En réalisation à l'Université de Sherbrooke - Un dictionnaire québécois « standard » aux 50 000 mots

La version préliminaire sera disponible cet été sur Internet

Le «français québécois standard»

Un dictionnaire du français standard en usage au Québec? La chose deviendra réalité d'ici peu puisqu'une version préliminaire de ce dictionnaire sera dévoilée lors du prochain Congrès mondial de la Fédération internationale des professeurs de français, qui se tiendra à Québec cet été.
Un dictionnaire du français standard en usage au Québec est en cours d'élaboration par le groupe de recherche Franqus (français québécois usage standard), affilié au Centre d'analyse et de traitement informatique du français québécois (CATIFQ) de l'Université de Sherbrooke. La direction éditoriale du projet est assumée par Pierre Martel et Hélène Cajolet-Laganière, et la direction informatique, par Chantal-Édith Masson.
«Dès que nous présenterons la version préliminaire cet été, explique Chantal-Édith Masson, le dictionnaire sera disponible gratuitement sur Internet.» Il s'agira au début évidemment d'une version partielle. «Tous les mots y seront, rajoute Pierre Martel, mais pas toutes les définitions parce que plusieurs seront en cours de révision. Nous les ajouterons au fur et à mesure qu'elles seront finalisées.»
L'ouvrage sera entièrement complété en 2009 et c'est à ce moment que l'on sortira la version imprimée. «Malheureusement, la version imprimée mettra fin à la version gratuite sur Internet», admet Chantal-Édith Masson, qui souhaite toutefois qu'au moins une version allégée puisse être disponible gratuitement sur Internet. «Cela va dépendre du financement, explique Pierre Martel. C'est aussi le financement qui déterminera si l'on sortira une version sur cédérom.» Quoi qu'il en soit, précise Chantal-Édith Masson, «notre banque de données informatiques nous permet de produire n'importe quelle version sur n'importe quel support.»
Un projet de dictionnaire
Ce projet de dictionnaire a officiellement vu le jour en 2001 lorsqu'il recevait sa première subvention du gouvernement du Québec. Depuis 2002, la part de Québec dans le financement du projet est assumée par le ministère de la Culture et des Communications. L'Université de Sherbrooke, la Fondation de l'Université de Sherbrooke et le Centre régional de développement de l'Estrie ont aussi soutenu financièrement ce projet.
«Mais le travail a commencé bien avant cette date, raconte Pierre Martel, puisqu'il remonte à 1977 avec la création de la Banque de données textuelles de Sherbrooke.» Cette banque de données contient présentement 52 millions de mots, 15 000 textes et 225 oeuvres littéraires.
«Le premier travail directement lié à ce dictionnaire a été la nomenclature du dictionnaire, c'est-à-dire le choix des mots que l'on retrouvera dans le dictionnaire», précise-t-il. Chantal-Édith Masson rajoute que la méthode employée fut celle de «la lexicographie de corpus. Les mots choisis sont des mots qui se trouvaient dans les textes de la banque de données».
Au final, le dictionnaire comprendra 50 000 mots. «Il est évident que la plupart des mots que l'on trouvera dans ce dictionnaire figurent aussi dans les autres dictionnaires usuels, comme le Petit Robert. Notre dictionnaire n'est pas exclusif mais bien inclusif. Il n'est pas question de se couper de la francophonie en faisant bande à part.» D'ailleurs, ce dictionnaire a pu compter sur la collaboration du Trésor de la langue française de l'Université de Nancy, en France.
De plus, ce dictionnaire du français standard en usage au Québec a été entièrement rédigé au Québec. «C'est un nouveau dictionnaire, pas l'adaptation d'un dictionnaire existant, dit Pierre Martel. Toutes les définitions et le contenu sont de nous. On est parti de zéro.»
Pourquoi ce dictionnaire ?
«Ce dictionnaire est conçu de sorte que la réalité québécoise soit bien présente, poursuit Pierre Martel. On a cherché d'abord à définir les mots selon l'usage que l'on en fait au Québec et selon nos valeurs, qui ne sont pas celles de la France, bien que plusieurs mots soient communs. Il n'est pas question non plus de taire l'emploi français des mots.» En effet, des marques nous donnent l'usage québécois comme l'usage français.
Ce nouveau dictionnaire se distingue des autres dictionnaires de trois façons. En premier, il contiendra des mots dont l'usage est propre au Québec. «Ce n'est pas un dictionnaire de joual, tient à préciser Pierre Martel; le français standard en usage au Québec demeure un français de qualité.» Par exemple, le mot «tuque», qui ne figure pas dans le Petit Robert, entre dans cette catégorie.
Deuxièmement, le dictionnaire donnera en premier le sens québécois des mots, même si ceux-ci figurent dans d'autres dictionnaires. «Prenons le mot "bleuet", par exemple. Au Québec, il désigne le petit fruit. Mais en France, un bleuet, c'est une petite fleur bleue. On utilise plutôt le mot myrtille pour nommer le fruit, qui n'est pas tout à fait le même. Notre dictionnaire indique en plus que les bleuets sont aussi le nom que l'on donne aux habitants du Saguenay-Lac-Saint-Jean. On y trouvera aussi des expressions typiquement québécoises comme une "talle de bleuets".»
Troisièmement, pour les mots dont le sens est le même, que l'on soit au Québec ou ailleurs en francophonie, le dictionnaire illustrera ces mots par des citations provenant d'auteurs québécois, sans pour autant interdire les citations d'auteurs français. Cela aussi reflète la réalité québécoise. Par exemple, l'automne est la même saison, que l'on soit au Québec ou en France. Par contre, ici au Québec, l'automne est fortement associé au rougissement des feuilles. On trouvera donc au mot «automne» la citation suivante de Gabrielle Roy: «Tout contre l'horizon tendu de bleu vif, une ligne basse de buissons embrasés des couleurs de l'automne semblait brûler.»
De plus, certains termes qui ne sont pas français, mais sont utilisés au Québec, y figureront aussi, comme le terme «bed and breakfast». «Évidemment, on indique clairement que l'usage est critiqué et on propose des solutions de rechange comme "couette et café" ou "gîte touristique". Mais notre dictionnaire n'est pas "prescriptif", il ne dit pas quoi faire, mais il informe le lecteur sur ce qu'il pourrait faire. En somme, notre travail, conclut Pierre Martel, a été d'enregistrer et de décrire le français en usage au Québec.» Et Chantal-Édith Masson de rajouter: «Nous avons voulu apporter une contribution au français en usage au Québec et on a voulu éviter les querelles idéologiques.»
Avis aux curieux: on peut trouver un échantillon des mots de ce dictionnaire dans le site Internet du groupe de recherche Franqus ([http://franqus.usherbrooke.ca/->franqus.usherbrooke.ca]).
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Pierre Vallée
Collaborateur du Devoir


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