LANGUE D'USAGE À LA MAISON AU QUÉBEC

Les enfants d'immigrés choisissent l'anglais

Par François Berger

2006 textes seuls


Une nouvelle étude, menée par Statistique Canada, vient jeter un autre pavé dans la mare linguistique du Québec. Elle montre que les enfants nés ici de parents immigrés allophones adoptent trois fois plus souvent l'anglais que le français comme langue d'usage à la maison.
L'assimilation à la langue française au Québec a de sérieux ratés, selon plusieurs chercheurs, malgré la loi 101, qui depuis 30 ans encourage l'usage du français.
L'étude de Statistique Canada porte sur les enfants des immigrés, c'est-à-dire sur les personnes nées au Canada et au Québec dont les parents sont nés à l'étranger. Seuls les allophones, c'est-à-dire les personnes dont la langue maternelle de la mère et du père n'est ni l'anglais ni le français, sont inclus dans l'analyse. Ces descendants d'immigrés allophones étaient âgés de 15 ans ou plus en 2002 et totalisaient 1,3 million de citoyens au pays, dont près de 175 000 au Québec.
Parmi ceux nés au Québec, plus de la moitié (52 %) utilisent encore régulièrement la langue d'origine de leurs parents à la maison, 37 % parlent uniquement l'anglais et seulement 11 % le français. Dans l'ensemble du Canada, 32 % de ces enfants d'immigrés continuent de parler leur langue d'origine, tandis que les deux tiers parlent anglais.
Leurs parents, des allophones nés à l'étranger qui composent maintenant plus de 80 % de l'immigration annuelle au Québec, se sont pourtant eux-mêmes assimilés davantage à la langue française, selon le dernier recensement, réalisé en 2001. Ces immigrés au Québec ont adopté le français plutôt que l'anglais dans une proportion de 56 %. Ce sont leurs enfants - nés ici - qui boudent cette langue, car seulement un sur quatre l'adopte.
Le fait que l'anglais surpasse le français à trois contre un au Québec étonne. Le démographe Marc Termote, spécialiste de ces questions à l'Institut national de la recherche scientifique, trouve «énorme» l'écart entre le français et l'anglais chez les descendants des immigrés. «Je me serais attendu à un partage moitié-moitié entre l'anglais et le français», a-t-il commenté.
Une enquête du ministère québécois de l'Éducation a d'ailleurs démontré que près de la moitié des élèves allophones qui sont passés par l'école secondaire française, en vertu de la loi 101, choisissent de fréquenter le cégep en anglais.
Charles Castonguay, mathématicien de l'Université d'Ottawa et auteur de plusieurs travaux sur les divisions linguistiques, note que les chiffres de Statistique Canada recoupent les conclusions d'une étude faite par lui et publiée l'année passée par l'Office québécois de la langue française. Cette étude montrait que les allophones nés au Québec adoptent le français moins souvent que leurs parents.
Au Québec, les allophones «ne savent pas sur quel pied danser», dit le démographe Termote, à cause de la présence de deux langues dominantes. Mais c'est un phénomène essentiellement montréalais, selon lui, puisque les allophones établis ailleurs au Québec adoptent majoritairement le français.
L'étude de Statistique Canada montre que la langue d'origine des descendants d'immigrés allophones se perd avec le temps. Ainsi, au Canada, seulement 20 % continuent de parler cette langue lorsqu'ils ont eux-mêmes fondé une famille. Et seulement 11 % l'ont transmise à leurs propres enfants. Au Québec, 22 % utilisent régulièrement leur langue d'origine avec leurs amis. Un sur sept parle régulièrement sa langue ancestrale au travail.
Les personnes d'origine arabe, asiatique et est-européenne ont une plus forte tendance à conserver la langue de leurs parents. Les Scandinaves et les Haïtiens sont parmi ceux qui s'assimilent le plus.


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