L’Assurance-emploi: la pire crise en 80 ans

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Un tsunami de demandes


Depuis une décennie, nous étions passagers du train à grande vitesse de la prospérité. 


Puis, quelqu’un a tiré la sonnette d’alarme, actionnant les freins d’urgence. Le choc a propulsé les occupants – nous – dans les banquettes, les parois. 


L’image (imparfaite, certes) m’est venue hier en écoutant François Legault parler pudiquement de « mise en pause » du Québec (évitant le terme de confinement total), afin d’endiguer la terrifiante progression de la COVID-19. 


Cet arrêt brusque met à l’épreuve de manière inédite notre État, nos filets sociaux. 


Assurance-emploi 


Le programme d’Assurance-emploi (AE) par exemple traversera la pire crise depuis sa création en 1940. 


S’il l’AE avait existé lors du krach de 1929, peut-être aurait-il souffert autant. 


C’est Pierre Céré, l’éternel porte-parole du Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC), qui fait la comparaison à l’autre bout du fil. 





La crise, elle se manifeste d’abord par le nombre de demandes d’un océan à l’autre, pour une seule semaine : 930 000 ! Lors de la même période, l’an passé, seules 27 000 avaient été déposées. 


« Je ne vois pas dans [les 80 ans d’histoire de l’AE] un moment où il y a eu un pic de cette ampleur, en termes de point de bascule, de monde qui se retrouve en chômage aussi rapidement », note Céré. Il vient justement de publier Les Pots cassés : une histoire de l’assurance-chômage (Éditions Somme toute, janvier 2020). 


La crise est d’autant plus profonde qu’elle est survenue subitement. Céré se souvient qu’en début d’année lors de l’annonce des statistiques de chômage, il avait accordé des entrevues sur les taux historiquement bas ! 


Au Québec, c’était 4,5 %, le plus bas enregistré depuis 1976. « Le taux d’emploi atteint des sommets », se félicitait le ministre des Finances, Éric Girard, dans son discours du budget du 10 mars. 


Vendredi 13 


Trois jours plus tard, c’était le fameux vendredi 13, insiste Céré, où l’on déclara l’état d’urgence sanitaire. « Un tsunami s’abat alors sur l’économie et le monde du travail. » 


Grâce à la longue période de prospérité, la caisse de l’AE est garnie : 4 milliards de $ de surplus. « Elle sera rapidement déficitaire », note toutefois Céré. 


C’eût été encore mieux si le gouvernement Trudeau n’avait pas baissé en 2016 le taux de cotisation, de 1,88 $ à 1,58 $ : « On leur disait, non, faites des réserves. » 


De plus, malgré les bas taux de chômage des dernières années, la machine de l’AE, soutient Céré, était déjà en surchauffe. Les lignes téléphoniques sautaient, comme le site internet. 


Imaginez depuis que le tsunami a frappé ! Certes, le gouvernement a improvisé d’autres programmes comme l’Allocation de soins d’urgence et l’Allocation de soutien d’urgence. « Mais on n’en connaît pas encore les modalités », se désole Céré. 


L’Assurance-emploi, elle, devrait être simplifiée, et vite, insiste-t-il. Élimination du délai de carence « dans toutes les catégories de prestation » par exemple. Et ça prendra des « anges gardiens » d’un autre type, des fonctionnaires, dont plusieurs devront sortir de leur retraite et aller prêter main-forte aux employés présents. « Sinon, la machine n’y arrivera pas. »