Attendons les résultats !

Québec 2007 - Résultats et conséquences

Depuis lundi, les interprétations fusent quant aux causes des résultats du vote, et ça ne fait que commencer. Si certains s'attardent surtout à l'avenir des chefs et d'autres à celui de l'option constitutionnelle du Parti québécois, d'autres encore voient un virage idéologique majeur dans la montée de l'ADQ. Ils auraient tort de prendre leurs rêves pour la réalité.

En votant PLQ et ADQ, les deux tiers des électeurs québécois ont clairement indiqué qu'ils ne voulaient pas revoir le Parti québécois au pouvoir pour l'instant. Même certains de ses plus ardents partisans reconnaissent aujourd'hui que ce parti chassé du pouvoir il y a à peine quatre ans n'a pas eu le temps de se refaire une virginité.
En élisant un gouvernement libéral minoritaire, les Québécois ont été fidèles à la tradition d'accorder un deuxième mandat au parti en place, et s'ils ont nuancé leur geste de façon peu orthodoxe en élisant autant d'adéquistes, c'est qu'ils étaient insatisfaits comme rarement du travail de l'équipe au pouvoir. La présence au même moment d'un Mario Dumont expérimenté et en verve aura suffi pour faire tourner le vent en moins de temps qu'il n'en fallait pour s'en surprendre.
En fait, le vrai message à tirer de ces élections n'est pas très différent de celui de l'an dernier à Ottawa: les électeurs en ont soupé des promesses non tenues, de la bureaucratie inefficace, des réformes inutiles et des petits copains qui s'en mettent plein les poches. Ils en ont assez des politiciens encroûtés dans leurs certitudes et qui s'imaginent pouvoir faire ce qu'ils veulent avec l'argent des autres.
De Mario Dumont, ces mêmes électeurs n'attendent pas une nouvelle vague de compressions dans la fonction publique ni même les 100 $ par semaine par enfant promis lors de la campagne électorale. Au contraire, ces engagements ont sans doute fait peur à bien des citoyens, conscients que ce parti n'était pas prêt à gouverner. En revanche, ce que leur offrait l'ADQ sur un plateau d'argent, c'est une occasion en or de donner une leçon aux élites des grands partis.
L'ADQ est un parti de centre-droit, plus proche des libéraux que du Parti québécois, mais cela ne nous dit rien des politiques qui seront adoptées au cours du prochain mandat libéral. D'abord parce qu'il est impossible d'améliorer la qualité des services publics en santé, en éducation, en transports ou en environnement tout en réduisant le nombre de fonctionnaires, d'enseignants, d'infirmières ou même d'employés de soutien; ensuite parce qu'il n'y a surtout pas de gains électoraux à réaliser en comprimant les dépenses publiques pour des motifs d'ordre strictement idéologique, ce que même un réformiste comme Stephen Harper n'a pas mis de temps à comprendre après avoir été élu.
En reportant les libéraux au pouvoir et en élisant une classe complète de jeunes députés adéquistes, les Québécois n'ont donc pas fait le choix de rejeter les garderies à 7 $ par jour, le salaire minimum et la médecine gratuite au profit d'un marché plus libre, d'une baisse d'impôt pour les entreprises ou de l'abolition du salaire minimum, pour reprendre le credo de certains des partisans de l'ADQ les plus criards. Ils ont seulement donné une chance à Mario Dumont et à son équipe de candidats vierges d'agir à titre de chiens de garde des politiciens plus expérimentés mais plus encroûtés.
Ce que veulent les Québécois, c'est un système de soins de santé qui fonctionne, des enfants qui réussissent, des entreprises qui embauchent, des routes carrossables et des politiciens qui les respectent quelle que soit la couleur de leur parti. Peu importe que le chat soit gris ou noir, dit le proverbe, pourvu qu'il attrape la souris. Donnons-nous quelques mois avant de proclamer l'entrée du Québec dans une ère nouvelle. Ce sera plus prudent...


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