Portrait robot d'un chef

PQ - leadership en jeu - la tourmente


Par les temps qui courent, chacun se questionne concernant le leadership d'André Boisclair, et ce particulièrement à l'intérieur du Parti Québécois (PQ). Souvent, ce questionnement se fait en fonction de critères hautement subjectifs: relation personnelle avec l'homme, degré de confort envers l'homosexualité, etc. Pourtant, il nous semble que ce questionnement devrait plutôt se faire en fonction de critères objectifs. C'est pourquoi il convient de tracer le portrait robot d'un chef et d'évaluer si André Boisclair ou d'autres prétendants répondent aux critères de ce portrait.
D'emblée, une évidence s'impose: le chef du PQ doit être l'homme qui pourra battre Mario Dumont. En effet, considérant que les libéraux obtiennent à peine le quart du vote francophone et que Jean Charest est sur le déclin, l'ennemi à abattre pour le PQ est le chef adéquiste. Or, qui est Mario Dumont? Il est d'abord l'homme qui émerge sur la scène politique québécoise en rompant avec Robert Bourassa, et ce, sur la question nationale. Puis, Mario Dumont c'est l'homme qui préfère apparaître aux côtés de Lucien Bouchard et Jacques Parizeau, plutôt qu'à ceux de Jean Chrétien et Jean Charest, lors du référendum de 1995. Ensuite, il est l'homme qui, sans vouloir d'un autre référendum, reste fidèle au Québec pendant l'après-1995… du moins jusqu'à un certain discours tenu à Toronto en 2002. Et à ce moment c'est la chute. Ayant perdu momentanément sa crédibilité nationaliste, Mario Dumont redevient un poids plume politique. Mais Mario Dumont, c'est aussi, et surtout, l'homme qui renaît de ses cendres à l'automne 2006 grâce à une prise de position ferme sur les accommodements raisonnables. Bref, le succès ou non de Mario Dumont dépend de son nationalisme, l'impact de ses politiques sociales sur sa popularité étant moindre.
Donc, ce qu'il faut au PQ c'est un chef nationaliste au sens fort du terme… ce qui semble exclure d'emblée André Boisclair, de même que Gilles Duceppe, du moins dans leur mouture actuelle. Par contre, il faut avouer qu'André Boisclair pourrait être à même d'incarner un certain centrisme et ainsi s'opposer à la droite de Dumont. Mais attention, encore faut-il que ce centre ou ce centre-gauche soit cohérent et intelligent. Autrement dit, il faudra autre chose qu'une volonté de soulager le capital, suivie d'un appel aux altermondialistes et féministes du monde entier. Nous touchons ici à un autre point important: le chef du PQ, un parti fort en idées traditionnellement, ne doit pas être perçu comme une coquille vide. Il doit au contraire être doté d'une intelligence et d'une vision puissantes dont, idéalement, témoigneraient ses études supérieures, si possible à l'étranger, ainsi que ses livres et articles. Cela lui saura sans doute utile pour combattre Mario Dumont, dont le manque de profondeur finira bien par paraître, mais aussi Stephen Harper et Stéphane Dion qui, eux, ont fait des études poussées.
Évidemment, cette dernière prescription contient un risque d'effet secondaire, puisqu'un intellectuel qui semblerait déconnecté du peuple aurait bien de la misère à battre le très populiste Mario Dumont. C'est pourquoi le chef du PQ doit aussi être sensible aux préoccupations des classes populaires, en plus d'être minimalement connu de ces dernières. Sans être un animateur de radio-poubelle, ce chef devrait est du genre à ne pas dédaigner apparaître à TQS ou écrire dans le Journal de Montréal.
Dans la même lignée, soulignons que le fait de provenir du 514 semble ne pas être un atout à l'extérieur de l'île, quoique l'inverse est aussi vrai, le très 418 Mario Dumont connaissant son lot de difficultés à Montréal. Par conséquent, il semble que l'idéal serait un chef du 450, d'abord parce que c'est dans cette zone que se gagnent les élections, mais aussi parce qu'un chef doit unir et nos diviser les régions du Québec. Or, n'est-ce pas le 450 qui constitue un pont entre le 514 le 418 et même le 819?
Parlant du 450, il nous semble qu'un autre critère important écarte deux candidatures émanant de cette zone: celles de Pierre Curzi et de Bernard Drainville. En effet, on ne peut ignorer que l'expérience politique compte. À ce sujet, qu'il nous suffise de rappeler que les conservateurs n'ont jamais regretté d'avoir préféré Stephen Harper à Belinda Stronach.
Enfin, il y a la question de l'image. Mais comme elle nous semble secondaire, nous nous contenterons de dire qu'un jeune père de famille ou qu'une jeune mère de famille est sans doute souhaitable, ce qui, encore là, en disqualifie plusieurs.
Le PQ peut-il trouver une personne qui réponde à tous ces critères? Sans doute que non. Peut-il en trouver une qui y réponde davantage qu'André Boisclair? Probablement. Ceci dit, il n'en tient qu'à lui de changer pour mieux y répondre… mais à cet égard le fardeau de la preuve lui revient.
Guillaume Rousseau

Candidat au doctorat en droit et chercheur en sciences politiques à l'Université de Sherbrooke

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Guillaume Rousseau32 articles

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L'auteur, qui est candidat au doctorat en droit à l'Université de Sherbrooke, a étudié le droit européen à l'Université Montesquieu-Bordeaux IV. Actuellement, doctorant à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne





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6 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    28 avril 2007

    Je m'étonne qu'après tout ce qui se passe on ramène avec une superficialité déconcertante le problème du PQ à la question du chef. Ce type de bricolage, destiné d'abord à faire remonter les scores électoraux, est la garantie que le PQ ne sortira pas de sitôt du marasme dans lequel il semble durablement plongé. L'ambiguïté historique du PQ sur la question nationale est à la base de ses déboires. La croyance naïve que la souveraineté peut advenir sans s'engager dans un combat opiniâtre de tous les instants est le propre du nationalisme qui demeure prisonnier de la gangue fédéraliste. Ce fut le cas de l'Union nationale, du PQ (qui a renouvelé pour un temps le discours nationaleux)et aujourd'hui de l'Action démocratique(la nouvelle mouture). Si aujourd'hui, Monsieur Guillaume, votre ambition est de battre l'ADQ sur ce terrain, je vous souhaite bonne chance. En ce qui concerne la fibre nationaliste, l'ADQ a une longueur d'avance et plus de crédibilité que le PQ. Mais peu importe, cela ne fera que continuer à nous faire tourner en rond. Du bricolage politicien.

  • Archives de Vigile Répondre

    27 avril 2007

    Monsieur Facal, chef?
    Du Nouveau PQ?
    Facal est un confédéraliste comme Lucien Bouchard et Landry.
    Quelqu'un d'autre? Impossible à trouver. Ils ont tous la même maladie. La maladie du pouvoir.
    Nestor Turcotte
    Matane

  • Archives de Vigile Répondre

    27 avril 2007

    Se pourrait-il que ce texte ait été écrit de la même façon qu'on commence un labirynthe par la fin, c'est à dire en ayant déjà en tête un chef potentiel dont on feint d'énumérer avec détachement les qualités requises? Une jeune père de famille habitant le 450, ayant fait des études poussées à l'étranger et écrivant dans le Journal de Montréal? Cela correspond de tellement près au profil de Joseph Facal que ç'en est louche. Quant à ce dernier, il est loin d'être sûr qu'il soit intéressé à sacrifier au bénéfice du PQ les belles années de sa quarantaine durant lesquels grandiront ses jeunes enfants. Quant à son image de centre-gauche, il est possible et même probable qu'elle nécessiterait un vigoureux polissage.
    Christian Gagnon

  • Archives de Vigile Répondre

    27 avril 2007

    Salutation citoyennes et citoyens,
    Tout est ramené encore une fois à la question du PQ... C'est réducteur pour la réalité de la Patrie... La Patrie n'existe pas seulement au sein du PQ... Il y a plus de souverainistes hors du PQ qu'en son giron...
    Tandis que le PQ se cherche, il revient au mouvement indépendantiste de s'afficher comme une mouvance. Un parti indépendantiste pourrait voir le jour alors... ?
    Gilles Brassard

  • Archives de Vigile Répondre

    27 avril 2007

    Le Parti québécois a besoin d'un portrait robot pour le diriger. Vous avez absolument raison. Ce parti n'est pas gouvernable parce qu'il porte en lui trop d'ambiguïtés pour arriver à trouver le chef qui pourrait prendre les destinées de ce qui reste des troupes. Il faut laisser les péquistes essayer de trouver la quadrature du cercle.
    Si les indépendantistes veulent être sérieux, faire un travail en profondeur, ils doivent trouver le chef, non pas idéal, mais le chef convaincu de la cause à porter et capable d'en porter toutes les exigences et les sacrifices.
    On ne peut trouver cela dans un parti politique. Car la petite politique ne s'occupe pas des grandes causes. Elle ne s'occupe que des préoccupations journalières, celles qui peuvent faire la différence entre une ré-élection ou une future défaite.
    Nestor Turcotte
    Matane

  • Archives de Vigile Répondre

    27 avril 2007

    M. Rousseau, spécialiste en sciences politiques souhaite un chef du PQ qui serait nationaliste, pas trop vieux, dans le 450, pas trop à gauche etc...mais semble oublier qu'il devrait être principalement : SOUVERAINISTE.
    Le parti Libéral provincial est carrément fédéraliste et le parti Adéquiste est déjà autonomiste et nationaliste. Il reste l'option souverainiste qui n'est ni à gauche ni à droite ni dans le 450. C'est M. Louis Bernard qui résume le tout en refusant que le PQ gère une province mais explique mieux ce qu'il ferait dans un Québec souverain et se ferait élire sur cette base suvi d'un référendum rapide pour confirmer le tout. Si un souverainiste n'est pas prêt à faire la souveraineté, il a le choix de voter pour autre chose.
    Si le PQ désire continuer à être un parti qui souhaite gouverner une province, qu'il se saborde ou quM'il efface son option sur la souveraineté.