Contrat première embauche en France : la médiocrité superlative de la droite

2006 textes seuls


Dans son texte du Devoir de mercredi ([«Contrat première embauche - Pourquoi Villepin doit tenir bon» ->642]), mon estimé collègue Jean-François Cloutier défend la politique du CPE de manière surprenante. On y apprend que la contestation actuelle, sous-produit de la «culture révolutionnaire française», ne possèderait aucune légitimité : des «slogans utopiques», un «mai-68 décati», bref «une révolte qui vise à conserver des acquis [en prônant] l'immobilité». C'est aussi sur le fond de cette absence apparente de tout fondement à la contestation contre la réforme du CPE que Cloutier élabore sa préférence pour un premier ministre «viril» qui, rappelons-le, n'a jamais été élu et se targuait récemment de devoir prendre la France, selon sa préférence présumée, «à la hussarde»... C'est également cet exemple de «virilité» qui sert à Cloutier d'analogie douteuse avec les manifestations étudiantes québécoises de l'année dernière.
Ainsi, en voulant «restaurer l'autorité de l'État face à la rue», Dominique de Villepin incarnerait rien de moins qu'une héroïque résistance contre la mondialisation à l'anglo-saxonne, sans parler de son intention ferme de reprendre en main un modèle français pétri de socialisme archaïque : «le fait d'une université prolétarisée, gagnée aux idées égalitaristes (si elle en a), allergique à toute hiérarchie ou autorité.»
Que de mâles propos chez mon collègue Cloutier !
Et pourtant, malgré ses allures de lucidité, cette analyse d'apparat ne fait que déguiser la formidable médiocrité de la droite pour penser les enjeux contemporains...
Le psychodrame du «déclin français» au service de la bêtise

Tout le débat actuel sur la France est ancré dans le psychodrame vastement entretenu au sujet de son supposé «déclin». La contestation actuelle serait le produit des «peurs» séculaires d'un peuple ignorant volontairement les nouvelles réalités du monde, telle la «mondialisation».
Mais, au-delà de ces discours paternalistes - entretenus spécialement dans les think tanks droitistes -, qu'en est-il vraiment de cette France du XXIième siècle ?
Selon Eurostat, de 1999 à 2001, la France a excédé de 74 % la création d'emplois du Royaume-Uni et possède un meilleur taux de mobilité de l'emploi que le voisin britannique si vanté par la droite libérale. Le «pays de Descartes», tout ankylosé par son interventionnisme social et économique, possède pourtant l'un des meilleurs taux de productivité mondial, se classe parmi les premiers en terme d'investissements étrangers, sans parler de sa démographie étonnante et, secret bien gardé, de sa richesse collective - puisque l'État français est l'un des plus riches au monde, ses actifs dépassent largement la valeur de sa dette. Nous pourrions aussi parler de l'exceptionnelle formation de sa main d'œuvre, de son précieux équilibre entre grandes et petites entreprises - mais tout cela n'intéresse pas les vociférateurs du «déclin français». Au fond, ils ont besoin du voile crépusculaire du déclin pour masquer la médiocrité de la droite au pouvoir...
Le vrai problème de la France, celui sur lequel tout le monde s'est mis d'accord il y a longtemps, c'est son incapacité structurelle d'apporter des réformes salutaires au moment opportun. Des réformes non pas pour endiguer son prétendu déclin inévitable, mais bien pour faire face à une réalité économique mutante qui connaît effectivement une période de dérégulation importante. C'est d'ailleurs sous Mitterrand que la libéralisation de l'économie française a réellement débuté... La droite comme la gauche reconnaissent cette nécessité mais se sont historiquement refusées à décentraliser l'État, en donnant plus d'autonomie aux départements, aux villes et aux régions pour agir plus localement selon les besoins qui ne cadrent pas toujours avec l'idée du bien que se fait le gouvernement central à Paris. Pourtant, la «libéralisation» à l'anglaise n'est pas la solution idéale, car elle ne cadre pas avec la spécificité du modèle français et a entraîné plusieurs pays au bord de la catastrophe économique.
Alors, quelles réformes au juste ? Question particulièrement intéressante aujourd'hui, car si nous observons le bilan de la gouverne de l'UMP, on se demande bien à quoi peut bien servir la droite ! Incapable, par-delà les slogans sur la «fracture sociale» et sur le «ressaisissement collectif», de se donner une politique globale claire, un plan de match cohérent et ambitieux, ce gouvernement et ce président se sont enfoncés dans une posture esthétique. Leur mise en scène pathétique - prodiguant la gloriole verbale là où on voudrait le vrai courage de l'honnêteté - confine la France au statisme en se substituant à la nécessité d'une politique réformiste courageuse.
Cette triste continuité peut-elle justifier maintenant de servir aux Français la froide pitance d'une politique discriminante ? Une mesure législative symbolique totalement à l'encontre de l'esprit des lois sur le travail comme gage de volontarisme ? Une politique que l'on refuse de débattre publiquement pour en évaluer l'efficacité espérée et les fondements normatifs ? Que de viril courage ! Quelle détermination de la part du nouveau petit Napoléon des droitistes !
Ce que Cloutier ne comprend pas, c'est que le principe du CPE possède le même vice radical que nos fameuses «clauses orphelin» : il impose injustement le poids de réformes nécessaires à une seule génération pour préserver les acquis des générations aînées tout en donnant un pouvoir arbitraire aux patrons d'entreprise, instituant par le fait même une inégalité qui va à l'encontre des principes qui animent les institutions de la république, dont celui de l'égalité des chances. En d'autres mots, les jeunes, pour cause d'électoralisme de l'élite dirigiste, devraient partager seuls le coût des restructurations et des nouveaux défis, accepter un état de domination antithétique à l'esprit des lois françaises pendant que leurs aînés demeurent protégés et garantis contre la précarisation et l'arbitraire.
Le vent de sympathie actuel de la population et son appui aux manifestants témoignent que le bon peuple français n'est pas aussi bête que nos amis droitistes aimeraient le croire...
La vraie réforme est celle des élites politiques françaises

Le vrai problème français concerne son élite politique. À droite comme à gauche, la scène politique française est dominée par une aristocratie de politiciens professionnels complètement coupée de la population. Depuis Aristote, on sait que ce qui caractérise les régimes libres est l'alternance entre «ceux qui commandent et ceux qui sont commandés». Or la France est dominée par le jeu sordide d'individus formés de manière homogène et enrôlés en castes pour produire une classe politique bien davantage obsédée par son rapport oedipien au pouvoir que par l'intérêt général.
Alors, qui doit décider en République ? Le gouvernement ou le peuple ? Qui est souverain ? Jusqu'au prochain coup d'État monarchiste, c'est bien le peuple !
Certes, la rue n'est pas l'Assemblée nationale. Mais le prétendu «volontarisme» du gouvernement de Villepin - qui ne tient dans cette histoire qu'à un entêtement répondant à ses propres ambitions personnelles - ne doit pas s'exercer contre les aspirations fondamentales du peuple français et les principes de sa démocratie républicaine. Les élus - qui ne sont que les instruments réalisant la volonté du souverain - doivent traduire ces aspirations en politiques émanent de la volonté générale de la nation. Mais pour cela, ils devront peut-être d'abord redescendre des étalages dorés du pouvoir pour réintégrer la réalité du Tiers-État !
La France n'est pas une monarchie mais une république. Mon collègue de l'Action nationale le regrette peut-être, mais c'est aussi un peu ça, 1789...

Dave anctil
_ Doctorant Université de Montréal/Sorbonne-Panthéon et collaborateur à l'Action nationale


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