Un moratoire s'impose

Mont Orford

Ce débat sur l'avenir du parc du Mont-Orford transcende toutes les lignes partisanes, idéologiques ou sociales. Sur la ligne de front, dans le canton d'Orford, se côtoient militants péquistes et libéraux, étudiants et retraités, syndiqués et patrons, sportifs et écrivains. Cela est caractéristique de tous les débats environnementaux, comme l'a précédemment démontré celui sur le Suroît ou encore celui sur la gestion forestière, provoqué par le film L'Erreur boréale. Dans un cas comme dans l'autre, les gouvernements Charest et Landry ont dû plier devant la valeur des arguments des environnementalistes et le poids de l'opinion publique.
Qu'il en soit ainsi illustre toute l'importance que les préoccupations environnementales ont de nos jours. Certains dénoncent la dictature qu'exerceraient les groupes de pression dans la conduite des affaires publiques, oubliant que leur influence est proportionnelle au degré d'écoute qu'ils obtiennent de leurs concitoyens. Dire au premier ministre Jean Charest de tenir bon et de ne céder à aucun prix, comme l'a récemment fait l'ancien ministre péquiste Jacques Brassard, serait ignorer cette réalité. Cette voie conduit tout droit à un cul-de-sac.
Le ministre du Développement durable ( !), de l'Environnement et des Parcs, Claude Béchard, mise sur la constitution d'une réserve foncière en vue de l'agrandissement du parc pour amadouer l'opinion publique. Cette semaine, il invitait les membres du comité d'action contre la privatisation à venir discuter du projet de loi sur la privatisation du parc qu'il est à rédiger. Ils ont eu raison de refuser car si le dialogue et la recherche d'un compromis s'imposent, il faut au préalable en définir les bases. Cela ne sera pas possible si toutes les hypothèses ne peuvent pas être abordées.
L'analyse que fait dans sa lettre ouverte à Jean Charest un groupe d'anciens directeurs de parcs nationaux ([voir le texte en page voisine->1019]) montre bien que d'autres solutions existent que la privatisation de la partie du parc accueillant le centre de ski et le golf pour assurer la rentabilité de ces installations récréatives. La seule qui a été étudiée et débattue s'appuie sur un développement immobilier d'envergure dans les limites actuelles du parc, projet conçu à l'origine par le gestionnaire du centre de ski. À ce qu'on sache, jamais les responsables de la gestion du parc n'ont réfléchi à d'autres avenues ni élaboré des projets de rechange à celui du promoteur.

Le ministre Béchard ne devrait pas hésiter, s'il est sincèrement ouvert au dialogue, à suspendre le processus de privatisation. Il n'y a pas d'urgence telle (autrement que dans l'esprit de certains promoteurs) qui justifie qu'on aille de l'avant sans prendre le temps de trouver une solution qui permette d'atteindre les objectifs que chacun poursuit : assurer l'intégrité du parc, garantir le maintien du centre de ski et assurer le développement des activités récréotouristiques générant des retombées économiques dont la région a besoin.
Un tel débat s'impose car la privatisation envisagée à Orford remet en cause le principe de préservation des parcs québécois pour les générations futures. On ne peut pas prétendre faire du développement durable d'un côté tout en remettant en cause de l'autre les efforts consentis en ce sens par ceux qui ont créé le réseau de parcs nationaux au cours des 100 dernières années. La démonstration de nécessité de son projet n'a pas été faite par le gouvernement Charest.
bdescoteaux@ledevoir.ca


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