Un pas en avant

Chronique de Louis Lapointe

Il s'agit " d'un pas en avant ". Ceux qui ont voté pour Harper dans la région de Québec souhaitaient également se démarquer des autres Québécois en emboîtant le pas de Stephen Harper. À ce titre, on peut légitimement croire qu'ils avaient le sentiment d'avancer d'un pas en avant en lui accordant leur confiance. Ils semblent apprécier les politiques des conservateurs, puisqu'ils sont toujours aussi nombreux à vouloir les réélire dans cette région. Pourtant, même si les conservateurs, comme leurs prédécesseurs libéraux, ont une propension à se rapprocher dangereusement du gouffre, les électeurs de la région de Québec les suivent aveuglément.
Comme quoi, comme dans les années 70, il y aura toujours suffisamment de créditistes au Québec pour élire des gens comme Stephen Harper, André Arthur, Andrée Boucher et le dernier des convertis, Mario Dumont. Sa nouvelle image, plus typée, permettra probablement à son public cible de mieux s'identifier à lui, donc de raffermir son vote chez ses émules. Comme les créditistes dans les années 70, il pourrait donc hériter du vote de contestation de la classe des oubliés. Ils sont de plus en plus nombreux à éprouver ce sentiment au Québec. Alors que les chefs des deux principaux partis ont toute la misère du monde à se démarquer et qu'ils présentent de sérieux handicaps, l'un s'est mis à dos les fonctionnaires en leur imposant un retour au travail - il semble que les médecins spécialistes ont l'intention de le lui rappeler au cours de la prochaine campagne électoral - l'autre ne soulève pas l'enthousiasme attendu chez la droite nationaliste du PQ qui pourrait bien se sentir plus à l'aise avec les valeurs familiales de l'ADQ, surtout dans la grande région de Québec où ces idées sont déjà défendues avec succès chez les André Arthur et compagnie, il pourrait donc advenir qu'un important segment de vote non cristallisé dans les deux autres partis se déplace chez les adéquistes. Mario Dumont a donc avantage à bien circonscrire sa niche.
Cette fois-ci, les enjeux seront clairs, il n'y aucune chance que l'ADQ forme un gouvernement, il constitue donc l'échappatoire idéal pour ceux qui ne sont pas à l'aise avec Charest ou Boisclair et qui veulent faire entendre leur dissidence des deux principaux partis sans que cela ait pour conséquence l'élection d'un gouvernement de l'ADQ : ce qu'on appelle au Québec le vote de contestation. Pour cette raison , l'ADQ est peut-être plus dangereuse qu'elle ne l'a jamais été en raison du caractère imprévisible d'une partie de l'électorat québécois.
Il faut donc se méfier de lui lorsqu'il dit qu'il aura plus de mordant au cours des prochains mois. Il risque de ravir des électeurs frustrés dans la cagnote des deux autres partis et pourrait rééditer l'exploit de son nouveau maître à penser, Réal Caouette, en s'emparant de la balance du pouvoir lors des prochaines élections québécoises.
Louis Lapointe
Brossard

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Chroniqueur et avocat à la retraite, l'auteur a été directeur de l'École du Barreau du Québec, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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