Une des sessions les plus courtes de l'histoire du Québec

Menu législatif des plus minces

Québec 2007 - Parti libéral du Québec



Québec - À l'exception des sessions interrompues pour cause d'élections, celle qui vient de s'achever est une des plus courtes de l'histoire du Québec. C'est surtout une des plus minces sur le plan législatif. C'est en fait une session qui aurait pu être encore plus brève si tout s'était bien passé pour le gouvernement. Jean Charest était fort tenté de déclencher des élections à l'automne, mais les sondages n'étaient pas probants.
C'est ce qui explique sans doute la minceur du menu législatif, un menu tellement mince que la session intensive n'a rien eu d'intensif, les séances étant bien souvent ajournées tôt.
Comme c'est leur habitude, les libéraux ont imposé le bâillon. Ils ont mis fin à l'étude de tous les articles de trois projets de loi et fait adopter le projet de loi 57 sur les heures d'ouverture des marchés d'alimentation. Le projet de loi 33, visant la conformité au jugement Chaoulli de la Cour suprême et la garanties de soins pour trois chirurgies, avait été présenté en juin dernier et 70 % de son contenu a pu être examiné cet automne. Le bâillon portait également sur le projet de loi 52 sur la mise en oeuvre de la politique énergétique et le projet de loi 49 sur la forêt, deux pièces législatives présentées à la mi-novembre, que les députés n'ont pas eu le temps d'étudier en profondeur. Cette manière de procéder renforce la domination de l'exécutif sur le législatif dans notre régime politique.
Les discussions sur la réponse au jugement Chaoulli ont eu lieu surtout au printemps dernier, au moment de la commission parlementaire qui a précédé le dépôt du projet de loi. Sur le plan législatif, ce qui a plutôt captivé les parlementaires cet automne, c'est un débat sur «le droit à l'escalope» et au poisson frais défendu par l'irréductible ministre du Développement économique, Raymond Bachand, que son extraction bourgeoise et outremontaise enhardissait. C'est dire toute la profondeur du menu législatif.
Le «j'arrive!» d'André Boisclair
L'élément marquant de cette session, c'est sans conteste l'entrée d'André Boisclair à l'Assemblée nationale comme chef de l'opposition officielle, lui qui avait lancé un «Tenez-vous bien, M. Charest, j'arrive!» lors de sa victoire dans Pointe-aux-Trembles. Le whip du Parti libéral, Norm MacMillan, qui ne fait jamais dans la dentelle, avait prédit que Jean Charest mettrait André Boisclair K.-O. Or, jeudi, en adressant ses voeux des Fêtes à l'Assemblée nationale, le chef péquiste a signalé avec le sourire: «Après cette session, je suis encore debout et bien droit.»
Peut-être. Mais à l'instar d'un boxeur qui n'éprouve aucun respect pour son adversaire dans le ring et dont toute l'attitude en témoigne, Jean Charest n'a eu aucun respect pour André Boisclair lors de ce premier face à face à l'Assemblée nationale.
Deux jours à peine s'étaient écoulés depuis l'ouverture de la session lorsque le premier ministre a trouvé un prétexte pour souligner «l'immaturité» de son vis-à-vis.
Il y a ensuite eu cette parodie du film Brokeback Mountain. Hier, on apprenait que l'émission dans laquelle apparaît ce gag de collégiens était jugée trop osée pour être diffusée le jour. Le fait que leur chef, qui aspire à devenir premier ministre du Québec, se soit prêté à un sketch qui dépeignait le président des États-Unis et le premier ministre du Canada en homosexuels libidineux en a sidéré plusieurs dans les troupes péquistes.
Certains députés libéraux y ont vu une licence pour évoquer le passé d'André Boisclair, comme cet élu libéral qui, lors de la période de questions mardi, a lancé: «Il y en a qui ne sont pas blancs comme neige.» À cette même séance, Jean Charest a parlé du «problème de maturité et de jugement» du chef péquiste, des propos repris en substance par la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget.
Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, n'a pas été en reste quand il a déclaré, en livrant son bilan de la session, que pendant le temps des Fêtes, les Québécois vont regarder dans la tente d'André Boisclair et dire: «On n'embarquera jamais là-dedans.»
André Boisclair juge que ces attaques à l'Assemblée nationale n'auront pas d'écho, que ce soit dans la population ou sur le terrain au moment des élections. Peut-être. Les révélations sur sa consommation de cocaïne pendant la course à la direction du PQ n'avaient-elles pas coïncidé avec une poussée de sa cote de popularité?
Les récentes allusions des libéraux et les commentaires du premier ministre sur son manque de jugement «glissent comme de l'eau sur le dos d'un canard», a dit André Boisclair hier. C'est «une petite "game" politique sans envergure», «une petite tactique "cheap"» que Jean Charest utilise pour cacher sa propre turpitude. «La population n'embarquera pas là-dedans», espère le chef péquiste.
À cela s'ajoute l'ombre que projette sur lui la présence récurrente de Bernard Landry. L'ex-chef péquiste, dont on dit qu'il est prêt à revenir, semble vouloir garder la main. Il s'est même permis d'éclipser André Boisclair avec sa déclaration sur la victoire-surprise de Stéphane Dion. Il y a fort à parier que les révélations du vérificateur général Renaud Lachance sur la dilapidation de fonds publics à la Société nationale des chevaux de course (SONACC), une société créée sous sa gouverne, tempéreront quelque peu ses ardeurs.
Scrutin, quand tu nous tiens
Au-delà du menu législatif, la session a baigné dans une atmosphère préélectorale. Tout au long de l'automne, le gouvernement Charest a tenté d'arrondir les angles. Monique Jérôme-Forget a réglé la question de l'équité salariale. Le ministre des Finances, Michel Audet, a annoncé qu'il imitait son homologue fédéral en permettant le fractionnement des revenus de retraite, une mesure coûtant 106 millions. Le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, a fait volte-face en annonçant que Québec renonce aux revenus de 172 millions tirés de la hausse subite des taxes scolaires.
Pour rallier le milieu de la recherche-développement, échaudé par les coupes dans les crédits d'impôt en 2003, Raymond Bachand a présenté une stratégie de l'innovation dotée de fonds substantiels, soit 888 millions en trois ans.
Le gouvernement a aussi voulu traiter les régions aux petits oignons. Il a annoncé le prolongement de la route 138 sur la Côte-Nord. Il a dévoilé sa politique sur la ruralité, qui double la valeur des pactes fiscaux signés avec les MRC en région. Il a finalement accouché d'un plan de sauvetage de l'industrie forestière.
Dans son message de voeux, Jean Charest, gouailleur, a conseillé à André Boisclair et à Mario Dumont de «se reposer beaucoup» pendant les Fêtes. Il a aussi ordonné à ses ministres de revenir de vacances pour le 8 janvier. Il y a un peu d'esbroufe dans tout cela, mais le signal est clair: les troupes libérales doivent se préparer activement aux prochaines élections, que leur chef pourra déclencher à tout moment au cours des premiers mois de 2007.


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