«L’effet américain»

Chronique de Louis Lapointe

On associe souvent l’élection du Parti Québécois à Québec à l’élection
d’un gouvernement libéral à Ottawa. Toutefois, on parle rarement de
l’influence que peuvent avoir nos voisins du sud sur les changements
d’humeur des Québécois dans le choix de leurs élus.
En 1976, dans les jours qui ont précédé l’élection du premier gouvernement
du Parti Québécois dirigé par René Lévesque, les Américains avaient élu un
président démocrate. Le retour des Démocrates à la Maison Blanche
coïncidait avec l’élection d’un premier gouvernement du Parti Québécois à
Québec.
Le Démocrate Jimmy Carter a été battu par le Républicain Ronald Reagan en
1980 alors que le PQ perdait son référendum sur la souveraineté-association
la même année. Le retour des démocrates de Bill Clinton en 1992 a précédé
le retour du PQ en 1994 et le PQ est venu à deux doigts de gagner le
référendum de 1995, alors que les Américains reconduisaient Bill Clinton
pour un deuxième mandat.
Dans la foulée des primaires démocrates qui s’achèvent, plusieurs
observateurs prédisent déjà de nombreux changements aux États-Unis. Si la
tendance se maintient, les Américains devraient ramener les Démocrates à la
Maison Blanche et, dans un tel cas, son prochain occupant ne pourra pas
être un homme blanc comme cela l’a toujours été. Pour l'instant, les
Américains souhaitent que ce soit un homme noir, peut-être une femme
blanche.
Comme ils ont pris l’habitude de le faire depuis 1976, les Québécois
imiteront-ils les Américains s’ils élisent un président démocrate qui n’est
pas un homme blanc? Si l’on se fie à une tendance à imiter le voisin du sud
qui n’a jamais été démentie, les Québécois pourraient bien être tentés de
réécrire eux aussi l’histoire une troisième fois, en changeant les
occupants des banquettes gouvernementales à l’Assemblée Nationale et en
portant à leur tête un premier ministre qui n’est pas un homme. Une sorte
de syndrome du voisin du sud dont les Québécois seraient atteints et dont
Pauline Marois pourrait bien tirer profit. Appelons-le «l’effet américain».
S’il fallait que les fêtes du 400e anniversaire de la fondation de Québec
et le Sommet de la Francophonie se déroulent sans anicroche et que, contre
toute attente, tout aille pour le mieux dans le jardin des Libéraux du
Québec après la venue du Président Sarkozy, il se pourrait bien que Jean
Charest, au sommet dans les sondages en ce début d’automne, tente de se
faire réélire à la tête d’un gouvernement libéral majoritaire, comme Robert
Bourassa avait lui-même tablé sur le succès des Jeux olympiques en 1976,
profitant du moment pour faire oublier tous ses dérapages et ravir les
rênes d’un troisième gouvernement, alors que les Républicains américains
essayaient eux aussi d’obtenir un troisième mandat consécutif dans des
circonstances extrêmement difficiles.
Ce ne serait pas la première fois que les Québécois préfèrent les
Américains au reste du Canada. En 1988, ceux-ci avaient obligé le Canada à
adhérer au traité de libre-échange en réélisant, contre toute attente,
Brian Mulroney à la tête du gouvernement le plus impopulaire de l'histoire
du Canada.
Malgré tout ce qu’on peut dire d’eux dans le rapport
Bouchard/Taylor, les Québécois sont certainement les citoyens du Canada les
plus ouverts aux changements et probablement les plus imprévisibles, même
si toutes leurs tentatives d’innover n’ont pas toujours été aussi
fructueuses qu’on aurait pu le souhaiter. En tout cas, ce n’est pas faute
d’avoir essayé!
Si les Américains élisaient un président démocrate noir ou même une femme
le 4 novembre prochain et que l’histoire se répétait encore une fois, le
destin du Québec et des États-Unis étant intimement lié, beaucoup plus
qu’on veut le dire dans certains médias, il se pourrait fort bien que les
Québécois profitent de «l’effet américain» et élisent eux-mêmes une femme à
la tête d’un gouvernement du Parti Québécois aux prochaines élections
provinciales. Ce n’est pas une prédiction, c’est une constatation.
Louis Lapointe

Brossard
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Chroniqueur et avocat à la retraite, l'auteur a été directeur de l'École du Barreau du Québec, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    6 juin 2008

    L'effet américain ne pourrait-il pas aussi prendre la forme de l'élection de Monique Jérôme Forget à la tête du PLQ et d'un gouvernement libéral minoritaire (ou majoritaire)?
    Je ne suis pas certaine que Madame Jérôme Forget soit dénuée de d'une telle ambition...