Un Charest nouveau

Par un discours plus nationaliste, ce nouveau Jean Charest cherche à renouer le dialogue avec les électeurs francophones.

Gouvernement Charest - à la remorque...

Il y a eu le Jean Charest d'avant le 26 mars et il y a maintenant le Jean Charest post-26 mars. Un Jean Charest nouveau, transformé par le résultat des élections et désireux de gouverner le Québec différemment. Du moins, c'est le message qu'il a voulu lancer hier avec le discours inaugural de la 38e législature de l'Assemblée nationale. Reste à voir si les gestes de son gouvernement correspondront aux intentions énoncées.
Il aurait été téméraire pour le premier ministre Jean Charest de sonner la reprise des travaux parlementaires sans prendre acte du verdict prononcé par les Québécois au dernier scrutin. Il n'y a donc pas de surprise à le voir tendre aux partis d'opposition un rameau d'olivier en leur disant qu'il cherchera à gouverner avec eux. Intégrer des éléments des programmes de ses adversaires à la feuille de route proposée à ce Parlement est, de sa part, un acte d'humilité qui en dit long sur l'analyse qu'il fait de sa situation. Il sait devoir donner du temps à son gouvernement pour reconquérir la faveur des Québécois.
Prudent, M. Charest a fait en sorte de limiter les occasions d'affrontements avec les deux partis d'opposition. Son programme législatif n'annonce qu'un seul projet de loi: le contrôle des armes à feu, un sujet on ne peut plus consensuel. On n'a jamais vu un menu aussi mince à l'Assemblée nationale. Si celle-ci a souvent souffert de boulimie, cette prudence pourrait être source d'inertie. En limitant à seulement huit mesures principales le programme gouvernemental d'ici la fin de l'année, il restreint là aussi les risques de dérapage. Le seul moment difficile à passer sera l'adoption du prochain budget, qui contiendra des baisses d'impôt auxquelles adéquistes et péquistes s'opposent. Un bras de fer est à prévoir, que les libéraux ne sont pas sûrs de remporter.
En se mettant au ralenti, l'intention du gouvernement Charest est aussi d'éviter de braquer les Québécois. Le premier ministre se souvient trop de toutes ces manifestations de parents, de syndiqués et d'environnementalistes descendus dans les rues pour protester contre les réformes libérales qui ont marqué son premier mandat. À ne rien faire, il ne risque évidemment rien. Probablement fait-il le pari qu'au cours des prochains mois, ses concitoyens seront ainsi plus réceptifs à l'idée selon laquelle il sera un tout autre premier ministre que celui qu'il a été pendant son premier mandat.
De nombreux passages de ce discours inaugural n'avaient manifestement pour seul objectif que de camper ce nouveau Jean Charest. L'écart est d'ailleurs remarquable entre ce discours et celui prononcé le 4 juin 2003, alors que le premier gouvernement Charest s'installait au pouvoir. Dans ce premier discours, il n'en avait que pour la «réingénierie» de l'État, la fin de l'interventionnisme et le recentrage des programmes gouvernementaux pour les mettre au service de la réussite individuelle. Hier, il a plutôt posé en homme soucieux de la situation de ses concitoyens, compatissant notamment à l'endroit des personnes âgées. Il a situé son rôle de premier ministre dans la tradition libérale de défense de l'autonomie du Québec. Ses nombreuses références au premier ministre Jean Lesage ont été une façon de se présenter comme le porteur contemporain de la Révolution tranquille plutôt que comme son contempteur.
Par un discours plus nationaliste, ce nouveau Jean Charest cherche à renouer le dialogue avec les électeurs francophones. Avec un appui réduit à quelque 20 % de leur part, on peut parler de rupture entre eux et le Parti libéral. Pour les convaincre qu'il a changé, il lui faudra toutefois passer aux actes, montrer qu'il peut non seulement mener des batailles mais aussi les gagner. En ce sens, l'encadrement du pouvoir fédéral de dépenser qu'il se propose d'obtenir d'Ottawa aura valeur de test.
bdescoteaux@ledevoir.ca


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