Un rappel...

La pesanteur et la grâce...

Le PQ a la frousse de proposer aux Québécois le projet de l'indépendance nationale.

PQ - stratégie revue et corrigée

Le Parti Québécois est une coalition souverainiste. C'est sa nature. Il est un rassemblement de militants et de partisans qui ont un but : combattre pour réaliser l'indépendance nationale. De sensibilité de gauche ou de droite, ils ont fait en commun le choix de mettre de côté ce qui les oppose, le temps de régler la question nationale. Comme certains ministres, les analystes de GESCA et de Can-West ignorent ce fait. Pourtant, c'est la perspective essentielle qui donne à la conjoncture présente sa véritable portée.
Le temps de régler la question nationale...
Ça fait 30 ans que ça dure. C'est peu dans l'histoire d'un peuple, c'est peu dans un processus d'affranchissement national.
Mais, depuis le 30 octobre 1995, le processus s'est enlisé. Merci au Déserteur. Alors, 30 ans c'est beaucoup, beaucoup trop. La Grande Frousse d'Octobre 95, c'est le PQ qui l'a eue... S'il fallait que le OUI gagne, bonjour les problèmes... Ce serait une crise avec Ottawa... Vaudrait mieux négocier, régler à l'amiable, demander à Ottawa la permission. Ce serait «moralement irréprochable», même si ce serait politiquement «irréalisable»... Etc.
Tel est le sentiment qui se dégage de la stratégie péquiste depuis 1995: le PQ a la frousse de proposer aux Québécois le projet de l'indépendance nationale. Il se contente d'en parler. Pour la rhétorique, il est imbattable. Dans les congrès, les élections, les assemblées de cuisine, oui, tout baigne. Mais, dans l'arène politique, tout freine... Il se réfugie dans le projet de reconfédération très politically correct. Ça fait «moralement bien»... Puis, sachant que le Canada a déjà dit NON à un tel projet, par le rapatriement de 1982, par le C-20, par la propagande intensive et ininterrompue depuis sept ans, le projet de reconfédération n'est pas un projet compromettant... Ce qui a pour effet d'ouvrir des débats stériles, sur le modèle européen, par exemple. Ce qui a pour effet de consolider la perception que les Canadians se sont faite à l'effet que le séparatissss québécois est mort et enterré.
Ce qui a pour effet, plus gravement, de décourager les «porteurs de liberté» eux-mêmes. Par son inaction, par sa rhétorique essoufflée, par sa prétention à «occuper tout l'espace politique», par son orgueilleux esprit provincialiste, satisfait de son bilan de gouvernement provincial, le PQ travaille contre le projet qui l'a fait naître et durer...
30 ans d'angélisme ou le déni de la subordination
Depuis les commencements, le Parti Québécois a proposé un projet de reconfédération, il a posé la question du Québec dans le cadre canadian, il a cherché à donner une suite politique au fait des deux peuples fondateurs. Depuis longtemps, ce fait a perdu de sa signification. Le pays d'immigration, multiculturel, qu'est devenu le Canada n'a que faire de ces archaïsmes. Le projet péquiste est voué à l'échec depuis les commencements.
Le PQ a cherché à donner une suite politique à un déni. Pourtant, [la Conquête a eu lieu, le peuple québécois est un peuple dominé->archives/00-2/saul-larose.html]. C'est exactement ce que dénie son projet, en cherchant un accommodement avec le conquérant, niant ainsi les rapports de domination qui ont fait l'histoire des relations Canada-Québec depuis des générations.
La logique est dans les choses. Puisque le PQ ne semble pas résolu à prendre le chemin de la lutte, puisqu'il se contente de la rhétorique, puisqu'il esquive l'action, faut-il s'étonner que s'affaiblisse le lien qui cimentait la coalition péquiste? Le PQ a perdu son âme. Le corps péquiste se défait, morceau par morceau.
Certains ministres tentent d'étirer à droite dans le but de ramener les péquistes désenchantés qui ont fui vers l'ADQ. Peine perdue. Le PQ n'est pas un parti de droite. C'est une coalition souverainiste.
Certains ministres, le premier ministre Landry lui-même, tentent d'étirer à gauche dans le but de ramener les péquistes désenchantés qui ont fui vers la Gauche. Peine perdue. Le PQ n'est pas un parti de gauche. C'est une coalition souverainiste.
S'ils ont fui vers l'ADQ ou vers la Gauche, ce n'est pas parce que le PQ n'est pas assez à droite ou pas assez à gauche. Ce n'est pas parce que l'ADQ ou la Gauche feraient mieux avec leurs programmes ou leurs leaders. S'ils fuient le PQ, c'est parce que le PQ ne les retient plus. Parce que le projet de souveraineté, tel qu'il est porté par le PQ, ne les convainc plus. Nous sommes devant une crise de confiance. Une rupture. Le liant ne lie plus...
Le lien de confiance peut-il être rétabli? Le PQ peut-il gagner un 3e mandat? Le PQ va-t-il survivre à cette grave crise existentielle? Car il s'agit bien de cela, de son existence même, au-delà de sa réélection. La pesanteur péquiste est telle qu'il faudrait un moment de grâce extraordinaire pour y arriver.
La pesanteur...
Avec l'arrivée de Bernard Landry aux commandes, des militants s'étaient ramenés au PQ, croyant qu'enfin le parti avait trouvé son chef, celui qui ne pouvait que triompher..., et qui allait engager le bras-de-fer, et sérieusement. En lâchant son fameux «chiffons rouges», Bernard Landry montrait une rare détermination à ouvrir les hostilités. Las! Après quatre minutes de gloire, il a pris quatre jours à s'excuser, cédant à la réaction bien orchestrée du Canada anglais, qui s'attaque toujours au chef souverainiste pour le déstabiliser. Imaginez le Général De Gaulle allant s'excuser auprès de Pearson après avoir lâché son «Vive le Québec libre»... Ces gestes symboliques doivent être posés avec résolution. Cela n'a pas été le cas. On y a surtout constaté la confusion... La pesanteur péquiste, c'est cela même. Une rhétorique stérile, jamais suivie d'effet. Les militants ont déchanté. Et ont quitté.
La même confusion guette les appels à la solidarité souverainiste: pourquoi être solidaires si rien ne se passe ? Pourquoi des démocrates consentiraient-ils à restreindre pendant plusieurs années encore leur pouvoir de choisir d'autres programmes quand la raison pour laquelle ils y consentaient ne leur semble plus être prise en compte sérieusement par ce parti? Pourquoi être plus souverainistes que démocrates? Souverainistes aux dépens de la démocratie?
La même confusion guette les appels à la solidarité social-démocrate: pourquoi être solidaires si rien ne se passe ?
La même confusion guette les appels à la modernisation du projet souverainiste : pourquoi «retourner chaque pierre» si rien ne se passe ?
Pour le dire en un mot: pourquoi appuyer la rhétorique péquiste que des années d'immobilisme et une confusion originelle ont démentie ?
... et la grâce
Le moment de grâce, on le voit, ne peut se présenter que d'une seule façon: dépasser la rhétorique par l'action. Maintenant.
Qu'est-ce à dire?
D'abord qu'il est inutile de promettre qu'avec un 3e mandat, le PQ fera ceci ou cela. Du déjà-vu. Du déjà-cru. Du déjà-déçu. Ainsi, inutile de promettre un référendum lors d'un 3e mandat. Inutile de promettre des grandes réformes... Aujourd'hui même, le premier ministre et le ministre Charbonneau lancent «le coup d'envoi à une grande réflexion nationale sur la réforme des institutions démocratiques»... Comment faire confiance? À ceux-là qui n'ont pas été foutus d'amender un simple règlement de l'Assemblée nationale ? Eux qui n'ont retenu des «États généraux sur la langue française» que ce qu'il y avait de moins progressiste; eux qui ont tabletté les «Études sur la citoyenneté» et comble de méfiance, en catimini: les «Études sur la souveraineté»... Comment faire confiance? Comment ? La parole du PQ est rejetée par ceux qui l'ont déserté. On ne rétablit pas la confiance par un discours, fût-il mille fois réitéré.
Inutile de dire que SANS le PQ, la souveraineté est dans un cul-de-sac. Elle l'est déjà AVEC le PQ...
Bref, inutile de dire...
Faire.
Faire quoi?
Il semble qu'il n'y ait plus qu'une seule possibilité dans la situation actuelle : une élection référendaire.
Que le PQ s'engage à enclencher, immédiatement, le processus d'indépendance s'il réussit à obtenir plus de 50% des voix et une majorité de députés à l'Assemblée nationale aux prochaines élections.
Exit le partenariat, la reconfédération, le modèle européen. Exit la menace du C-20, les cassures ethniques. Exit le référendum. Exit la majorité qualifiée du ti-Dion.
Une élection référendaire serait l'occasion de souder discours et action. Elle montrerait un PQ libéré, guéri de la rhétorique stérile et infantilisante. Un PQ résolu à passer à l'action. Ce faisant, elle rétablirait la confiance, elle créerait les conditions d'une remobilisation des troupes. Elle ferait écho à la demande de changement des électeurs. Une demande de changement qui ne va pas nécessairement dans le sens que les journalistes de GESCA tentent de lui imprimer. Une demande qui exige de PASSER DE LA PAROLE AUX ACTES POUR ENFIN EN SORTIR... Sortir de manière HONORABLE ET TRIOMPHALE de l'impasse constitutionnelle et de la crise identitaire qui frappent depuis des décennies le peuple québécois. Sortir de cette ornière qui gruge nos forces et qui rabaisse notre fierté nationale, d'abord et avant tout à nos propres yeux.
Si le PQ rejette cette solution, s'il s'entête à étirer à gauche et à droite..., s'il s'enlise dans son mantra du «sortir, écouter, convaincre», s'il persiste dans la rhétorique habituelle, alors il faudra dire adieu à ce parti de coalition qui, après avoir gravement négligé son mandat originel et essentiel, ne peut, sans ce liant, satisfaire ni sa droite ni sa gauche, et est promis à la déconfiture.
En sachant bien que dire adieu au PQ ne signifie pas dire adieu au combat pour l'indépendance nationale. Ce serait peut-être même le contraire. Bonjour les vrais combattants de la liberté!
(Rappel) Bernard Frappier 20.6.2002

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Bernard Frappier57 articles

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Fondateur, directeur et animateur de Vigile.net de 1996 à 2012.

Récipiendaire de la médaille Bene Merenti de Patria de la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal, 2012.

« Bernard Frappier a réalisé une oeuvre d’une importance capitale dans le destin du Québec. Contre ceux qui voudraient effacer la mémoire de la nation, il a créé Vigile, grand phare et lieu de débat incomparable. » - Bernard Desgagné





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8 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    25 juillet 2007

    25 juillet 2007 Bruno Deshaies
    Le RIN a commis une erreur fondamentale. Laquelle ? Il a cru que l'indépendance serait facile. Il a finalement misé sur les la manière de l'agir et sur l'idée courte de voler de ses propres ailes ce qui n'est pas suffisant par rapport à la maîtrise de l'agir par soi collectif (« Life is more important than the way of life. ») « Il ne faut pas essayer d'abord de se singulairiser, écrit Maurice Séguin en 1961-1962, il faut d'abord vivre par soi-même, tout comme les autres. La manière d'être, l'originalité sort de l'être, de la personnalité, de la maîtrise de soi... »
    Les indépendantistes devront apprendre à travailler avec des concepts indépendantistes d'abord. Avant de s'échiner à vouloir créer un Nouveau parti indépendantiste, il serait certainement préférable de « travailler » le message et l’opinion publique. Pour cela, il serait préférable de mettre au monde un état-major de l’indépendance avec des ramifications sur tout le territoire du Québec.
    En outre, les indépendantistes devraient mieux comprendre cette notion de l'« annexion » et d'une « nation annexée » Une nation annexée n'est surtout pas une nation indépendante et elle n'est même pas égale à une nation satellite qui possède tout de même son indépendance (p. ex.: le Canada).
    3.7.2 Définition ou description de la nation annexée
    3.7.2.1 C’est une communauté distincte (nation au sens sociologique) qui SE SAIT DISTINCTE, qui a CONSCIENCE DE SA NATIONALITÉ mais qui est forcée « d’exister », de vivre tant bien que mal, comme minorité permanente, sous un système politique souverain dominé
    3.7.2.1.1 par un autre peuple majoritaire ou
    3.7.2.1.2 par un groupe d’autres peuples formant la majorité constante.

    3.7.2.2 C’est une nation ou une nationalité (considérée en tant que groupe) qui ne jouit pas de l’indépendance politique « même nominale ».
    3.7.3 Annexion : destinée de la plupart des nationalités
    L’annexion est la destinée de la plupart des nationalités .
    3.7.4 Nation(s) dans un État souverain
    Lorsqu’une nation parvient à obtenir un État souverain, en même temps, dans cet État, une foule de nationalités demeurent annexées. (Maurice Séguin, Les Normes, Chapitre troisième : « Sociologie du national. »)
    Sortir de l'annexion suppose qu'on souhaite le séparatisme, c'est-à-dire l'autonomie interne et externe d'un État souverain comme tous les autres états indépendants dans le monde. Donc, la nation québécoise (si telle est qu'elle existe) doit réaliser l'objectif de VIVRE sous un État québécois souverain et un gouvernement qui est uniquement le sien et non celui d'un autre (qui est objectivement son premier obstacle).

  • Archives de Vigile Répondre

    14 juillet 2007

    "Autrement dit, ne peut-on pas voir les hésitations des chefs comme le reflet de l’indécision des membres et que c’est peut-être là le vrai problème du PQ ?" (Aziz Djaout)
    De l'indécision "de" membres, c'est certains.
    Ils sont donc influents. Très influents.
    Ils sont là depuis les touts débuts du PQ.
    L'âme d'anciens libéraux.
    Il faut un nouveau mouvement avec l'âme du RIN.

  • Archives de Vigile Répondre

    12 juillet 2007

    Bonjour
    L'article ainsi que la position ont effectivement le mérite d'être très clairs. Peut-être même très réalistes.
    Il demeure un point, dans le débat qui secoue ces jours-ci les membres du PQ, que j'avoue ne pas comprendre tout à fait.
    C'est le blâme qu'on réserve aux chefs du parti mais jamais aux membres. Dans mon esprit, le PQ est une institution démocratique qui permet aux membres de choisir leurs chefs. S'il est vrai que la majorité des membres de ce parti veulent adopter une stratégie plus directe pour faire la souveraineté, qu'elle soit celle que propose Monsieur Frappier ou une autre, qu'est-ce qui les empêche de le faire ?
    Autrement dit, ne peut-on pas voir les hésitations des chefs comme le reflet de l'indécision des membres et que c'est peut-être là le vrai problème du PQ ?
    Un membership qui ne sait pas ce qu'il veut ?
    Cordialement
    Aziz Djaout

  • Archives de Vigile Répondre

    11 juillet 2007

    Merci énormément, M. Frappier d'avoir pris le soins de faire la différence entre Canadian et Canadiens tout au long de votre texte et ainsi respecter mon droit à me dire Canadien indépendantiste.
    C'est un geste qui sera payant pour le mouvement, je vous le garanti.
    Je suis entièrement d'accord avec votre texte, excepté le passage sur les "chiffons rouges". Je crois que Landry a fait une erreur. Même si le symbole de la feuille d'érable peinte en rouge est une substitution, il reste celui des Canadiens.
    C'est la substitution qu'il faut dénoncer et attaquer, pas le symbole. Il faut récuppérer le symbole et non tenter innutilement de le détruire.
    Je suis entièrement d'accord avec un parti voué à une élection référendaire. Mais il doit aussi être voué à des actions d'éclat, non violentes, mais inventives, imaginatives, de grande envergure et qui domineront les médias.

  • Serge Savoie Répondre

    9 juillet 2007

    Je constate avec beaucoup de plaisir que de plus en plus d'indépendantistes posent le même diagnostique. Cette identité de vue, cette convergence me console et me rassure au plus haut point. Si tous ensemble nous réussissons à trouver une manière de nous re-mobiliser autour d'une action structurée et porteuse, je suis convaincu que nous pourrons soulever une vague immense en faveur de la libération du Québec.
    Mais pour celà, il faut absolument que ces actions soient agressives et déterminées. Le peuple doit sans l’ombre d’un doute savoir que nous sommes les plus forts. C’est à ces conditions que le peuples adhèrera au projet. Pour que celà soit possible, il faut vaincre notre esprit de colonisé et agir comme si notre pays, qui existe déjà, vivait sous une occupation étrangère devant être boutée hors de nos terres.
    Pour illustrer mon entière identité de vue avec votre pensée, je me permets de vous soumettre une lettre que j'ai fais parvenir à Mme Marois le 26 juin 2007.
    “Chère Madame,

    Mon sentiment n'était pas erroné à la veille de la course à la succession de Bernard Landry. À cette époque je vous jugeais comme une carriériste opportuniste, uniquement préoccupée à exercer le pouvoir. À cause de vos dernières déclarations, j'ai bien peur qu'une fois de plus vous échouerez à l’exercer. Les québécois n'ont que faire d'un parti qui renie sa raison d'être. Il en existe d'autres qui peuvent très bien jouer le rôle d'intendant provincial. Si vous croyez que les militants indépendantistes seront à vos côtés lors de la prochaine bataille électorale, c’est que vous vivez sur une autre planète. Ceux-ci sont déjà ailleurs ! Ils ont compris votre manège qui consiste à exploiter leur sentiment nationaliste lors des élections pour ensuite mettre sous le tapis le projet d’indépendance.

    Facile de tenter de culpabiliser les québécois nationalistes pour cacher votre médiocrité à faire advenir notre pays. Que d’hypocrisie à faire croire que nous ne sommes pas prêt à assumer notre destin ! Vous en appelez à la confiance alors qu’elle est définitivement rompue depuis le dernier référendum. Vous lancez un appel à l’unité de tous les indépendantistes alors qu’ils vous ont déjà jugé comme des néo-fédéralistes. Le parti est mort et enterré mais vous persistez à croire qu’il ressuscitera à la Trinité.

    Nous sommes de plus en plus nombreux à penser que le seul parti digne de bénéficier de notre support sera celui qui fera l’indépendance unilatéralement une fois élu. Un pays ça se prend un point c’est tout. Vous et votre clique n’avez définitivement pas le courage de poser ce geste fondateur. Alors aujourd’hui-même j’ai fais une prière pour le repos de l’âme du parti québécois. C’est le maximum que vous méritez.

    Serge Savoie”

  • Luc Bertrand Répondre

    30 mars 2007

    WAW! Monsieur Frappier, quelle perle! Je ne connaissais malheureusement pas Vigile en 2002. Que cet article m'aurait allumé tellement il conserve toujours aujourd'hui toute son actualité et sa pertinence!
    En effet, depuis 2002, que d'occasions manquées! D'abord une défaite le 14 avril 2003 causée essentiellement par la peur ou le refus de Bernard Landry de défendre les propos de Jacques Parizeau et la mise en sourdine de la souveraineté. Ensuite, une remise en question du parti, du programme et du projet de pays ("la Saison des idées") qui a avorté pour avoir omis de revoir la stratégie conduisant à la souveraineté, la sociale-démocratie et de reconnaître les véritables raisons de l'échec de 2003. Refusant le constat et de donner le coup de barre nécessaire, Bernard Landry démissionne en juin 2005. Toujours obnubilé par la reprise d'un pouvoir provincial qui ne lui a pourtant jamais permis de faire avancer la cause, le Parti Québécois organise une course à la direction promettant un débat d'idées, mais qui tombe rapidement dans le piège de la rectitude politique et l'image au détriment du contenu. Le comité d'élection laisse tacitement les médias et la machine du parti favoriser outrageusement deux des candidats pour des raisons d'image et d'unité, ce qui conduit à l'élection d'André Boisclair dès le premier tour, sans que celui-ci ait eu à présenter clairement ses idées pour faire le pays du Québec. Malgré les avertissements sur la vulnérabilité pour le parti que lui conférerait un chef homosexuel et au passé cocaïnomane, les membres se laissent influencer par les critiques des fédéralistes à l'effet que le PQ ne serait que le parti d'une génération et choisissent le candidat projetant l'image la plus jeune, la plus moderne et la plus érudite, malgré son inexpérience, sa suffisance et son refus de débattre de ses idées. Enfin, après une année loin des projecteurs qui a vu le gouvernement libéral faire reculer la démocratie et récompenser ses amis politiques, André Boisclair joue avec les nerfs autant de ses adversaires que de ses militants pour évacuer la souveraineté du débat et proposer à nouveau un mandat de gouverne provinciale. Malgré un réveil à la onzième heure suite aux pressions de la base militante, le nouveau chef du PQ continue à éloigner l'appui du parti de celui de la cause qu'il défend au point de terminer troisième à l'élection du 26 mars dernier, avec un score encore plus bas que l'élection précédente, le pire depuis 1970.
    En écoutant et lisant les commentaires des rescapé(e)s de l'hécatombe de lundi, je constate que plusieurs n'ont toujours pas compris l'enseignement ni de l'élection, ni de l'exode des membres et sympathisants au parti depuis plus de 25 ans.
    Merci donc pour cette merveilleuse idée d'avoir resorti cet article. Puissent tous ceux se prétendant souverainistes vous relire et méditer là-dessus pour la suite des choses!

  • Archives de Vigile Répondre

    30 mars 2007

    Monsieur Frappier, je viens de lire ce texte plein de bon sens. Ce sont des gens comme vous qui me donnent la force de continuer à lutter.
    Je fais partie des gens ordinaires qui ne comprennent toujours pas pourquoi l'élection du PQ ne lui donne pas le pouvoir de réaliser son programme.
    Mais je pense même que la condition du 50% +1 des voix à l'élection ne devrait pas être une condition. Nous vivons dans un système parlementaire britannique. La majorité des sièges confère au parti majoritaire, la légitimité de réaliser son programme... Rien n'empêche le PQ de mettre ses institutions en place, des institutions anti-constitutionnelles avec lesquelles, une majorité de Québécois seront d'accord. Une constitution, un CRTQ, un service des postes, le rapport d'impot unique, la citoyenneté Québécoise comportant droit de vote, la création d'une cours suprême Québécoise ne reconnaissant aucune autorité supérieure etc. C'est le chemin qui mènera le Pouvoir Québécois à son effectivité. C'est le chemin que devrait suivre le PQ.
    bon, je rêve, je rêve, mais je rêve toujours!

  • David Poulin-Litvak Répondre

    29 mars 2007

    Le problème d’une élection référendaire, à mon avis, bien que ce soit tentant, mais il faudrait aussi inclure les votes pour les autres formations souverainistes, c’est que c’est forcer un peu la main de la démocratie, en ce sens que c’est faire, explicitement, de l’élection, un référendum. Or, une élection, en principe, c’est fait pour élire un gouvernement, pas pour décider du sort d’une nation. Le problème est de nature supra-juridique, et ne s’est probablement jamais posé avant dans l’histoire de la démocratie. Le problème, en fait, c’est, en deux petits mots, le taux de participation. Que fait-on si le taux de participation est de 70 %? Que fait-on, aussi, si le ou les partis adverses ne reconnaissent pas la « référendalité » de l’élection? Dans un contexte de lutte à trois, aussi, avec QS à gauche, que fait-on des votes adéquistes et verts, qui auraient peut-être été des votes indépendantistes? Cela me semble poser plus de problème que ça n’en règle. Bon, une proportionnelle, déjà, règlerait une partie du problème, en assurant qu’une majorité gouvernementale indépendantiste soit majoritaire au niveau du vote populaire.
    Je me permets, cependant, bien humblement de proposer une voie alternative, beaucoup plus originale. Celle de mettre en place une Assemblée constitutionnelle permanente avec le pouvoir d’initiative référendaire en matière constitutionnelle. Une telle assemblée pourrait être constituée sur le modèle des assemblées dites « délibératives », je préfère le terme « citoyennes », car de telles assemblées sont constituées de citoyens sélectionnés de manière aléatoire. Une telle assemblée permettrait de commencer à construire un pays, par la constitution, mais aussi de faire en sorte que le processus référendaire soit purement et simplement citoyen. Ouille, le déclenchement serait citoyen, mais je suis sûr que la politique s’y mêlerait un peu… Le processus serait cependant mené, initié par des citoyens, et la question référendaire, aussi, serait formulée par des citoyens. Enfin, le débat pré-référendaire, une grande délibération sociétale, serait enclenchée et animée par des citoyens. Je ne dis pas que les politiques seraient écartés, mais c’est le peuple du Québec qui doit faire la souveraineté, pas ses politiques, c’est le peuple qui doit sentir que le moment est venu, qu’il porte son destin entre ses mains, pas les politiques, c’est le peuple qui est souverain, pas les politiques.
    Bon, je dois avouer, je vois loin, cela nécessite plus de temps que de simplement faire une élection référendaire, mais bon, si on faisait une élection avec cette position dans la plate-forme politique, et je pense que QS pourrait raisonnablement être convaincue de suivre cette voie, une fois élus, en régime proportionnel ou uninominal, une telle assemblée pourrait être créée. Il ne serait pas impossible de créer une telle Assemblée ad hoc avant, pour promouvoir la réforme du mode de scrutin, justement, comme ç’a été fait en Colombie-Britannique et en Ontario, puis d’emboîter le pas avec une Assemblée constitutionnelle citoyenne par la suite. Le précédent serait rassurant pour les gens, qui auraient fait l’expérience du système, mais il n’est à vrai dire, pas absolument nécessaire, car il serait aussi possible de créer une telle assemblée permanente – pour cela il faut le pouvoir – et de la laisser décider de l’ordre de priorité sur l’agenda référendaire. En revanche, s’il était possible de convaincre disons l’ADQ de mettre sur pied une telle Assemblée citoyenne sur la réforme du mode de scrutin, il n’y a pas de doute que celle-ci pourrait jouer le double de rôle de réformer le scrutin et d’être une première expérience délibérative au Québec.