Déprimante «révolution» du gouvernement Charest

Serge Roy; François Saillant; Lorraine Guay & Diane Lamoureux; Éric Bondo

2006 textes seuls


Avec l'adoption d'une loi spéciale coupant court à la négociation dans le secteur public le 15 décembre dernier, et la ratification en vitesse du controversé projet de loi 124 concernant la réforme des centres de la petite enfance (CPE), l'Assemblée nationale a ajourné ses travaux en coup de théâtre et en coup de force. Manifestement, l'idée que se fait ce gouvernement de la démocratie est totalement étrangère à un respect élémentaire de la société civile et des forces qui ne pensent pas comme lui. Nous sommes loin de l'évolution et du changement dont nous avons besoin pour renforcer la démocratie, pour faire en sorte que les citoyennes et les citoyens se sentent attirés par la vie politique.
Et ce n'est pas seulement la société civile qui est méprisée; les institutions représentatives font elles aussi les frais des assauts antidémocratiques du gouvernement actuel. En ayant aussi systématiquement recours à la procédure du bâillon, malgré sa majorité parlementaire confortable, le gouvernement refuse aussi d'entendre les critiques (pourtant bien timides) de l'opposition parlementaire, au mépris des règles de base du régime parlementaire.
Depuis plus de 30 ans, on nous a habitués à des scénarios dramatiques de fin de négociations dans le secteur public. Mais cette fois-ci, on dirait bien que le gouvernement a atteint un nouveau sommet dans son mépris des travailleuses et des travailleurs de ce secteur. Aucune situation d'urgence ne mettait en péril la santé et la sécurité de la population: pourtant le gouvernement a eu recours à la procédure d'exception pour bâillonner toutes les voix opposées à ses projets. Ce faisant, il met en péril le droit de négocier des syndicats et affirme un arbitraire patronal d'une époque que l'on pensait révolue. C'est en effet le tristement célèbre «toé, tais-toé» de Duplessis que nous venons de revivre.
Comment lui faire confiance?
Par ailleurs, en liant l'équité salariale à son cadre financier des négociations du secteur public, ce gouvernement viole impunément sa propre loi sur l'équité salariale. Et du même souffle, il veut maintenant nous faire croire que les femmes du secteur public se verront rendre justice d'ici trois mois! Comment lui faire confiance?
En outre, le gouvernement a mis fin abruptement au débat en cours sur le projet de loi 124 concernant les CPE. Cette loi controversée a mis la pagaille dans ce secteur. Double mépris donc, tant en ce qui concerne les éducatrices et les éducateurs de ce secteur, dont les conditions de travail laissent à désirer, que les parents qui verront leur influence s'amenuiser. Mépris également pour les éducatrices en milieu familial, de plus en plus laissées à elles-mêmes. Mépris enfin pour les enfants qui seront de plus en plus «gardés» et de moins en moins «éduqués», puisque ce n'est pas rentable pour le secteur privé. Or l'éducation préscolaire joue un rôle décisif dans la préparation de tous les enfants et particulièrement de ceux venant de milieux défavorisés au monde scolaire. Mais, les négociations du secteur public et l'attitude du gouvernement le printemps dernier face aux grèves étudiantes nous montrent le peu de cas que ce gouvernement fait de l'éducation.
Ce n'est pas tout. Avant de recourir à la procédure d'exception, ce gouvernement y est allé de l'adoption de divers projets de loi qui ont fait moins de bruit mais qui ne sont pas sans conséquence pour l'avenir du Québec. Mentionnons à cet égard le refus du gouvernement d'indexer pleinement les prestations de sécurité du revenu, alors que la loi anti-pauvreté lui donne l'obligation de ne pas appauvrir davantage les plus démunis. Mentionnons le projet de loi 134, qui modifie la loi sur les compétences municipales et introduit des dispositions qui sont loin de faire consensus et qui peuvent conduire à la privatisation des services d'eau au Québec.
Stratégie démagogique
Nous ne pouvons rien attendre de ce gouvernement que le pire. Ce que nous constatons depuis le début de cette saga, c'est l'utilisation sans réserve par le gouvernement Charest d'une stratégie démagogique qui consiste à «monter» les syndiqués contre les non-syndiqués, à opposer les uns aux autres les parents utilisant divers modes de services de garde, à faire se haïr mutuellement les diverses catégories de population. C'est là un jeu dangereux pour la paix et la cohésion sociales.
Ce que nous constatons depuis le début de la bien nommée «réingénierie», c'est l'introduction de la culture «terminator» dans la gestion des affaires de l'État, avec comme seul objectif de briller parmi les meilleurs... matamores sans doute! Nous sommes loin, très loin, de la protection et de la promotion de l'intérêt collectif comme orientation fondamentale d'un État solidaire.
Nous devons donc compter sur nos propres moyens, sur nos syndicats, nos associations, nos coalitions, nos comités de citoyennes et de citoyens, nos coopératives. Femmes ou hommes, au travail ou non, membres d'un syndicat ou non, étudiantes et étudiants, jeunes ou moins jeunes, engagés par rapport aux questions les plus diverses de la santé, de l'éducation, de l'écologie, de l'économie solidaire, de la démocratie, de la justice sociale, de la défense des droits, du logement, etc. Nous avons tout intérêt à nous rassembler, à construire une mobilisation sociale à la hauteur de l'arrogance du gouvernement pour le forcer à faire demi-tour et réparer les pots cassés des dernières années et, particulièrement, ceux des derniers jours.
Rassembler les forces
Nous avons besoin de rassembler les forces vives du progrès pour que la jeunesse québécoise ait autre chose à se mettre sous la dent que les incantations au repli sur soi, les incitations à l'adaptation inconditionnelle aux supposées «lois du marché», les appels de pied à la résignation devant les pouvoirs gigantesques et inacceptables des maîtres financiers du monde. Les dernières mobilisations des étudiantes, des parents et éducatrices de CPE, des écologistes, des femmes et de tant d'autres témoignent de notre capacité, comme société, à refuser la direction imposée par le gouvernement et à ouvrir de nouveaux horizons.
Peut-être même ne reste-t-il rien d'autre à faire que «de se libérer des libéraux» et d'exiger la démission de ce gouvernement au plus tôt?
Serge Roy : Association québécoise pour un contrat mondial de l'eau
François Saillant : FRAPRU
Lorraine Guay & Diane Lamoureux : D'Abord Solidaires
Éric Bondo : Front commun des personnes assistées sociales du Québec


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