Déraisonnable !

Devant l'opposition péquiste qui lui refuse un appui qu'il croyait acquis, le premier ministre Charest apparaît disposé à s'engager dans une escalade.

Sortie de crise

Des élections en plein coeur du mois de juillet? On a peine à croire à un tel scénario, mais la chose pourrait se produire si le gouvernement du premier ministre Jean Charest était défait le 1er juin, lors du vote sur le budget. Le pire n'est pas sûr toutefois. Avec un peu de bonne volonté, il pourrait obtenir l'appui du Parti québécois.
D'emblée, il faut dire avec force que la tenue d'élections, moins de quatre mois après celles du 26 mars, serait tout à fait déraisonnable. Recourir aux électeurs pour arbitrer le combat de coqs que se livrent présentement libéraux, péquistes et adéquistes pour déterminer qui est le maître du jeu politique serait dévaloriser le processus électoral. Nul doute que les Québécois, réagissant à un tel manque de maturité de la part des partis politiques, bouderaient un scrutin provoqué par la chute prématurée du gouvernement.
Que les trois partis présents à l'Assemblée nationale veuillent, à l'occasion de ce budget, se mesurer n'a rien d'inattendu. Avec le budget présenté cette semaine, Jean Charest reprend le comportement qu'avait eu dans des circonstances similaires Paul Martin il y a quelques années, alors qu'il venait d'être élu à la tête d'un gouvernement minoritaire à Ottawa. Comme lui, le premier ministre québécois cherche aujourd'hui à manifester qu'il ne laissera pas, tout minoritaire soit-il, l'opposition lui dicter sa conduite. Rappelons toutefois qu'en dernière instance M. Martin avait finalement plié devant son opposition.
Devant l'opposition péquiste qui lui refuse un appui qu'il croyait acquis, le premier ministre Charest apparaît disposé à s'engager dans une escalade. Hier, il disait non à tout et faisait flèche de tout bois. Le risque qu'il court est de se retrouver coincé dans ses refus et que son gouvernement tombe. Il n'y aura alors que deux scénarios possibles. Le premier consistera à inviter le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont, à former un gouvernement. Le chef de l'ADQ n'écarte pas l'idée d'accepter s'il est appelé. Pour gouverner, il lui faudra cependant obtenir l'appui tacite ou des libéraux ou des péquistes. On imagine facilement que son gouvernement aurait de la difficulté à gouverner et perdrait, à court ou à moyen terme, la confiance de la Chambre. Le deuxième cas de figure serait l'appel immédiat au peuple. Un nouveau scrutin risquerait de donner le même résultat que les élections du 26 mars, à une différence près: nous établirions le record du plus faible taux de participation à des élections générales.
Que faire pour éviter d'en arriver à une telle extrémité? La solution se trouve dans le dialogue entre libéraux et péquistes. Le chef intérimaire du Parti québécois, François Gendron, avait dès sa nomination indiqué son ouverture à appuyer le budget Jérôme-Forget. Il n'a pas trouvé dans le texte de Mme Jérôme-Forget les réponses qu'il attendait. On peut imaginer qu'en annonçant jeudi soir son intention de voter contre le budget il ne cherchait qu'à faire monter les enchères et à établir un rapport de force. Cela est de bonne guerre, à la condition qu'il sache ne pas aller trop loin et que, pour leur part, la ministre des Finances et le premier ministre fassent les compromis nécessaires. Le pire serait que les uns comme les autres se laissent emporter par l'orgueil.
L'opposition ne pouvant amender le budget en vertu des règles parlementaires, il revient au gouvernement de rechercher un consensus et de trouver une sortie honorable pour tout le monde. S'il n'y arrivait pas, il faudrait conclure qu'il n'a pas compris le message que lui ont transmis le 26 mars les Québécois qui veulent un gouvernement de concertation.
bdescoteaux@ledevoir.ca


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