Propositions de la FECQ et de la FEUQ

Les étudiants ont raison

Qui résiste au changement, les étudiants ou le gouvernement?

Chronique de Louis Lapointe

«Avant même de songer à augmenter le financement des universités et hausser les droits de scolarités de leurs étudiants, il faudra s’enquérir de leurs pratiques. Il faudra demander aux universités de rendre compte de l’accomplissement de la tâche de leurs professeurs. Un sujet méconnu du grand public qui constitue le noyau dur de la mission universitaire et qui, comme nous le verrons, recèle la plupart des solutions à la crise des universités.» Le 8 septembre 2008, Quelle crise des universités?

Les étudiants ont raison. On ne peut pas augmenter le financement des universités et augmenter les droits de scolarité des étudiants sans en avoir fait le ménage auparavant.
Une vérité de La Palice que tout bon administrateur public devrait comprendre, mais que les étudiants semblent être les seuls à saisir dans le présent débat.
Revoir les études de premier cycle en s'inspirant du modèle collégial
En fait, il faudrait tout d’abord revoir l’organisation et le financement des études de premier cycle.
À cette fin, les universités devraient s’inspirer du modèle collégial où les professeurs donnent entre 8 et 10 cours par année en échange d'un salaire moins élevé que leurs homologues universitaires étant donné qu’ils n’ont pas de tâche de recherche, alors que la tâche moyenne d'enseignement d'un professeur d'université varie entre 2 et 4 cours par année.
Les professeurs de cégep ont toutefois la réputation d’être de meilleurs pédagogues et de mieux encadrer leurs étudiants. S'inspirer de ce modèle constituerait donc une nette amélioration pour les étudiants universitaires de premier cycle.
Les professeurs chercheurs de deuxième et troisième cycle devraient, quant à eux, se consacrer davantage à leur tâche de recherche et à l’encadrement d’étudiants gradués.
Sauf exception, les professeurs se verraient interdire toute possibilité de double emploi, devant obtenir l’autorisation de leur département avant d’accepter tout contrat externe. Les revenus supplémentaires provenant de ces activités seraient versés dans un fonds consacré à des objectifs institutionnels adoptés par chacune des assemblées départementales.
Par ailleurs, pour d'évidentes raisons d'efficacité, on devrait éviter de confier les tâches administratives à des professeurs lorsqu'elles peuvent être accomplies par des professionnels ou des cadres selon le cas.
Une vraie révolution universitaire
Une petite révolution au sein des universités qui ne manquerait pas de menacer les fiefs de certains professeurs qui sont devenus au fil des années de véritables petits entrepreneurs qui jouissent d’une totale liberté et qui ont de moins en moins de comptes à rendre à leurs pairs au fur et à mesure qu’ils gravissent les échelons universitaires, jusqu’à ce qu’ils deviennent un jour professeurs titulaires.
Une situation qui a pour effet de rendre intouchables certains d’entre eux, même si leurs enseignements et leurs encadrements déclinent au profit de leurs emplois de consultant externe qui fleurissent sous une pluie d'émoluments.
Voilà pourquoi les universités ne veulent pas faire leur ménage.
Elles ne veulent pas se heurter aux bonnes vieilles traditions universitaires propres à nos établissements nord-américains.
«L'étendue et l'énormité du mensonge inhérent au mot travail sont évidentes. Pourtant, on n'entend guère de critiques ou de mises au point émanant des institutions savantes. Dans toutes les universités réputées, les professeurs limitent leur nombre d'heures d'enseignement, sollicitent et obtiennent du temps pour la recherche, l'écriture ou une réflexion enrichissante pendant leurs années sabbatiques. Éviter de travailler - car c'est bien de cela qu'il s'agit pour certains - n'inspire ici aucun sentiment de culpabilité. » J.K.Galbraith, Les Mensonges de l’économie, Grasset, 2004. p. 37

Elles ne souhaitent pas être confrontées à des conflits de travail qui promettent d’être beaucoup plus longs et virulents que ceux qu’elles vivent présentement avec les étudiants, puisqu’elles s’attaqueraient alors à des droits et privilèges acquis de longue date.
«Est-il normal qu’un professeur puisse continuer à gravir les 36 ou 40 échelons des échelles de salaire universitaires s'il ne consacre pas le temps requis à sa tâche, en particulier à l’enseignement et à la recherche ?
Il faut donc revoir la gestion de la tâche et la rémunération des professeurs d'université à cause des iniquités qu'elles suscitent entre jeunes et vieux professeurs, ceux qui enseignent et ceux qui n’enseignent pas, ceux qui cherchent et ceux qui ne cherchent pas, ceux qui se consacrent aux missions d'enseignement et de recherche et ceux qui s'occupent surtout de tâches administratives ou de leur second emploi mieux rémunéré et que l'on considère souvent, à tort, comme des services à la collectivité ou du rayonnement universitaire. Devant de telles situations, on doit sûrement s’interroger sur la validité des processus d’évaluation et d’approbation de tâches auxquels se livrent les pairs et les gestionnaires de l’université et reconsidérer leurs pratiques.» Quelle crise des universités?


Elles ne veulent surtout pas s’engager dans d’interminables négociations avec leurs professeurs pour introduire un peu plus d’équité entre des enseignants qui n’ont pas tous la même tâche, les mêmes responsabilités et la même ancienneté.
«Compte tenu des iniquités qu’elle suscite et lorsque l’on sait que la masse salariale des professeurs d’université du Québec est de plusieurs centaines de millions de dollars, il serait donc tout à fait logique de revoir la tâche des professeurs et l’évaluation qui en est faite avant même de songer à investir de nouvelles sommes d’argent provenant des droits de scolarité des étudiants.» Quelle crise des universités?

Les étudiants proposent un véritable exercice de lucidité
Voilà pourquoi les recteurs préfèrent la quiétude des droits acquis plutôt que la révolution que leur proposent les étudiants. Celle qui remet en question des pratiques ancestrales qui, en plus d’être injustes à l’égard de plusieurs professeurs, coûtent une fortune aux contribuables et aux étudiants.
Voilà le véritable exercice de lucidité auquel devrait se livrer un gouvernement qui exige une meilleure gestion de tous nos établissements publics, mais, qui, étonnamment, a oublié les universités au nom d'un fumeux concept d'excellence?
Chaque pierre de chaque université devrait être retournée pour qu’on puisse voir ce qui s'y cache avant même de songer à augmenter leur financement ainsi que les droits de scolarité des étudiants.
«Doit-on diminuer le salaire des professeurs qui ne font pas de recherche ou doivent-ils enseigner plus ? Doit-on limiter les dégrèvements pour administration pédagogique de professeurs qui ont d’abord des compétences pour enseigner et chercher ? Doit-on hausser le salaire des jeunes professeurs qui s’investissent dans la recherche et la création de nouveaux cours afin d’encourager les meilleurs d’entre eux à demeurer à l’université ? Doit-on questionner le double emploi lorsque manifestement il sert davantage à procurer un deuxième revenu à quelques professeurs plutôt qu’à faire rayonner l’université ou à permettre une véritable mise à jour des connaissances professionnelles de professeurs ? Il faut aussi se demander si cette pratique, lorsqu’elle est mal encadrée, ne risque pas de placer les professeurs en situation de conflit éthique. Doit-on revoir les mécanismes d’évaluation de la tâche des professeurs ? Peut-on, tout à la fois, établir des contrôles plus stricts et défendre une liberté universitaire centrée sur la mission de l’Université ?» Quelle crise des universités?

On se demande bien pourquoi le gouvernement ne profite pas de la porte que lui ouvrent les étudiants pour faire un véritable grand ménage dans nos universités, alors qu’il est assuré que nous y gagnerions tous de meilleures universités et probablement la gratuité scolaire pour nos enfants?
Qui résiste au changement?
Les étudiants ou le gouvernement?
***
PS. La gratuité scolaire devrait être un objectif à atteindre dans la perspective d’une réforme complète du système d’éducation, du primaire à l’université, en passant par le ministère de l’Éducation et les commissions scolaires et, tous les acteurs de la société qui profitent des retombées d’une société plus et mieux scolarisée devraient contribuer à son financement, ce qui, bien sûr, inclut les entreprises.
***
Sur le même sujet:
Quelle crise des universités?
La stratégie de la bêtise ou quand les recteurs se taisent contre l’intérêt public
Le biais de François Legault
L’Ilot Voyageur - La responsabilité

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Louis Lapointe534 articles

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L'auteur a été avocat, chroniqueur, directeur de l'École du Barreau, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    3 mai 2012

    James Corbett et Andrew Gavin Marshall parlent des revendications des étudiants du Québec.(bonne entrevue mais audio seulement et en anglais)
    2 May 2012 Corbett Report Radio 123
    Protests and Revolution with Andrew Gavin Marshall
    http://www.corbettreport.com/?powerpress_pinw=4632-podcast
    ''Tonight on the program James talks to Andrew Gavin Marshall of ThePeoplesBookProject.com about the ongoing student protests in Montreal, Canada, the nature of direct action, and the possibility of revolution.''