Trouvez l'erreur

PQ et bilinguisme

En 2001, le rapport de la Commission des États généraux sur la situation et l'avenir de la langue française en avait choqué plus d'un au PQ en proposant que le cégep devienne un «lieu de perfectionnement des langues» où seraient favorisés des échanges de groupes d'étudiants de langue française et anglaise.
En créant cette commission présidée par Gérald Larose, Lucien Bouchard avait voulu apaiser les militants péquistes qui réclamaient plutôt d'étendre au niveau collégial les dispositions de la loi 101 qui obligent les enfants d'immigrants à fréquenter l'école française au primaire et au secondaire.
Le rapport recommandait toutefois que pour l'enseignement technique, on utilise obligatoirement la terminologie française et des logiciels en version française dans les cégeps de langue française. Même dans les cégeps de langue anglaise, il importait que les étudiants soient formés à un environnement français.
La raison en était évidente: «Si on apprend aux étudiants la terminologie de leur métier en anglais, ils l'exerceront en anglais.» C'est bien pourquoi les syndicats et les organismes de défense de la langue française montent aujourd'hui aux barricades pour s'opposer au projet du cégep Édouard-Montpetit (CEM), qui offrira un programme de maintenance des aéronefs entièrement en anglais à compter de septembre 2008.
On le sait, le secteur de l'aéronautique est un domaine où la lutte pour la francisation de la langue de travail a été particulièrement difficile, et rien ne peut être tenu pour acquis. D'ailleurs, même pour les étudiants inscrits au programme offert en français, il est précisé sur le site du CEM que la connaissance de l'anglais constitue «un atout».
***
Jusqu'à présent, un programme destiné aux anglophones était offert par le cégep John Abbott, à Sainte-Anne-de-Bellevue, mais on a décidé de l'abandonner pour des raisons pratiques. Contrairement au CEM, affilié à l'École nationale d'aérotechnique (ENA) de Saint-Hubert, John Abbott ne dispose d'aucune installation dans un aéroport.
Après deux ans d'études en anglais dans le West Island, ses étudiants devaient donc en faire une troisième en français à Saint-Hubert. Par un singulier paradoxe, maintenant qu'ils étudieront dans un cégep de langue française, ils pourront bénéficier de trois ans de cours en anglais. Il va de soi que les programmes de base, comme la philosophie, les mathématiques et l'éducation physique, seront disponibles en anglais. Trouvez l'erreur!
Le directeur de John Abbott, Keith Henderson, l'ancien chef du Parti Égalité, est ravi. Son collège projetait des investissements de 30 millions pour un nouveau campus de sciences et de technologie, de même que l'ajout de deux nouveaux programmes techniques. Le ministère de l'Éducation, soucieux de rentabiliser les installations de Saint-Hubert, sous-utilisées, a promis d'approuver ses projets si le programme de maintenance des aéronefs était abandonné, a-t-il expliqué à The Gazette.
Dans une lettre adressée à l'ancien ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, le directeur général du CEM, Serge Brasset, estimait que son collège avait le «devoir» d'offrir un lieu de formation aux étudiants anglophones. Vraiment?
Pour le moment, une trentaine d'étudiants sont visés. En principe, ce programme ne s'adressera qu'aux anglophones, même si on voit mal comment l'interdire formellement aux autres. Quand il aura atteint son rythme de croisière, environ 70 étudiants sur 600 étudieront à l'ENA de Saint-Hubert. Le Plan stratégique du collège 2006-11 prévoit toutefois la possibilité d'offrir trois autres programmes d'aérotechnique en anglais d'ici quatre ans.
M. Brasset plaide que l'ENA a perdu 1000 étudiants depuis les événements du 11 septembre 2001 et craint que la création d'un programme similaire au collège Algonquin n'attire les candidats anglophones et qu'ils s'expatrient définitivement en Ontario. Dans son esprit, l'erreur serait plutôt de se priver d'une précieuse main-d'oeuvre alors qu'il y a menace de pénurie. Plutôt que de contribuer à angliciser davantage le secteur de l'aéronautique, il croit qu'en plaçant les étudiants anglophones dans un environnement francophone, on favorisera au contraire sa francisation.
***
La nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, n'a pas encore officiellement donné son autorisation, mais c'est tout comme. Son attaché de presse a déclaré cette semaine au Devoir: «Si on ne le permettait pas, les anglophones ne pourraient plus suivre cette formation au Québec. La préoccupation d'accessibilité va peser dans la balance.»
Inévitablement, le débat va prendre une tournure politique. Hier à l'Assemblée nationale, le porte-parole péquiste en matière d'éducation, Nicolas Girard, a demandé à la ministre responsable de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, quelles mesures elle entendait prendre pour empêcher que cette «mesure d'exception» n'ouvre la porte à l'anglicisation des cégeps de langue française.
L'extrême vulnérabilité de Mme St-Pierre étant maintenant connue, Jean-Marc Fournier s'est empressé de répondre à sa place. En leur qualité de citoyens, les étudiants anglophones ont droit aux mêmes services que leurs collègues francophones, et il s'agit d'un «cas particulier», a-t-il expliqué.
Malgré les inquiétudes exprimées par M. Girard, le PQ est plutôt favorable à cette idée. Comme le directeur général du CEM, le député de Gouin estime qu'«il vaut mieux leur offrir un environnement francophone que de les envoyer en Ontario».
Comme dans le cas des accommodements raisonnables et du doublage de films, le PQ risque de se faire doubler par l'ADQ sur le terrain identitaire. Le député adéquiste de Mirabel, François Desrochers, craint le précédent. On ouvre une boîte de Pandore en créant un programme en anglais à temps plein dans un cégep de langue française, dit-il, et, qui plus est, dans un secteur aussi fragile que l'aéronautique. Et le risque d'exode ontarien? «Le programme est en baisse, de toute façon, et il y a toujours moyen de bien vivre chez nous», tranche M. Desrochers. Tout est toujours si simple avec l'ADQ. Parfois même un peu trop.
mdavid@ledevoir.com


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé