Pas de latin, s.v.p.

Rentrée parlementaire


À sa première question comme chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale, Bernard Landry n'avait rien trouvé de mieux que de faire la leçon à Jean Charest, coupable d'anglicisme avec sa «réingénierie».


C'est le genre de remarque qu'André Boisclair devra éviter à tout prix au cours des prochains jours. Trop de gens le tiennent déjà pour un jeune prétentieux, et le premier ministre ne manquera aucune occasion de faire ressortir ce désagréable trait de sa personnalité.
Même s'il a déjà une longue expérience de la joute parlementaire, le chef du PQ ne peut échapper à la pression. Il sait très bien que, cet après-midi, tous les yeux seront braqués sur lui. Raison de plus pour éviter de «faire le smatte». Hier, il a promis de ne pas faire de politique-spectacle. On verra bien. De grâce, surtout pas de citations latines !
Le report des élections générales à l'an prochain devrait permettre à M. Boisclair de respirer un peu plus librement. Il n'aura pas besoin d'éblouir tout le monde tout de suite. Certes, il doit démontrer qu'il ne s'en laissera pas imposer, mais il a tout intérêt à s'en tenir au fond des choses plutôt que de chercher à transformer la période de questions en combat de coqs.
La situation des travailleurs mis à pied dans les scieries est suffisamment dramatique en elle-même. M. Boisclair n'a pas besoin d'en rajouter. Tout le monde sait qu'il peut avoir le verbe haut. Il doit surtout démontrer qu'il a aussi le sens de l'État.
De toute manière, dans le tac au tac, les règlements de l'Assemblée nationale assurent un avantage déterminant à M. Charest, qui aura toujours le dernier mot. Et il a suffisamment de repartie pour en profiter. Le sous-estimer serait une grave erreur.
Pour un nouveau chef, la tentation est grande de prendre toute la place et de renchérir continuellement sur les interventions de ses députés. À partir du moment où M. Boisclair prétend réunir autour de lui une «équipe de rêve», il doit être conséquent.

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Il est assez rare qu'un dossier s'impose de façon aussi évidente au début d'une session parlementaire que la crise actuelle dans l'industrie forestière. Qui plus est, il permet au chef du PQ de s'engager en position de force sur le terrain du développement économique, auquel on ne l'associe pas spontanément.
Après analyse des causes de la défaite de novembre 1998, Jean Charest avait annoncé qu'il allait désormais s'employer à préparer l'avènement d'un «gouvernement des régions». Jusqu'à qu'il décide que ce serait plutôt un «gouvernement de la santé».
Après trois ans et demi de gouvernance libérale, rien n'illustre mieux la détresse des régions que la crise forestière. Bien sûr, les causes sont bien plus profondes que la seule incurie d'un gouvernement, mais il est clair que tout n'a pas été fait pour en atténuer les effets.
Au jeu parlementaire, un gouvernement est aussi fort que le plus faible de ses maillons. Ces jours-ci, le maillon le plus faible est le ministre des Ressources naturelles, Pierre Corbeil, totalement dépassé par la situation, qui doit s'attendre à vivre des moments très difficiles. Peu importe qu'il ne soit plus ministre que de nom, on va s'acharner sur lui.
M. Corbeil n'est cependant que du menu fretin, qu'on oubliera rapidement. À terme, les défauts qui sont apparus au cours des derniers mois dans la cuirasse du ministre de la Santé et des services sociaux, Philippe Couillard, sont encore plus prometteurs pour l'opposition.
Le premier ministre a demandé que son gouvernement soit jugé sur son bilan en matière de santé. L'opposition a trouvé dans la Fédération des médecins spécialistes un témoin à charge de premier ordre dans le procès qu'elle intentera à M. Couillard.
Il n'a convaincu personne avec son virage à 180 degrés sur le financement du système de santé. Même s'ils arrivent à s'abuser eux-mêmes, les politiciens qui invoquent le «droit de changer d'idée» à la veille des élections sont rarement crus.
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La question nationale demeurera incontournable. M. Charest a donné le ton dimanche soir à Laval. Peu importe qui le dirige, le PQ est toujours ce «parti d'une seule idée, d'une seule obsession et d'une seule stratégie afin d'y arriver», a-t-il déclaré.
Le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, s'est indigné de la tentative d'André Boisclair de renverser le fardeau de la preuve en mettant le gouvernement au défi de présenter de nouvelles propositions constitutionnelles.
Pourtant, M. Pelletier voit lui-même le danger de placer les Québécois dans l'obligation de devoir choisir entre la souveraineté et le statu quo. «Seule une franche reconnaissance de cette spécificité [québécoise] est en mesure de réduire l'appui à la souveraineté. Espérer que le simple passage du temps fera son oeuvre relève de la pensée magique», écrivait-il dans un texte publié vendredi dernier dans Le Devoir.
M. Charest semble maintenant décidé à attendre après les prochaines élections fédérales avant d'appeler lui-même la population aux urnes. Il pourrait s'en mordre les doigts si jamais les libéraux reprenaient le pouvoir à Ottawa, comme les derniers sondages en laissent maintenant entrevoir la possibilité.
Il est vrai que Stephen Harper n'a jamais été chaud à l'idée de reconnaître la spécificité québécoise dans la Constitution, mais il s'est tout de même engagé à faire quelque chose pour corriger le déséquilibre fiscal. Avec l'élection d'un gouvernement libéral, peu importe qui le dirigera, M. Charest risque de faire chou blanc sur toute la ligne.
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mdavid@ledevoir.com


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