Le référendisme congédié

PQ - gouvernance nationale<br>Conseil national 14-15 et 16 mars



Au four et au moulin, pour faire honneur à la tradition des Fêtes, le temps nous était compté. Il en restait moins pour suivre l'actualité. Dommage, car [la contribution de Denis Monière, dans La Presse du 21 décembre->10937], s'inscrivait aussi dans une certaine tradition: le référendisme. Laquelle je récuse sèchement.
Soyons clairs. Le rêve des indépendantistes n'est pas de tenir un référendum mais bien de construire un pays. Un pays français en Amérique. Comment? Premièrement, en prenant l'exacte mesure des changements colossaux survenus depuis les référendums de 1980 et de 1995. Il va de soi que le contexte étant différent, la stratégie ne peut pas être la même. Deuxièmement, en clarifiant et en bétonnant la posture générale nécessaire à la conduite du combat pour l'indépendance d'un pays. Un passage obligé pour la rigueur, la consistance, l'éthique et le courage.
Troisièmement, en faisant les choix d'orientations stratégiques porteurs de changements structuraux conduisant à la souveraineté. Ce qui suppose qu'on réintègre, dans le périmètre du politique et au coeur de sa gouvernance, l'intégralité du projet, la population étant mise à contribution. Quatrièmement, en mettant en cohérence la pratique des grandes institutions, les résultats attendus des principales missions et la lisibilité de la gestion gouvernementale avec le type de société induit par le projet. Cela signifie que dans l'exercice du pouvoir, la gouvernance soit essentiellement mobilisée par la construction de l'avenir.
Le projet de l'indépendance du Québec est un grand projet. Si la majorité des pays ont conquis la leur avec des fusils, le Québec, lui, entend y accéder par les urnes. Démocratique, ce combat est donc à mener tous les jours, sur tous les fronts et dans tous les domaines, conscients que ceux qui, depuis 1982, déclinent au quotidien le Canada agissent exactement de la sorte... sans référendum.
Changer de stratégie
Dans son article du 21 décembre, M. Monière rabote allégrement les différences au point qu'en regard de la question nationale, plus rien ne distinguerait PLQ, ADQ et PQ. Un procédé surprenant pour un universitaire de son calibre. Et avant de donner son dernier coup de rabot, il permettrait au PQ de se racheter s'il consentait à aménager trois conditions: une déclaration de principe, un référendum moyennant la condition gagnante d'un scrutin avec un appui populaire de 45 % des voix et un programme de promotion de la souveraineté.
Terriblement classique. Répétitif. Et aux résultats prévisibles. Pire, la proposition de M. Monière s'inscrit dans la poursuite de la dépolitisation du projet souverainiste et renforce la thèse de ses adversaires pour qui, précisément, tout tient à un référendum dont ils ne s'engagent à respecter ni les règles ni les résultats. Avant de replonger tête baissée dans ce type d'exercice, est-il permis de réfléchir un peu plus? J'ose avancer quelques points.
Repolitiser le projet
D'abord, un rappel historique. C'est la Révolution tranquille qui a sonné le réveil du fait français dans les Amériques. Un formidable élan y a été pris. Le Québec moderne est né. Des institutions et de grandes politiques ont vu le jour. Le «collectif» québécois s'est mis à se nommer en français et à voir ses conditions s'améliorer. Ce fut le fruit d'une gouvernance politique structurante, tant sur le plan économique que sur les plans social, politique, linguistique et culturel, qui a puissamment contribué à l'émergence, chez les Québécois, de capacités entrepreneuriales, du sentiment d'appartenance et du plaisir de rayonner dans le monde.
Il en fut de même pour la Charte de la langue française. Pour atteindre son objectif, le gouvernement souverainiste du Québec de l'époque avait jeté dans la mêlée le poids de toutes les institutions: l'Assemblée nationale, les appareils d'État québécois, les politiques publiques, les relations extérieures, son parti, les mouvements sociaux et la population en général. Le résultat fut probant, fruit d'une gouvernance structurante politique de bout en bout.
Pour une gouvernance souverainiste
Par contre, en matière de souveraineté, dernier grand acte structurant à poser démocratiquement comme nation, il en fut tout autrement. On inventa l'étapisme. Stratégie non totalement peccamineuse, car elle permit à de vastes segments de la population d'apprivoiser l'éventualité de la souveraineté. Les fruits de cette stratégie ont été engrangés. Aujourd'hui, plus personne de sérieux, ni même Jean Charest, n'en conteste la faisabilité. Cependant, à ce jour, un envers dramatique à ce choix stratégique subsiste, que la proposition Monière réitère: la dépolitisation du projet.
En effet, isolé dans le temps (d'un référendum), réduit à une mécanique de négociation (d'un mandat), concentré dans ce moment des moments, le projet de la souveraineté a été extirpé de la gouvernance politique elle-même. À tel point qu'il y eut des gouvernements souverainistes qui, dans la poursuite de l'objectif premier pour lequel ils avaient été élus, se sont refusés à mettre dans la balance leur plein poids politique de gouvernement pour se réfugier tantôt dans des conditions gagnantes, tantôt dans le confort des certitudes morales, oubliant très allégrement qu'en matière de construction nationale, les réalités sont d'abord et avant tout des construits sociaux résultant d'une action politique planifiée. Le Canada en est le meilleur exemple. Le nation-building canadien est une oeuvre politique pleine et quotidienne... sans référendum.
Congédier le référendisme
Ceci étant, faut-il renoncer au processus référendaire? Congédier le référendisme n'équivaut pas à renoncer au processus référendaire. C'est rompre avec la représentation que des souverainistes se font d'un «grand jour» ou d'un «grand soir» euphorique et que des fédéralistes se font «de l'inconnu et d'un trou noir» cataclysmique.
Dramatiques dans les deux cas! Congédier le référendisme, c'est rappeler que dans le processus d'accession à l'indépendance, pivot d'une gouvernance souverainiste élue, le référendum est une modalité démocratique de poids pour mettre à contribution la population dans le franchissement des principales étapes et, assurément, valider le résultat final. On ne rappellera jamais assez que le Canada, dans toute son histoire, ne l'a jamais fait.
Le contexte de 2008 n'a plus rien à voir avec celui de 1980 ou même de 1995. Changer de stratégie est une obligation politique. Réinsérer le projet de l'indépendance nationale sous l'égide de la gouvernance politique l'est aussi. Mon ami Denis Monière devrait quitter les vieux sentiers et explorer de ce côté. Les défis y sont plus intéressants. Le réel plus mordant. Et les résultats plus probants.
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Gérald Larose, Coprésident du Conseil de la souveraineté
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