Qui mène ?

Gouvernement Charest - à la remorque...

Le premier ministre Jean Charest a dû grimacer hier matin en voyant Mario Dumont se présenter aux côtés du maire de Montréal, Gérald Tremblay, pour lancer lui-même une sorte d'ultimatum aux 2200 employés d'entretien de la STM. C'était à se demander si l'ADQ n'avait pas remporté les élections du 26 mars.
Le ministre du Travail, David Whissell, n'a pas voulu être en reste, mais son propre ultimatum de 48 heures avait toutes les apparences d'une opération de rattrapage. Encore une fois, le gouvernement a donné l'impression d'être à la remorque de l'opposition.
Certes, il vaut mieux tard que jamais, mais il était tout de même un peu curieux d'entendre M. Whissell déclarer que les députés libéraux réunis en caucus avaient été unanimes à dire qu'ils avaient été élus pour défendre les intérêts de la population. Voilà une excellente nouvelle!
En réalité, même si le syndicat a déclenché les hostilités de façon nettement prématurée, à peine quatre mois après l'échéance de la convention collective, et que les chances d'une entente semblent bien minces, il est tout à fait normal de laisser une petite chance à la négociation, au moins pour la forme.
M. Dumont le sait très bien, mais il sait surtout que chaque journée de grève additionnelle en est une de trop pour les centaines de milliers d'usagers des transports en commun, qui sont autant d'électeurs. On a déjà écrit que le chef de l'ADQ ne «sentait» pas Montréal, mais il a très bien mesuré le ras-le-bol ambiant.
Aux dernières élections, la vague adéquiste s'est arrêtée aux portes de Montréal. Pour aspirer à former le prochain gouvernement, l'ADQ doit trouver un moyen de faire une percée dans l'île. Certains lui seront sans doute reconnaissants d'avoir forcé la main au gouvernement. Sa proposition de revoir complètement le mode de gestion des transports en commun dans la métropole risque également de trouver une oreille attentive au cours de la prochaine campagne électorale.
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Même si la visite de M. Dumont était prévue depuis longtemps, le maire Tremblay ne devait pas être si mécontent de lui offrir cette tribune. Tout libéral qu'il soit, M. Tremblay n'a jamais caché à quel point il était mécontent de la façon dont le gouvernement Charest avait géré le dossier des défusions.
Au cours de la dernière campagne, le premier ministre en a également déçu plusieurs à l'hôtel de ville en utilisant la tribune que lui offrait la Chambre de commerce du Montréal métropolitain pour annoncer de nouvelles baisses d'impôt plutôt que pour faire connaître ses intentions à l'égard de la métropole.
C'est la deuxième fois en autant de semaines que le chef de l'ADQ donne l'impression de réveiller le gouvernement et lui impose un virage à 180 degrés en 24 heures. Dans un premier temps, aussi bien M. Charest que son ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, avaient réagi avec une étonnante résignation au projet de loi fédéral C-56, qui aura pour effet de diminuer encore un peu plus la proportion de députés québécois à la Chambre des communes.
Le lendemain, sous les railleries de M. Dumont, les deux hommes faisaient une volte-face humiliante et s'associaient aux partis d'opposition pour demander à la Chambre des communes de retirer aussi bien le projet de loi C-56 que le projet de loi C-43, qui porte sur la réforme du Sénat.
Déjà, à l'époque où il était le seul député de son parti à l'Assemblée nationale, tout le monde reconnaissait à M. Dumont un talent certain pour lancer ces petites phrases assassines qui trouvent leur chemin jusqu'aux bulletins de nouvelles.
Malgré une bonne performance au cours de la dernière campagne électorale, plusieurs s'interrogeaient sur sa capacité à aller au-delà du clip. La nouvelle législature est encore jeune, mais il faut reconnaître qu'il se montre plutôt efficace dans le rôle de chef de l'opposition officielle.
Le projet de loi C-56 et la grève des employés d'entretien de la STM étaient des thèmes qui s'imposaient d'évidence, mais le chef adéquiste engage parfois les hostilités à l'Assemblée nationale sur des sujets inattendus.
M. Dumont fait manifestement un effort pour élargir le champ de ses préoccupations. Le silence complet de la plate-forme électorale de l'ADQ sur la culture avait été vivement critiqué pendant la campagne électorale. La semaine dernière, il a ouvert la période de questions en réclamant une modification à la Loi sur le cinéma pour rendre obligatoire le doublage au Québec des films présentés dans nos salles.
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Au lendemain des élections, Pierre Paradis avait déclaré que la condition minoritaire du gouvernement allait forcer celui-ci à se comporter avec «humilité». Dans son discours inaugural du 9 mai dernier, le premier ministre n'est pas allé aussi loin, mais il a promis un gouvernement «différent». De là à laisser le chef de l'opposition gouverner à sa place, c'est une autre affaire.
M. Charest a clairement indiqué qu'il tenait mordicus à ce que le budget que Monique Jérôme-Forget présentera cet après-midi contienne les baisses d'impôt additionnelles annoncées pendant la campagne électorale.
Il est vrai qu'il a payé très cher pour avoir manqué aux engagements pris en 2002, mais presque tout le monde estime aujourd'hui que le Québec a des besoins plus urgents que des réductions d'impôt. Même s'il était secrètement du même avis, M. Charest ne voudrait sans doute pas y renoncer, ne serait-ce que pour prouver qu'il mène encore quelque chose.
mdavid@ledevoir.com


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