à la bouche pour nous convaincre que ce qu'il fait est le fruit d'une action concertée avec l'opposition. En réalité, ce concept de cohabitation sert le plus souvent à justifier son inaction.
Ne rêvons pas en couleurs. Jean Charest n'acceptera pas d'amender la loi 101 pour rendre obligatoire la francisation des entreprises de moins de 50 employés, comme le voudrait le Parti québécois. Mais il pourrait autoriser l'Office de la langue française à se prévaloir de la disposition de l'article 151 de la loi qui permet d'exiger d'une entreprise de moins de 50 employés de se doter d'un programme de francisation. On peut, par cet article, agir sans devoir imposer une obligation aux 175 000 entreprises de cette catégorie, ce qui est l'argument généralement invoqué pour ne rien faire. L'Office pourrait alors déterminer les endroits où il y a lieu d'intervenir, par exemple auprès des entreprises de la région montréalaise qui comptent entre 25 et 50 employés.
Le talon d'Achille de la loi 101 se trouve du côté de ces petites entreprises qui, contrairement aux grandes, peuvent choisir la langue de travail. Elles ne sont soumises à aucun programme de francisation. Toutes ne sont pas fautives, mais on sait que, dans la région de Montréal, plusieurs d'entre elles ont fait de l'anglais la langue de travail de leurs employés. Entre la coercition que voudrait exercer le Parti québécois et le laisser-faire que pratique le Parti libéral, il devrait y avoir un moyen terme, que justement permet la loi dans sa rédaction actuelle. Pourquoi donc attendre?
bdescoteaux@ledevoir.com


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