Les coqs

Sortie de crise


Ils ne l'avoueront pas mais, dans le fond, les acteurs de notre classe politique se sont bien amusés depuis la présentation du budget de Mme Jérôme-Forget. La tension intenable, les discours enflammés, les caméras partout, les réunions tard le soir; c'est la politique à son plus brutal, à son plus grisant. Obnubilés par ce qui se passe dans leur bulle de la Grande-Allée, les politiciens adorent ça!


Malheureusement, la population ne partage pas leur enthousiasme. Beaucoup de Québécois ont trouvé le spectacle des derniers jours déplorable et enfantin. Sauf les plus partisans, les gens ont bien vu que cet affrontement avait peu à voir avec les «principes» invoqués, le trémolo dans la voix, d'un côté comme de l'autre du Salon bleu. C'était rien de plus qu'un combat de coqs.
Le tout s'est réglé par une dépense additionnelle de 111 millions. C'est moins que ce que le gouvernement du Québec dépense en une journée. Et s'il n'y avait pas eu entente, on aurait dépensé à peu près la même somme, pas pour soigner les personnes âgées ou aider les élèves en difficulté, mais... pour tenir des élections!
Tant mieux si les sommes soutirées par le forcing du Parti québécois améliorent le sort des clientèles visées. Mais il ne faut pas se faire d'illusions: depuis cinq ans, le budget de la Santé a augmenté de 6 milliards, 100 fois plus que l'ajout arraché au gouvernement. Entend-on moins de plaintes qu'avant?
Le gouvernement Charest aurait pu éviter la crise en ajoutant dès le départ ces sommes dans son budget. Il a plutôt choisi d'ignorer les demandes du PQ, pour des raisons tactiques qui ont failli se retourner contre lui. Le premier ministre a ensuite aggravé la situation en se braquant.
Le Parti québécois voulait obtenir plus d'argent pour ses priorités, mais il tentait surtout d'affaiblir le gouvernement libéral en le forçant à renoncer à une partie des baisses d'impôts promises. Le chef intérimaire du PQ, François Gendron, a soutenu qu'il s'agissait d'une question de principes. On voit mal pourquoi il va aujourd'hui contre les principes des péquistes de diminuer les impôts des particuliers alors qu'ils l'ont eux-mêmes fait lorsqu'ils étaient au pouvoir, dans des circonstances similaires.
Pour ce qui est de l'ADQ, son opposition au budget est franchement consternante. Mario Dumont, contre une baisse d'impôts pour les particuliers? Lui qui a dit que «notre classe moyenne est littéralement écrasée sous le poids des impôts», que cette même classe moyenne est «la vache à lait du système» et que «les contribuables sont quasiment saignés à blanc»! Le chef de l'Opposition officielle rétorque qu'on doit d'abord freiner la croissance de la dette. Pourtant, M. Dumont sait très bien que la croissance en question résulte non pas de dépenses d'épicerie mais d'investissements essentiels à la restauration de nos infrastructures. N'a-t-il pas lui-même constaté que celles-ci «ressemblent de plus en plus à des nids de poule et à des canalisations percées»?
Expliquant la décision de son parti de ne pas faire tomber le gouvernement, M. Gendron a souligné que «toute la classe politique aurait perdu si cette situation-là avait perduré». Sans doute. Sauf qu'à l'issue de cette semaine folle, le mal est déjà fait.

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André Pratte876 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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