Une vraie consultation

Griffintown

Qui ne se souvient de la complainte sur l'absence de grands projets à Montréal? On l'entend beaucoup moins, car voilà que les projets pour le centre-ville se multiplient, au point que l'on peut se demander si ce n'est pas trop.

La liste des projets immobiliers majeurs, en cours de réalisation ou sur les planches à dessin, représente plusieurs milliards. De quoi soutenir une activité économique intense, comme aux beaux jours de la construction des installations olympiques. Bientôt, des grues pourraient s'élever dans tous les secteurs du centre-ville: au Faubourg Québec, à la gare-hôtel Viger, à Radio-Canada, au CHUM, dans le quartier des spectacles, dans le secteur du Havre, dans le quartier Griffintown, à l'université Concordia, au CUSUM.
L'administration Tremblay, en manque de revenus de taxes foncières, pousse l'avancement de ces projets. Certains sont particulièrement structurants pour le développement de Montréal, notamment le projet Griffintown qui a pour elle valeur de symbole, puisque le site visé est le même que celui où Loto-Québec voulait installer son nouveau casino. Au moyen de ce projet, il y a un désir de combattre le syndrome créé par cet échec.
Le projet Griffintown est d'un grand intérêt. Ce quartier est devenu un no man's land. Situé à l'entrée du canal Lachine, ce fut le lieu d'installation des Irlandais au XIXe siècle. Ce fut toujours un quartier pauvre, «The City Below the Hill» selon une étude sociologique du début du XXe siècle. Le revitaliser rétablirait la trame urbaine qui autrefois unissait le Vieux-Montréal à la partie ouest du centre-ville.
Beaucoup de critiques se font néanmoins entendre. Quoi de plus normal quand l'on confie à un seul promoteur le soin de refaire une partie de Montréal. Il faut voir l'ampleur du projet: 1,3 milliard de dollars pour construire sur une période de dix ans quelque 3860 logements et des commerces représentant une superficie de plus de neuf hectares. Il n'y a jamais eu à Montréal un projet de développement urbain d'une telle ampleur.
Le promoteur, Devimco, comme l'administration Tremblay ont tiré des leçons de l'échec du casino. On consulte beaucoup, et le projet a évolué depuis les premières esquisses. Montréal et l'arrondissement du Sud-Ouest, où se trouve Griffintown, ont créé un groupe de travail qui a fait des propositions au promoteur. Un plan particulier d'urbanisme est en voie d'élaboration, et une consultation publique aura lieu.
Tout est pour le mieux, pourrait-on croire. Pas tout à fait, car le mode de consultation choisi pose problème. Cette consultation sera menée par l'arrondissement du Sud-Ouest, alors que ce mandat aurait dû être confié à l'Office de consultation publique de Montréal à qui reviennent les consultations sur tout ce qui touche l'urbanisme et l'aménagement du territoire. Est-ce pour atténuer l'impact des critiques dont est l'objet le projet Griffintown? Le maire, dont le mantra est depuis quelque temps «Cessez de critiquer!» prend ici un raccourci dommageable.
L'Office de consultation publique est un organisme indépendant. Il dispose de moyens et d'une expertise qui rend le processus de consultation crédible et transparent. Le politique ne peut en contrôler le déroulement. Un mauvais projet sortira mal en point de ce processus, mais un bon projet en sortira gagnant. Au moment où se multiplient les projets immobiliers de grande envergure pour lesquels les promoteurs chercheront à obtenir des dérogations aux règlements d'urbanisme, il ne faut surtout pas prendre de raccourcis. Il faut que les Montréalais puissent poser toutes les questions.
Il est curieux de voir comment la pensée du maire Tremblay a évolué à cet égard. N'est-ce pas lui qui, en 2000, faisait la leçon au maire Pierre Bourque parce qu'il ne consultait pas les Montréalais sur les projets de développement urbain? Dans un rapport qu'il avait alors produit, il avait recommandé la création de l'Office de consultation publique... qu'aujourd'hui il boude.


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