Tenir salon chez Ludger

Chronique de Jean-Pierre Durand

De toutes les tâches qui me sont dévolues à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, la plus agréable est sans contredit l’organisation en alternance des Jeudis de la langue et des Jeudis de l’indépendance. Grosso modo, il s’agit d’activités, plus souvent qu’autrement de conférences, qui se tiennent à la Maison Ludger-Duvernay, qui est aussi le siège social de la SSJB. Cette tradition existe depuis bien des années et je crois même qu’elle remonte aux premiers temps de la Société, il y a 175 ans cette année.
D’ordinaire, les Jeudis de la langue sont, comme leur nom l’indique, consacrés à des thèmes linguistiques, plus précisément à la défense de la langue française, alors que les Jeudis de l’indépendance présentent des thématiques liées à l’indépendance du Québec ou à des sujets politiques divers. Mais la ligne de démarcation entre langue et indépendance n’est pas toujours très nette et il arrive souvent que les deux soient intimement liées. C’est un peu pourquoi il nous est venu à l’idée d’intituler ces soirées « Ludger reçoit… », façon aussi de faire un clin d’œil à celui qui a eu l’idée folle un jour d’inventer… la SSJB.
Pour faire connaître ses activités, la SSJB a recours à son site internet, à celui du Mouvement Montréal français, à Vigile, au journal Le Patriote, au bulletin électronique du MMF et au bouche à oreille. Je ne vous parlerai ici que des activités du jeudi et de quelques autres qui peuvent se tenir pendant le week-end, puisque j’en ai en quelque sorte la charge, mais sachez aussi que l’historien Gilles Rhéaume, ancien président de la SSJB, donne chaque lundi à la Maison Ludger-Duvernay des conférences historiques fort prisées.
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Avant de vous proposer quelques rendez-vous qui sont à nos portes, permettez que je vous rappelle certains moments qui ont fait le bonheur des gens qui passent au salon de la Maison Ludger-Duvernay. Je ne vous mentionnerai que quelques-uns, car il y en a eu beaucoup, question de vous mettre l’eau à la bouche, et, qui sait, de vous rencontrer peut-être un de ces quatre chez Ludger.
Parmi les conférences fort courues, celles portant sur la défense de la langue française remportent la palme en terme d’assistance, et pour cause, car à moins d’être éditorialiste à La Presse et d’être par conséquent mal informé ou malintentionné, le français vit des heures difficiles à Montréal. Que ce soit dans l’enseignement, au travail, dans les services, sur le plan démographique ou dans l’affichage, le français se fait secouer pas à peu près. Alors, vous pensez bien que de nombreux auteurs et défenseurs du français ont contribué à attirer plusieurs personnes sur ces enjeux linguistiques. Pour n’en nommer que quelques-uns, il y eut Charles Castonguay, qui est venu nous parler de son livre Avantage à l’anglais, Marc Termote (sur les perspectives démo-linguistiques 2006-2051), Christian Dufour (sur les Québécois et l’anglais), et, récemment, l’éditeur Michel Brûlé (pour son livre Anglaid).
La littérature a été souvent mises à l’honneur. Qu’il me suffise de mentionner Luc Gauvreau, spécialiste et directeur de la Société des amis de Jacques Ferron, venu nous parler de l’auteur du Ciel du Québec, ou de Gaétan Dostie, accompagné d’Alexandre Belliard, venu nous faire un tableau de la poésie au Québec depuis l’époque de Ludger Duvernay, sans parler de cette soirée, que je qualifierais de magique, consacrée au couple Gérald Godin et Pauline Julien, où Geneviève Lenoir interpréta de brillante façon plusieurs chansons tirées du répertoire de Pauline Julien, pendant que le poète Gaétan Dostie y allait d’anecdotes savoureuses sur le couple mythique.
C’est en empruntant plusieurs angles que les sujets sont abordés, comme la fois où Pierre Gagnon, qui a bien connu René Lévesque, est venu nous parler de la beauté de la langue française en y allant de poèmes de son crû. Et quel plaisir ce fut de recevoir Claire Duhamel, présidente du Mouvement Parlons mieux, nous parler de façon éloquente de la qualité de la langue, de l’importance de bien l’apprendre et de bien la dire. Et que dire du passage remarqué de Sylvie Bergeron, spécialiste de l’identité et coach d’entreprises et de personnes, nous parlant d’identité québécoise d’une façon à laquelle nous étions peu habitués.
Au chapitre des questions internationales, nous avons reçu Rezeq Faraj, un Québécois d’origine palestinienne et porte-parole de l’organisme Palestine Solidarité, Emmanuel Hakizimana, venu nous parler du Rwanda, et des gens de la communauté kabyle nous parler de leur culture et de leur situation en Algérie. Pour la fête de la Saint-Patrick, nous avons reçu le conteur Mike Burns nous donner un spectacle de contes irlandais, en français of course, avec quelques bribes en gaélique. Cette soirée visait à souligner l’apport irlandais au Québec et à saluer nos compatriotes d’origine irlandaise qui ont choisi le français comme langue commune… alors qu’à Montréal un regroupement d’organismes irlandais (United Irish Societies of Montreal) tente depuis des années d’ostraciser en toute mauvaise foi cette réalité.
Au chapitre de l’histoire, nous avons reçu Pierre-Luc Bégin, qui est venu nous parler des Orangistes, comme quoi les fanatiques en politique sont plus souvent qu’on ne le pense du côté de nos adversaires. Pierre Comeau et Josianne Lavallée sont venus nous entretenir d’un ouvrage collectif contre la réforme en éducation, en insistant notamment sur le cours d’histoire du Québec qui semble vouloir faire de moins en moins de place… à l’histoire du Québec ! On recevait récemment l’ethnologue Serge Gauthier nous parler de la petite histoire entourant le roman Menaud maître-draveur et son géniteur Félix-Antoine Savard, quelque peu forcé à devenir sur le tard fédéraliste, sous l’influence de Marius Barbeau, Claude Ryan et autres bien-pensants fédéralistes.
On eut même droit à un « jeudi » qui se tint un dimanche matin, quand le spécialiste de la chanson Marcel Brouillard vint nous parler de la vie de Félix Leclerc, alors que le neveu de celui-ci, Gaétan, interpréta certaines chansons des plus connues, mais aussi d’autres moins connues, tirées du répertoire de notre barde national. Avec la soirée en hommage à Gérald Godin et Pauline Julien, ce fut sans contredit un événement marquant à la Maison Ludger-Duvernay.
Pour le politique proprement dit, la Maison Ludger-Duvernay ne laisse pas sa place, car avec des orateurs comme Robin Philpot, Me Guy Bertrand, Normand Lester, Robert Laplante, René Boulanger, Richard Nadeau, Patrick Bourgeois, on ne s’ennuie guère. En règle générale, c’est Mario Beaulieu, le président de la SSJB, qui assume le rôle de présentateur des invités.
Dans les prochaines semaines, quelques beaux rendez-vous nous attendent, qui vaudront à coup sûr le déplacement. D’abord jeudi prochain (21 mai), Jean Dorion, notre ancien président et aujourd’hui député du Bloc québécois, nous présentera sa conférence intitulée «La Conquête et ses conséquences : de 1759 à aujourd’hui ». Le 28 mai, ce sera au tour de Djemila Benhabib, l’auteure de Ma vie à contre Coran, de nous livrer une conférence percutante sur un sujet qui a été omniprésent lors des audiences de la commission Bouchard-Taylor. Le 11 juin, Ismène Toussaint viendra nous parler de Gabriel Dumont, le bras droit militaire de Louis Riel. Cette conférence sera suivie du lancement de la Revue d’histoire politique. Tous ces rendez-vous débutent à 19 heures à la Maison Ludger-Duvernay (82, rue Sherbrooke Ouest) et l’entrée est libre.
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Mais je m’en voudrais de terminer sans vous recommander la causerie-spectacle On connaît la chanson… de 1930 à nos jours, qui sera présentée dimanche prochain, le 24 mai, à 11 heures. Pendant plus de deux heures, le conférencier Marcel Brouillard parlera de la chanson française et québécoise, et il sera accompagné par Marie-Josée Bédard et par le chanteur guitariste André Thériault. Ce sera l’occasion d’entendre des chansons d’autrefois et d’aujourd’hui, de la Bolduc, Félix, Brassens, Léveillée, Adamo, Ferland, Richard Desjardins et plusieurs autres. Il y aura, compte tenu de l’heure, du café, des croissants, muffins, fruits et fromages. À l’entracte, un hommage sera rendu au chanteur country Roger Miron pour son 80e anniversaire de naissance. Roger Miron, les plus vieux se rappellent, est celui qui a chanté notamment « A qui le petit cœur après neuf heures ». Le coût des billets est de 15$ (tout compris) et on doit réserver auprès du secrétariat de la SSJB en composant le 514-843-8851.


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1 commentaire

  • Jacques Bergeron Répondre

    19 mai 2009

    Belle nomenclature des événements qui se passent à la maison Ludger-Duvernay. Quant à l'ancien président Dorion qui viendra propnoncer une conférence le 21 mai prochain, j'aimerais qu'il vienne entretenir les membres sur son élection truquée de mars 1989 et de ses autres souvenirs qu'il ne veut pas conserver dans sa mémoire; comme celui concernant son départ vers le Japon, par exemple!
    Jacques Bergeron, ancien président de «trois» différentes sections et secrétaire général de la SSJB de Montréal sous la présidence de Jean-Maris Cossette,un«grand» président.