De la liberté d'expression des uns et... celle des autres

2006 textes seuls




Je recevais via internet un texte intitulé «Curiosité historique» que je joins à la présente et qui, d'un strict point de vue historique justement, est intéressant mais porte à réfléchir.

Une phrase a particulièrement retenu mon attention :

« Nous avons conservé ces reliquats architecturaux afin de bien signifier aux plus jeunes que de telles pratiques ont existé au Québec et dans le monde entier. »

Vouloir rappeler aux jeunes Québécois les beaux temps de la censure, est bien; mais il faudrait aussi les inciter à regarder l'autre côté de la médaille. Autrement, nous croirons que nous sommes en pleine censure et que loin d'avoir cessé, elle sévit comme jamais au profit de quelques-uns et non des autres.

Nous assistons présentement au Québec à des atteintes à la liberté d'expression qui se manifestent de manière sournoise, au nom justement de cette liberté d'expression. Qui oserait s'élever ou encore ne serait-ce que de vouloir discuter sur le féminisme, le catholicisme, la christianisme, les Juifs, les Musulmans, les Indiens, le nationalisme, les Canadiens français? Qui ose remettre en question notre système d'éducation? Qui oserait, ne serait-ce qu'évoquer, certaines dérives du féminisme et d'en faire une analyse sérieuse? Qui ose affirmer ses croyances religieuses, sauf bien entendu les Juifs et les Musulmans? Qui ose sans risquer de se faire attaquer bassement par les nouveaux censeurs laïques, porte-paroles du nouveau clergé issu de la Cour suprême du Canada qui, régulièrement nous adresse ses encycliques, et qui définit les valeurs canadiennes et québécoises? Je vous mets au défi de le faire. D'ailleurs, les affaires Michaud et Parizeau en sont la preuve.

Nous croyons à tort, et dans notre grande naïveté, et pourquoi pas notre ignorance crasse, que de grands progrès ont été enregistrés à ce sujet dans notre société fière de sa laïcisation qui, à mon avis, n'en est qu'au stade du balbutiement, hélas! La censure ne se serait-elle pas tout simplement déplacée et les interdits n'auraient-ils pas uniquement changé de cibles? Il y a des quantités de questions qu'on ne peut aborder publiquement dans notre société « libérale et permissive », sans être ostracisés. Il serait fatidieux d'en faire la liste ici. Et les médias parlés, particulièrement les lignes ouvertes de certaines télés montréalaises cette fois-ci (cf. affaire Fillion) seraient à mon avis des cas à présenter au CRTC. Enfin!

Autrefois, on censurait la littérature; aujourd'hui, on censure au nom de la liberté d'expression, et par le fait même, on fait taire, parfois brutalement, une majorité silencieuse sur des dizaines de sujets. Les ayatollahs, leaders d'opinions débilitants de certains médias sévissent en rois et maîtres et dictent quotidiennement les valeurs québécoises et canadiennes. Les valeurs du vide, du néant, puisque à ma connaissance on ne propose rien de sérieux si ce n'est les recettes des psy (nouveaux curés), pour remplacer les valeurs séculaires. Il faut voir les studios de télé se transformer en sacristie, en chapelle, en cabinet de spécialistes lorsque se présente un événement qui relève souvent de la morale et de la loi naturelle? Et les sondeurs par la suite viennent confirmer ce qui n'était au début qu'un consensus entre gens de bien, i.e. quelques personnes. Et tous ces journalistes et reporters particulièrement ceux de la SRC qui, sur la pointe des pieds, abordent frileusement et sournoisement, des sujets qui sont de la plus haute importance pour l'avenir du Québec. Les nouveaux curés de la nouvelle religion laïque insultent, méprisent des dizaines de milliers de Québécois au nom de la liberté d'expression. Bien entendu la leur.

Alain Dubuc de la Presse, à l'émission «Tout le monde en parle», ne disait-il pas récemment, le visage presque convulsé tellement il était souffrant, qu'il s'interrogeait sur nos insuccès économiques (!!) qu'il attribuait à notre vieux fond judéo-chrétien. Comment un homme censément intelligent et informé peut-il répéter de pareilles sottises? Comment expliquer que des Québécois qui, depuis quarante ans, auraient dû dépasser ce lieu commun d'accuser encore aujourd'hui la religion de tous nos maux? Quand disparaîtra cette mentalité infantile de traumatisés par une éducation religieuse trop étroite? Au fond, quand deviendrons-nous des adultes? Ces attaques systématiques du nationalisme et de la religion, entre autres, qui font parties de notre identité, démontrent bien que le Québec évolue peu, qu'il est toujours sous influence étrangère, sinon de l'ignorance. C'est l'enfermement intellectuel comme au beau temps de la censure.

Tout cela notre jeunesse devrait le savoir ou tout au moins en prendre conscience afin qu'elle ne devienne pas des zombies au service de quelques idéologues.

Marie Mance Vallée
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Curiosité historique

À la mezzanine de la grande salle de la bibliothèque du Séminaire de Saint-Hyacinthe, il existe un vestige architectural d'une politique de sauvegarde de la morale catholique. Il s'agit des grillages en métal et de la porte grillagée en bois qui sont toujours présents pour indiquer où se trouvait "l'Enfer", comme le surnommait les anciens élèves du collège classique. Cela s'appelait plus officiellement le local de l'Index. Il est ici question du local des livres mis à l'Index par la Congrégation de l'Index. Cet endroit était gardé sous clé et n'était accessible qu'au prêtre bibliothécaire, au personnel de la bibliothèque ou aux prêtres ayant le droit de consulter les livres interdits. Seuls, le Supérieur du Séminaire et le bibliothécaire possédaient la clé de cette porte.
La Congrégation de l'Index était située à Rome en Italie. Elle avait pour mandat de faire respecter la morale catholique en scrutant tous les écrits publiés et pouvant être lus par les catholiques. Bref, il s'agissait de censurer les textes ou d'en interdire la lecture si l'auteur ou l'éditeur refusait de censurer son contenu. Pour pouvoir lire un livre interdit par l'Index, il fallait obtenir la permission écrite de son évêque et toujours la conserver avec soi. Si vous étiez pris en train de lire un ouvrage mis à l'Index, vous deviez remettre ipso facto le livre à l'ecclésiastique, sinon vous étiez excommunié.

Qu'est-ce que l'Index ?

La politique de la mise à l'Index a existé pendant très longtemps. La première fois où elle fut appliquée avec rigueur, ce fut au Concile de Nicée en l'an 325 . L'Église y condamna l'ouvrage " Thalia " de Darius. Cette politique de censure a été en vigueur jusqu'au Concile de Vatican II, en 1965. L'Église décida alors que les catholiques étaient assez matures pour éviter de lire ce qui n'était pas recommandable.
Les livres censurés étaient considérés comme subversifs à cause des idées véhiculées, trop libérales (Pensées de Pascal), trop socialisantes, trop érotiques (Notre-Dame de Victor Hugo) ou pour toute autre raison liée à la morale et aux dogmes de l'église catholique de l'époque.
Depuis le Pape Paul V (Camillo Borghese 1552-1621), en 1557, l'Église a établi une liste des interdits de lecture. Cette pratique se perpétua puis fut administrée par la Congrégation de l'Index (1562 à 1965). L'administration de la censure catholique était rendue nécessaire à cause des nouveautés technologiques de l'imprimerie et du nombre croissant de documents écrits. La lecture se démocratisa avec la création des écoles et l'alphabétisation déclassa l'Église dans son rôle monopolitique du savoir. La Congrégation de l'Index rassembla alors tous les feuillets proclamés sur les livres censurés depuis le début de cette politique et elle publia périodiquement un livre intitulé " Index Librorum Prohibitorum " qui contenait la liste des livres prohibés. Habituellement, les livres étaient classés par la date de la mise à l'Index ou par auteur, afin d'être accessible à tous les catholiques, le texte était imprimé en latin.
À la bibliothèque du Séminaire, dans les fiches des catalogues sur cartes, les livres mis à l'Index portent la mention LIVRES À L'INDEX inscrite en rouge et soulignée. De plus, à l'intérieur des livres condamnés, la même mention LIVRES À L'INDEX est inscrite sur la page de garde et sur la page titre, afin de bien avertir le lecteur qu'il condamnait son âme en lisant le contenu du document. Depuis la fin du Concile du Vatican II, en 1965, ces livres furent incorporés à la collection régulière de la bibliothèque. Nous avons conservé ces reliquats architecturaux afin de bien signifier aux plus jeunes que de telles pratiques ont existé au Québec et dans le monde entier.


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