Une étiquette sur du vide

Chronique de José Fontaine

Ce soir au club de la presse de la RTBF, le rédacteur en chef de l’hebdo flamand KNACK estimait que le Président flamand était devenu politiquement plus important que le Premier ministre belge et qu’il ne pourrait tolérer de lui une politique accord qui n’ait pas son agrément. Il y a dix ans, c’était encore l’inverse. Or il faut un accord d’ici le 15 en matière de réforme de l’Etat… Certains pensent que cet accord ne se fera pas, provoquant la crise.
Une journaliste du journal Le Soir a dit que la prépondérance sur le fédéral existait surtout du côté de la Flandre... alors que les Wallons ont lutté pour l’autonomie par hostilité à la prépondérance flamande dans l’Etat unitaire. Lundi, le même journal titrait en première page Le football belge coupé en deux parce que, pour les divisions inférieures, le football allait éclater en deux sections (pour les subsides), l’une wallonne et francophone, l’autre flamande. Mais titrait aussi sur le vainqueur (flamand) du championnat de cyclisme belge : Un espoir belge …
Confédéralisme
Le pays est probablement à la veille de se diviser plus encore et pourtant, le sentiment national belge reste réel, pas seulement du côté wallon ou bruxellois d’ailleurs mais aussi flamand. Une preuve m’en a été donnée récemment encore et je voudrais en parler, non sans renvoyer un moment à cette analyse du confédéralisme belge par un spécialiste des questions politiques parmi les plus écoutés.
Il ne cite pas les relations internationales où ce confédéralisme vit vraiment déjà à 100%. En matière d’agriculture -– entièrement régionalisée -– comme dans tous les domaines où les Etats fédérés sont compétents, ce sont ceux-ci qui exercent leurs compétences, y compris sur le plan international sans veto possible (ou quasiment), du gouvernement fédéral. En matière agricole par exemple, c’est le ministre flamand et le ministre wallon qui décident de tout. S’ils sont d’accord sur une position à prendre au niveau européen (ce qui est quasiment toujours le cas : ils élaborent ensemble cet accord), c’est cette position qui est considérée comme la position « belge ». Je mets des guillemets à « belge » parce que c’est en réalité une position wallo-flamande. Il est d’ailleurs possible que l’un de ces ministres (ils interviennent parfois à tour de rôle), préside le Conseil des ministres européens. Voilà du confédéralisme à l’état pur, ce qui démontre que même en matière de relations extérieures, cela peut marcher, du moins chez nous.
Mais demeure aussi -– les médias l’expriment et cela a ipso facto une réalité politique -– un ministre fédéral de l’agriculture, sans compétences (!) sauf une matière en réalité non-agricole (l’Agence fédérale de la sécurité alimentaire), qui semble lui permettre d’apparaître avec ce titre et d’y devenir (ou redevenir), la référence « belge ». C’est une ministre wallonne qui est à la tête de ce département un peu fantomatique et réel, au moins en ceci que l’appellation « belge » (étiquette sur du vide), l’emporte sur les appellations flamande ou wallonne au plan international. En l’occurrence, ce qui me frappe, c’est que la chose soit acceptée également côté flamand, alors que les Flamands sont réputés plus séparatistes que les Wallons.
Des Wallons un peu vides aussi…
Certes, la régionalisation a été exigée par les Wallons, organisations agricoles en tête, tellement , en ce domaine, comme en d’autres, les Flamands dominaient les choses. Pourtant, le gouvernement wallon accepte d’être en quelque sorte symboliquement (ou médiatiquement) dépossédé de ses compétences. Notamment, m’a dit mon informateur, parce que l’actuel détenteur du ministère wallon appartient à un parti hostile à l’autonomie wallonne, sans pousser cette hostilité jusqu’à refuser d’exercer le pouvoir ... D’autant celui-ci est déjà, en bien des cas, plus important que celui exercé au plan fédéral. Pourquoi alors presque s’en cacher (relativement) ? N’est-ce pas un certain manque de respect du citoyen que de lui laisser penser que le pouvoir n’est pas là où l’on semble laisser penser qu’il se situe ? La réponse à cette question m’a également été donnée par mon interlocuteur : il y a une telle opposition à l’autonomie wallonne dans l’opinion wallonne qu’il vaut mieux ne pas insister sur le fait que l’on y œuvre. C’est absurde ? Oui, évidemment. Comme le fait de voir s’exprimer aujourd’hui au journal télévisé le directeur de la Banque centrale européenne (un Français), uniquement en anglais et de voir le bourgmestre de la commune où j’habite (limitrophe de la frontière linguistique), mettre en place un affichage en néerlandais refusé catégoriquement de l’autre côté de la frontière. Certes, cette mesure est absolument sans danger pour le français en Wallonie et même peut la valoriser (à bon compte), mais par contre le fait que le directeur de la banque européenne s’exprime seulement en anglais, du moins sur les écrans wallons et francophones…
José Fontaine

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José Fontaine355 articles

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Né le 28/6/46 à Jemappes (Borinage, Wallonie). Docteur en philosophie pour une thèse intitulée "Le mal chez Rousseau et Kant" (Université catholique de Louvain, 1975), Professeur de philosophie et de sociologie (dans l'enseignement supérieur social à Namur et Mirwart) et directeur de la revue TOUDI (fondée en 1986), revue annuelle de 1987 à 1995 (huit numéros parus), puis mensuelle de 1997 à 2004, aujourd'hui trimestrielle (en tout 71 numéros parus). A paru aussi de 1992 à 1996 le mensuel République que j'ai également dirigé et qui a finalement fusionné avec TOUDI en 1997.

Esprit et insoumission ne font qu'un, et dès lors, j'essaye de dire avec Marie dans le "Magnificat", qui veut dire " impatience de la liberté": Mon âme magnifie le Seigneur, car il dépose les Puissants de leur trône. J'essaye...





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3 commentaires

  • José Fontaine Répondre

    6 juillet 2008

    Cela me fait bien plaisir cher jbouthil. Effectivement un pays comme la Suisse porte aussi le nom de Confédération sans être une confédération. La théorie qui veut que les confédérations sont impossibles doit être revue, dans la mesure où certains militants européistes disent même que, par rapport à la Belgique, l'Europe est fédérale, dans la mesure où le droit européen prime sur le droit national (en Belgique le droit national ne prime pas sur le droit des entités fédérées: trait d'une confédération), chose à quoi l'on oppose cependant la primauté des Constitutions nationales et aussi la réalité factuelle: l'Europe serait un Etat fédéral dont deux Etats (France et Angleterre) possèdent l'arme absolue (la bombe H) et siègent comme membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, ce qui semble un peu étrange.
    Cependant, même si c'est fort symbolique, la reconnaissance du Québec comme nation doit certes être critiquée, mais en même temps, c'est un argument possible, un jour. Lorsque je suis allé à Québec, j'aurais bien voulu (naïvement) poser la question au guide de l'Assemblée nationale de savoir pourquoi une Province avait une Assemblée nationale. Si c'est national, ce ne peut être provincial et même ce ne peut être l'assemblée d'un Etat fédéré. Si je le dis c'est parce que tout sera fait en Belgique pour que, en dépit des structures clairement confédérales, les Wallons (et peut-être les Flamands aussi), ne soient jamais considérés comme une nation. Il y a de fait une répression très forte sur cette question, une difficulté très grande à identifier les Wallons comme tels, alors que, même sur le plan international, on utilise bien plus les mots "Québec" et "Québécois".

  • Archives de Vigile Répondre

    6 juillet 2008

    Merci Monsieur Fontaine,
    J'ai trouvé votre article très éclairant (et cela, grâce aussi à l'article sur le confédéralisme belge auquel vous avez mis un hyperlien). Enrichissant non seulement pour mieux comprendre la situation politique de votre coin de pays mais aussi et surtout pour mieux cerner ces réalités politiques que sont les fédérations et les confédérations.
    Définitivement, même si certaines aiment bien utiliser ce terme pour mêler les cartes, rien ne peut être plus loin de notre réalité que le concept de confédération.
    Et ça n'est certes pas la "nouvelle" reconnaissance par notre État Fédéral du terme "nation" pour désigner les québécois qui vient y changer quelquechose.
    Votre article vient mettre en lumière la vacuité de ce miroir aux alouettes qu'est le siège à l'Unesco alloué au Québec alors qu'il ne s'agit en fait que d'une banquette à l'intérieur de la délégation canadienne sans aucun droit de parole à cette instance internationale.

  • José Fontaine Répondre

    5 juillet 2008

    Je réponds à mon propre article car je n'en ai pas profité pour vous souhaiter votre 400e anniversaire:
    Vive la Nouvelle France qui a quatre siècles! Je ne l'oublie pas! "Je me souviens"! Vous êtes un pays!
    Jeudi passé, je regardais un beau film français "Père et fils" à la télé. Dans les dernières minutes du film, une bande annonce est passée annonçant la libération d'Ingrid Betancourt et je me disais que nous, francophones, avons des liens dans le monde. Continuons à nous parler!