L'avenir d'André Boisclair

La situation, si elle n'est pas clarifiée rapidement, entraînera ce parti dans un débat destructeur

PQ - leadership en jeu - la tourmente

La campagne pour obtenir la démission d'André Boisclair de la direction du Parti québécois est bien enclenchée. De sourde qu'elle était il y a encore quelques jours, elle se déroule maintenant sur la place publique. Certains réclament la tenue d'un vote de confiance rapide; d'autres, tout simplement son départ. La situation, si elle n'est pas clarifiée rapidement, entraînera ce parti dans un débat destructeur.

Le Parti québécois n'est pas comme les autres partis. On exagère à peine en disant que ce sont les militants qui dirigent, le chef n'étant à leurs yeux que leur porte-parole. Celui-ci ne peut, sans risque d'être blâmé, s'éloigner de l'orthodoxie partisane. Par contre, on attend qu'il ouvre la porte du paradis de la souveraineté. André Boisclair ayant été incapable de répondre à leurs attentes, il n'est pas étonnant qu'aujourd'hui nombre de militants souhaitent le voir partir.
La performance électorale du chef péquiste a été, il est vrai, décevante. On peut de fait parler d'échec puisque le Parti québécois a même perdu son titre d'opposition officielle à l'Assemblée nationale. Les 28,4 % de suffrages recueillis le ramènent presque à son point de départ de 1970, alors qu'il avait recueilli 24 % des voix. Le recul est majeur.
La responsabilité de cet échec revient en premier à M. Boisclair. Certes, il s'est montré combatif durant cette campagne électorale, mais son style personnel et son absence de charisme rendent la communication avec les électeurs difficile. À l'intérieur même du parti, il n'a pas non plus été ce chef rassembleur, capable de mobiliser ses troupes. Il a plutôt heurté nombre de militants en voulant faire un «nouveau Parti québécois», qui s'est révélé n'être qu'un simple maquillage, comme l'a illustré la rénovation graphique du logo du parti.
André Boisclair n'est toutefois pas le seul responsable de cet échec électoral. Les militants ont aussi leur part de responsabilité. Ce sont eux qui ont fait en sorte qu'une partie de la campagne électorale porte sur la démarche vers la souveraineté adoptée au congrès de juin 2005. Ce discours était en porte-à-faux eu égard aux attentes des électeurs. Et il faut bien le souligner, nombreux sont aussi les militants qui n'ont pas voulu donner à leur chef la chance au coureur qu'il méritait, refusant de mettre la main, qui à la pâte, qui à son portefeuille.
Devant un tel échec, André Boisclair doit-il quitter la direction du Parti québécois, comme le souhaite par exemple un Denis Lazure qui a lancé un appel en ce sens dans nos pages cette semaine? Chose certaine, le leader péquiste doit regarder la réalité froidement et se demander s'il a la capacité de rallier son parti et de le conduire dans le processus de réflexion sur le programme qu'il a proposé d'engager.
Pugnace, André Boisclair nous a montré qu'il peut l'être. Il peut avoir le goût d'affronter les militants pour les forcer à changer, mais il est difficile d'imaginer qu'il puisse être au Parti québécois ce que Tony Blair a été au Parti travailliste en Grande-Bretagne. Son leadership est trop affaibli pour qu'il puisse exercer une autorité morale sur les militants. Mieux vaudrait qu'il laisse la place à quelqu'un d'autre. Un nouveau chef élu après avoir défendu sa vision de l'avenir du Parti québécois aurait cette autorité.
L'actuel chef péquiste peut croire qu'il demeure l'homme de la situation ou qu'il a droit à une seconde chance. Il est des analyses que lui seul peut faire à cet égard. Si c'est la conclusion à laquelle il devait arriver, il lui faudrait alors se soumettre à un vote de confiance auprès de ses militants. Cela devrait se faire sans tarder, au plus tard au début de l'année prochaine. Des élections générales pouvant survenir à n'importe quel moment dans le contexte d'un gouvernement minoritaire, le Parti québécois est tenu d'agir dans une certaine urgence. Le contraire pourrait lui être fatal.


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