Le délégué à Paris

Nomination de Wilfrid-Guy Licari à la Délégation générale du Québec à Paris


La réaction du Parti québécois à la nomination du nouveau délégué général du Québec à Paris est, dans un premier temps, pour le moins gênante. Et dans un second temps, proprement insultante à l'égard des Québécois qui n'ont pas l'honneur d'être péquistes. Car le délégué nommé aurait deux tares graves: l'une, Wilfrid Guy Licari serait un proche du premier ministre Jean Charest; l'autre, il a fait carrière dans la diplomatie fédérale. Ce qui devrait l'éliminer automatiquement pour représenter dignement le Québec dans la capitale française.
Commençons par le premier reproche: sa relation amicale avec le premier ministre. "Du copinage", dit le nouveau chef péquiste André Boisclair. Comment le PQ peut-il utiliser un tel argument alors qu'il est de notoriété incontestable que les délégués nommés par les gouvernements péquistes étaient des amis personnels du parti ou de son chef? Ce n'est quand même pas Yves Michaud qui peut nier cette évidence! Et que dire du délégué du Québec à Londres, Daniel Audet, ancien chef de cabinet de Bernard Landry? A-t-on déjà vu un premier ministre responsable nommer à un poste stratégique un adversaire qui ne partage pas ses idées? De mémoire, un gouvernement libéral du Québec n'a jamais dénoncé une nomination diplomatique sous d'autres gouvernements pour des raisons d'affinités politiques, même si les feuilles de route n'étaient pas aussi convaincantes. Cette fois, la raison évoquée n'est évidemment pas raisonnable...
Mais il y a une autre raison: la provenance de l'élu, la diplomatie fédérale. Or, il faut parler ici de diplomatie. Et les qualités requises pour un tel poste relèvent de la compétence diplomatique. Le Québec a décidé de nommer un professionnel de l'emploi, avec expérience incontestable, fort d'un passé éloquent: ambassadeur du Canada au Maroc, au Sénégal, au Vatican et en Tunisie. C'est quand même mieux que l'ancien ministre fédéral Marcel Masse que Jacques Parizeau avait justement nommé à Paris... Que les politiciens fassent leur boulot, que les copains se contentent de fréquenter les chefs, mais qu'on n'empêche pas les diplomates de faire de la diplomatie. D'ailleurs, on voit ce qui se produit, chez nos voisins américains, quand le président envoie à Ottawa un ambassadeur qui n'a comme qualité que de fréquenter le président... La compétence importe plus que le copinage.
Vrai: le dernier patron de M. Licari était Pierre Pettigrew, ministre fédéral des Affaires intergouvernementales. On peut douter des opinions de M. Pettigrew; mais pas en accabler tous les diplomates. Si un parti sait défendre la liberté d'opinion chez ses membres et ses chefs, c'est bien le PQ!
Le plus grave, cependant, c'est le sentiment qui se répand actuellement chez les plus militants: il faut être indépendantiste pour défendre les intérêts du Québec... On frôle l'intolérance, l'exclusivisme, l'excommunication de la nouvelle religion. C'est une insulte à une foule de Québécois profondément attachés à leurs racines, à leurs traditions, à leur langue, à leur pays.
L'événement se produit en pleine campagne fédérale, alors que le Bloc québécois tient un langage semblable, aussi offensant. Le plus triste, c'est que les plus "offensés" n'aient rien à dire. Quand on manque de fierté, on attrape les coups!


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