Le défi de reconstruire

NON à l'aventure afghane



De nombreux citoyens de la circonscription que je représente m'ont fait part de leurs préoccupations en ce qui a trait à la mission canadienne en Afghanistan. Certains souhaitent y voir davantage d'efforts de reconstruction et sont préoccupés par le volet plus militaire qui a pour objectif de rétablir la paix dans ce pays.
On évoque aussi la difficulté de pacifier cette région qui a traversé une période de conflits sans précédent au fil des ans, et on s'interroge à propos de la pertinence d'intervenir dans cette région du monde plutôt qu'une autre. On souhaite aussi y voir des progrès tangibles et une prise en main par le peuple afghan de sa propre destinée.
De retour d'un séjour en Afghanistan à titre de membre du comité permanent de la Défense, j'aimerais partager quelques impressions à propos de notre présence en sol afghan.
C'est d'abord à la suite d'une décision prise par le précédent gouvernement libéral, dirigé par Jean Chrétien, que des forces canadiennes ont été envoyées en Afghanistan en février 2003, il y a maintenant quatre ans. Une fois élu, notre gouvernement a d'abord consulté puis obtenu l'appui du Parlement pour poursuivre notre engagement: le Canada participera à la force internationale qui rebâtit l'Afghanistan jusqu'en 2009. [...]
Nous savons que cette mission n'est pas facile et a nécessité de lourds sacrifices: plusieurs soldats canadiens ont payé de leur vie le soutien que nous offrons à l'Afghanistan, un pays terrassé par des années de conflits. Une fois sur place, j'ai été grandement impressionné par le travail des militaires et des civils canadiens en mission; ils démontrent beaucoup de passion et de détermination à soutenir le peuple afghan. [...] J'ai particulièrement été impressionné par le travail du Groupe provincial de reconstruction à Kandahar, une équipe multidisciplinaire où des militaires de Valcartier, notamment, apportent le soutien logistique pour appuyer plusieurs projets de reconstruction.
Certains parlementaires, dont le chef de l'opposition officielle, Stéphane Dion, suggèrent de mettre un terme de manière prématurée à cette mission. Avant de prendre des positions aussi cavalières, je leur suggère de se rendre d'abord sur place pour constater la complexité de cette mission ou de consulter leurs pairs qui s'y sont rendus. Ils seront à même de constater qu'une telle stratégie pourrait compromettre la réussite de cette mission, ce qui rendrait vains les efforts déployés à ce jour et les sacrifices consentis, mettant à risque notre propre sécurité intérieure à moyen terme ici même au pays. [...]
Pour un climat de sécurité
La mission canadienne en Afghanistan consiste en quelque sorte en un véritable travail de reconstruction des infrastructures, que celles-ci soient civiles, policières et militaires. D'abord, on cherche à y instaurer un climat stable et sécuritaire, ce qui constitue déjà un grand défi, compte tenu de la menace constante que représentent les attaques suicide et les engins explosifs improvisés. Ensuite, la coalition est à former activement des kandaks, c'est-à-dire des bataillons afghans, au rythme d'un par mois, afin de former d'ici 2009 une véritable armée afghane de 70 000 hommes qui pourra assurer la sécurité de ce pays après le départ des forces internationales.
En parallèle, le Canada a aussi entrepris la formation de la police nationale auxiliaire afghane, qui est formée par des membres désignés par les communautés afghanes et qui en assurent la sécurité. Ces derniers représentent des cibles de choix pour les terroristes, qui voient ainsi leur emprise de terreur compromise sur le plan local. Des formateurs canadiens de la GRC assistent aussi la police nationale afghane.
À ces efforts s'ajoute tout le volet humanitaire, appelé à jouer un rôle de plus en plus important. Avec les représentants de l'ACDI, plusieurs projets sont lancés afin d'améliorer les infrastructures de base des communautés. L'équipe provinciale de reconstruction joue un rôle clé à Kandahar et participe à de nombreux projets.
Une vision déformée et simpliste de la réalité
[...] Les troupes canadiennes soutiennent le peuple afghan. La population civile afghane a besoin de la protection offerte par les forces de l'OTAN, y compris les soldats canadiens. Mais surtout, l'Afghanistan a besoin d'être reconstruit; il a besoin de nouvelles écoles pour remplacer celles qui ont été détruites par les talibans. Il faut alphabétiser l'Afghanistan, et particulièrement les jeunes filles, à qui les talibans avaient interdit l'accès aux écoles; on ne peut pas maintenir une partie de la population dans l'ignorance. Malheureusement, les talibans s'attaquent aussi aux professeurs et aux éléments les plus progressistes de la société afghane.
Dans ce nouveau contexte de lutte contre le terrorisme, le Canada ne peut pas toujours convenir avec ses partenaires de conserver la portion humanitaire des missions militaires et laisser la responsabilité des interventions armées, beaucoup plus risquées, à ses alliés. C'est pourtant ce que demande un parti d'opposition comme le Bloc québécois, qui voudrait confiner le Canada dans son rôle au sein des Casques bleus de l'ONU. Dans ce dossier, le Bloc québécois démontre de la naïveté et de l'inexpérience dans le domaine des relations internationales.
Lors de mon séjour en Afghanistan, nous avons rencontré Sarah Chase, l'Américaine qui avait fait un passage remarqué à l'émission Tout le monde en parle, passionnée de ce pays et convaincue de l'importance géopolitique de rétablir la paix dans cette partie du monde. Elle vit et demeure à Kandahar, où elle exploite une fabrique de savon. Bien qu'elle conserve un esprit critique au sujet de la mission, mette les dirigeants en garde contre les dangers de la corruption et souligne l'importance d'une saine gouverne, elle estime que la présence de la coalition est essentielle pour soutenir l'émergence de ce pays. Elle déplore aussi la vision simpliste des partis de l'opposition qui réclament un retrait immédiat.
Lorsqu'on fait partie d'une alliance comme l'OTAN, on ne peut pas toujours demander aux autres pays d'exécuter les opérations militaires en sol ennemi et garder pour soi le prestige des interventions humanitaires, le secours aux blessés, le soutien alimentaire et l'alphabétisation, même si tous ces aspects ont aussi une grande importance. Autrement dit, on ne peut pas, à chaque crise internationale, laisser le travail ingrat et difficile aux autres pays et toujours tirer le bénéfice des missions de paix. Chacun doit jouer son rôle selon ses moyens et sa bonne foi. C'est l'engagement du gouvernement canadien envers le peuple afghan et la communauté internationale depuis 2003.
Combattre les faussetés
À Ottawa, les partis d'opposition proposent souvent une image faussée à propos de la présence du Canada en Afghanistan. Ces critiques profitent de la douleur des familles qui ont perdu un membre au combat pour dénigrer le bien-fondé de la mission canadienne. Ainsi, lorsque des militaires canadiens périssent sur le front, certains détracteurs vont même jusqu'à comparer notre mission actuelle à la terrible guerre du Vietnam, il y a 40 ans. C'est mal connaître l'histoire militaire et les relations internationales.
Le Canada n'a pas participé à la guerre du Vietnam, tout comme il ne participe pas aux opérations militaires en Irak. Mais surtout, la présence militaire canadienne en Afghanistan fait suite à la demande expresse du gouvernement afghan, démocratiquement élu et légitimement reconnu par l'ONU. Le Canada combat le régime des talibans et les terroristes. Le Canada poursuit son plan d'aide internationale en sol afghan, mais cette présence essentielle ne peut se faire que sous la protection de notre armée, assistée par les militaires d'une trentaine de pays, qui garantissent la sécurité des populations civiles et de nos coopérants.
Cet effort s'inscrit également dans un processus diplomatique qui mobilise les voisins de l'Afghanistan et dans lequel le Canada joue un rôle clé. [...] La reconstruction en Afghanistan demande de nombreux efforts; c'est une route qui sera longue et parsemée d'embûches. Mais plusieurs Afghans et de nombreux observateurs aguerris nous le confirment: sans notre présence, ce pays retombera dans un cycle de violence et l'avenir serait compromis. [...]
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Steven Blaney, Député fédéral conservateur du comté de Lévis-Bellechasse et membre du comité permanent sur la Défense nationale

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