Le livre "Quelque chose comme un grand peuple"

Joseph Facal annonce sa désaffection

Chronique de Gilbert Paquette

Dans son dernier livre intitulé "Quelque chose comme un grand peuple", Joseph Facal développe ses idées en deux parties bien distinctes. Dans la première, intitulé "d'hier à aujoud'hui", il décrit bien les bases d’un nationalisme québécois enraciné dans notre histoire marquée d’abord par « une volonté de durer, qui se transforme progressivement en désir de s’affirmer, puis de s’émanciper dans le contexte évidemment difficile qui est le lot de toutes les nations minoritaires conquises par les armes. » (p. 38)
Puis il analyse les causes du surplace de l’option souverainiste. Il y critique l’évolution post référendaire où « tétanisés par la crainte d’être taxés de racisme, les leaders souverainistes entreprirent alors d’aseptiser, de javelliser leur discours, de le dénationaliser.» (p. 131). Presque qu'auto-contradictoire, il blâme la « minorité de souverainistes » qui « versent dans un radicalisme déconnecté du réel » et « font tout reposer sur le chef « qui-ne-parle-pas-assez-de-souveraineté. » (P.125). Chercher l’erreur !
Ce que reproche une bonne partie du mouvement souverainiste à la direction du PQ, ce n’est pas de ne pas parler assez de souveraineté, mais de ne pas agir assez en l’évacuant à chaque élection. L’analyse de Facal, finalement, tourne court puisqu’aucune solution n’est proposée, ce qui préfigure ses interventions récentes dans le Journal de Montréal. Étant incapable de se mettre au travail pour l'indépendance malgré les vents contraires, il n'a au fond plus rien à dire sur le projet indépendantiste.
Dans la seconde partie de l’ouvrage, intitulée « d’aujourd’hui à demain », Facal quitte carrément le plan national pour le social, comme s'il n'y avait pas de lien entre l'indépendance et nos grands défis sociaux.
Vers la fin de l’ouvrage, Joseph Facal démontre sa fidélité envers ses collègues « lucides » Fortin et Montmarquette, promus récemment conseillers économiques du gouvernement libéral. La tirade sur les « vaches aux propriétés divines » (p. 253) évoque presque mot pour mot les « vaches sacrées » auxquelles dit s’attaquer le ministre Bachand. On y retrouve les même préoccupations comptables: stopper l’endettement public, accroître la productivité, augmenter les revenus du côté des taxes et des tarifs, réduire les charges des entreprises, augmenter les frais de scolarité, faire plus de place au privé dans la santé, réhabiliter la culture de l’effort, comme si l'autre moitié de notre budget qui se trouve à Ottawa n'avait rien à y faire.
L’auteur annonce en quelque sorte sa désaffection, s'enfermant dans le cadre provincial. Toute son analyse reste dans le court terme et les équilibres comptables de la province. Il est triste de constater l’absence de perspective indépendantiste dans la solution de nos grands défis sociaux, renouant avec la myopie qui avait marqué le manifeste des « lucides » en 2005. Malgré son option souverainiste fondée sur un nationalisme davantage culturel que politique, objectivement, Facal rejoint dans le concret l'argumentation fédéraliste qui présente l'indépendance comme une utopie lointaine qui n'a rien à voir avec les vraies affaires.

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Gilbert Paquette67 articles

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Ex-ministre du Parti Québécois
_ Président des Intellectuels pour la souveraineté (IPSO)

Gilbert Paquette est un chercheur au Centre interuniversitaire de recherche sur le téléapprentissage (CIRTA-LICEF), qu’il a fondé en 1992. Élu député de Rosemont à l’Assemblée nationale du Québec le 15 novembre 1976, réélu en 1981, Gilbert Paquette a occupé les fonctions de ministre de la Science et de la Technologie du Québec dans le gouvernement de René Lévesque. Il démissionne de son poste en compagnie de six autres ministres, le 26 novembre 1984, pour protester contre la stratégie du « beau risque » proposée par le premier ministre. Il quitte le caucus péquiste et complète son mandat comme député indépendant. Le 18 août 2005, Gilbert Paquette se porte candidat à la direction du Parti québécois. Il abandonne la course le 10 novembre, quelques jours à peine avant le vote et demande à ses partisans d’appuyer Pauline Marois. Il est actuellement président du Conseil d’administration des intellectuels pour la souveraineté (IPSO).





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4 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    31 octobre 2010

    Paroles de M.Joseph Facal :
    [ «L’indépendance du Québec reste souhaitable.Elle seule ferait que les francophones du Québec ne seraient plus une minorité subordonnée au bon vouloir d’une majorité anglo-canadienne qui pensera toujours à ses intérêts en premier.Elle est même nécessaire si nous voulons que le Québec se développe à sa pleine mesure.
    Si les Québécois la voulaient, l’indépendance serait faisable dans la mesure où personne ne met en doute que le Québec aurait tous les atouts pour être un pays prospère.
    Toutefois, une majorité franche, stable et résolue en faveur de l’indépendance ne semble pas à la veille de se constituer.

    L’idée reste trop forte pour qu’on puisse conclure qu’elle n’aboutira jamais, mais trop faible pour penser qu’on y parviendra rapidement. Les québécois croient encore à une réforme du fédéralisme.

    L’indépendance rendrait possibles des choses qui ne le seront pas tant que nous resterons une province. Il est illusoire de penser qu’il faille régler complètement tous nos problèmes avant d’aborder de nouveau la question nationale .Je ne souhaite pas que mon peuple demeure pour l’éternité une minorité ethnique.»]
    Source ; bloque de Joseph Facal, discours prononcé le 29 octobre 2010 devant la Ligue d’Action Nationale.

  • Archives de Vigile Répondre

    25 octobre 2010

    J'ai aussi lu ce livre, et je ressens aussi une désaffection de la part de M. Facal. Il me semble que les anciens souverainistes, avec l'âge, souffrent autant de myopie politique de physiologique. Les problèmes les plus criants, selon eux, ne sont que des situations temporaires, et leurs solutions proposées ne peuvent être autrement.
    Il faut cesser de voir le taux de chômage ou le PIB de l'an dernier comme des obsatcles à l'indépendance. Un pays, ça se construit pour nos enfants, et les générations suivantes. Le manque de vision à long terme ne hante pas seulement nos politiciens, apparremment. Je vous soumets le nom d'un autre défaitiste, M. Mario Polèse.

  • Jacques Bergeron Répondre

    23 octobre 2010

    Une relecture de «Le déclin du fédéralisme canadien édité chez VLB»,par Joseph Facal lui-même, pourrait peut-être l'aider à retrouver ses esprits et son vouloir voir le pays du Québec et ses habitants (il ne faudrait pas que Charest voir ce mot,il pourrait en tirer d'autres conclusions que ce mot peut vouloir dire, comme dans petit peuple, par exemple)accéder à l'indépendance demain matin!

  • Archives de Vigile Répondre

    23 octobre 2010

    J'ai lu le livre de M. Facal et la critique que vous en faites me rejoint. Il décroche maintenant comme d'autres le font et certains s'en étonnent. Pourtant, ces défections étaient prévisibles parce qu'elles sont en quelque sorte inscrites dans la «génétique» du PQ. Le PQ n'a-t-il pas pour premier souci de recruter indistinctement et en masse pour gagner des votes aux élections ? L'absence d'unité politique qui est à la fois la cause et la conséquence de cette approche condamne ce parti à engendrer indéfiniment des Bouchard, Facal, Legault, etc., et le PQ en a encore beaucoup en réserve.
    Il faut donc s'attendre à ce que l'avenir du PQ soit un peu à l'image de son passé, soit un parti incohérent qui peut tantôt choisir comme chef un Pierre-Marc Johnson, ensuite un Parizeau, puis un Boisclair...et ainsi de suite. L'absence d'orientation claire et d'unité laisse entrevoir :
    a) d'autres défections et
    luttes intestines
    b)l'incapacité d'entreprendre des actions d'envergure, comme Parizeau mal entouré ne put le faire et que Mme Marois, pas mieux pourvue de marge de manoeuvre, ne pourra davantage entreprendre
    c)la substitution de l'élaboration d'un programme politique clair et d'un projet de constitution provisoire par des coups de gueule que reprennent les médias sur de vaines stratégies et tactiques, comme de déclarer ou pas l'intention de faire un référendum...
    Pour débloquer la situation, il faudra penser à autre chose.
    GV