Le défi de la dette

2006 textes seuls



La Presse samedi 18 mars 2006
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C'est bien connu: les Québécois traînent une dette publique qui compte parmi les plus élevées du monde industrialisé. Dans son budget de jeudi, d'ailleurs, le ministre des Finances, Michel Audet, dira ce qu'il entend faire pour ramener cet endettement excessif à des niveaux plus raisonnables.
Revoyons d'abord quelques chiffres.
Au 31 mars 2005, la dette atteignait 117 milliards, ou 15 400 $ par habitant. Nous parlons uniquement ici de la dette du gouvernement québécois, c'est-à-dire la dette directe et le passif des régimes de retraite.
Ce n'est pas tout. Les dettes des municipalités, des hôpitaux, des commissions scolaires, d'Hydro-Québec et des autres sociétés d'État font l'objet d'une comptabilité séparée, et ne figurent donc pas dans les livres du gouvernement.
C'est néanmoins le gouvernement qui assume l'ultime responsabilité de tous ces emprunts. Il y en a pour 50 milliards, ou 6600 $ par habitant, ce qui vient alourdir davantage le fardeau collectif des citoyens.
Enfin, comme tous les autres Canadiens, les Québécois doivent supporter leur part de la dette fédérale, qui s'élève à 14 300 $ par habitant.
Le gouvernement fédéral a fait des progrès considérables pour réduire son endettement. Une fois atteint le déficit zéro, Ottawa a canalisé ses importants surplus et ses réserves de prudence économique vers le remboursement de sa dette.
En 1996, la dette fédérale représentait 68,4 % du produit intérieur brut (PIB). En 2005, cette proportion était passée à 38,7 %, et le Canada fait aujourd'hui figure de modèle à ce chapitre.
On ne peut certainement pas en dire autant du Québec. Sa dette de 117 milliards atteint 44 % du PIB, contre une moyenne de 20,5 % dans les neuf autres provinces canadiennes.
Comment en est-on arrivé là? Quelles peuvent être les conséquences de cet endettement? Est-ce qu'on peut faire quelque chose pour s'en sortir?
Un groupe d'économistes réputés, dont François Dupuis, du Mouvement Desjardins, et Claude Montmarquette, de l'Université de Montréal, répond à ces questions dans un document remarquable publié cette semaine. Les auteurs ont fait un impressionnant effort de vulgarisation: bien que la question de la dette comporte plusieurs aspects techniques rébarbatifs, le document réussit à faire le tour de la question de façon claire et accessible (1).
Avec un courage certain, les auteurs rappellent que la dette québécoise est un problème québécois, et que cela ne sert pas à grand-chose de se fier sur une éventuelle correction du déséquilibre fiscal, bien insuffisante pour redresser la situation. " Il faut plutôt se remettre en cause le plus rapidement possible ", écrivent-ils.
Cela est d'autant plus urgent que le Québec doit faire face à des " facteurs aggravants ": vieillissement accéléré de la population, richesse collective moindre que celle de ses voisins, dépenses publiques plus élevées, faible productivité du travail, faible potentiel de croissance du PIB, lourdeur du fardeau fiscal, dépendance chronique des transferts fédéraux, vulnérabilité à l'égard de la conjoncture économique, vigueur de la concurrence internationale, précarité des finances publiques.
C'est avec ces boulets liés aux pieds que le gouvernement doit entreprendre le colossal défi de diminuer la dette. Comme dirait l'autre, on n'est pas sortis de l'auberge.
Si le Québec en est rendu là, c'est qu'il a commis un certain nombre de graves erreurs.
La dette de 117 milliards n'a pas servi à construire des infrastructures, des écoles ou des hôpitaux, mais principalement à payer les dépenses de fonctionnement de l'État, en particulier les salaires des fonctionnaires et autres employés de l'État, ainsi que le financement des intérêts sur les déficits à répétition. Seulement le quart de la dette, 30 milliards, a été utilisé pour financer des actifs financiers nets ou des immobilisations, qui profitent autant aux Québécois aujourd'hui qu'à ceux des générations à venir. Le reste, plus de 86 milliards, a servi à payer l'épicerie.
Autre erreur: le Québec est le paradis des tarifs bon marché. Cela a entraîné la Société d'assurance automobile dans un gouffre financier. Le gel des droits de scolarité a provoqué un sous-financement universitaire persistant. Surtout, surtout, le Québec a choisi de subventionner les consommateurs d'électricité avec des tarifs qui comptent parmi les plus bas en Amérique du Nord. Cette approche encourage le gaspillage et contribue à l'appauvrissement relatif du Québec, qui utilise très mal son eau et son électricité.
Les auteurs calculent que si les Québécois payaient leur électricité au prix moyen nord-américain, cela générerait des revenus de 5,1 milliards par année. Évidemment, cela ne peut pas se faire du jour au lendemain, mais le chiffre donne un ordre de grandeur.
Par ailleurs, il est incontestable qu'une hausse des tarifs d'Hydro pourrait contribuer à réduire la dette, en autant que le produit de ces augmentations soit obligatoirement dédié à cette fin. Il faudra beaucoup de temps et de patience. Avec une hausse tarifaire de 2 %, il faudra 17 ans pour atteindre le même niveau d'endettement que la moyenne canadienne. Si on augmente les tarifs de 5 %, cela prendra 11 ans.
On pourrait aussi rejoindre la moyenne plus rapidement, en sept ans par exemple, mais pour y parvenir, il faudrait hausser les tarifs de 20 %.
Certes, les tarifs d'Hydro ne constituent pas une remède miracle, mais un élément de solution parmi d'autres.
Ainsi, le document propose aussi, entre autres mesures, un élargissement de la Loi sur l'équilibre budgétaire, la création d'un fonds de remboursement de la dette (initiative qui verra probablement le jour avec le prochain budget), un accroissement de la productivité et de la performance de l'économie, notamment par des baisses d'impôts.
(1) On peut télécharger gratuitement le document de 43 pages en tapant
www.desjardins.com/fr/a-propos/etudes-economiques/dossiers/qcdfp06.pdf


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