Santé: une garantie de soins privés ?

2006 textes seuls



Québec -- Dépourvue d'un financement public adéquat, la garantie de soins mise en avant par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, mène tout droit à la privatisation accrue du système de santé. C'est ce qu'a déclaré en commission parlementaire le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le Dr Yves Dugré, en cette première journée de consultations publiques sur la place du secteur privé dans le domaine de la santé. «Le gouvernement nous amène dans une issue où, finalement, les gens vont dire: "eh bien oui, je pense qu'on est mal pris, il faudrait vraiment aller du côté du privé". C'est ce qu'il nous dit, dans le fond», a dit le Dr Dugré après sa comparution.
Le président de la FMSQ s'est dit «sceptique» à l'endroit de la démarche gouvernementale qui, à terme, vise à étendre les garanties de soins à un grand nombre de chirurgies. Le document préparé par le ministre est «schizophrène», estime le Dr Dugré. D'un côté, Philippe Couillard affirme sa foi dans un système de santé public et universel alors que, de l'autre, il statue que le financement public ne peut plus augmenter. «Nos grands prêtres de l'économie nous disent qu'on investit suffisamment en santé, qu'on est aux limites, qu'on va frapper un mur. Donc, on met la table mais les cuisines sont fermées», a dit le Dr Dugré.
Dans le document intitulé Garantir l'accès : un défi d'équité, d'efficience et de qualité et préparé aux fins de la consultation publique, M. Couillard décrit cette «nouvelle ère de la garantie d'accès aux soins» qui commence par une dépense de 20 millions cette année. Cette garantie de soins dans des délais médicalement acceptables porte sur les chirurgies cardiaques, la radio-oncologie et les chirurgies liées au cancer. À cette première garantie de soins dont dépend la survie des patients s'ajoute une garantie de soins pour trois chirurgies électives, soit le remplacement de la hanche et du genou ainsi que les chirurgies de la cataracte. En outre, pour se conformer à l'arrêt Chaoulli de la Cour suprême, il sera permis de souscrire une assurance privée pour ces trois types de chirurgies électives. Quant au financement du système de santé, il en est brièvement question dans le document dévoilé en février. Ce financement public est jugé extrêmement problématique, comme les rapports Ménard et Clair l'avaient déjà constaté.
Hier, M. Couillard a souligné que la commission avait reçu 125 mémoires et que 3400 personnes se sont exprimées lors d'une consultation en ligne.
À l'ouverture de cette commission, Philippe Couillard a aussi eu maille à partir avec Marie-Claude Prémont, vice-doyenne de la faculté de droit de l'université McGill. Selon cette juriste, le gouvernement Charest, dans sa volonté de se conformer à l'arrêt Chaoulli, n'a pas à ouvrir la porte à l'assurance privée pour des soins couverts par le régime public. Il n'a qu'à garantir que les chirurgies et les traitements soient fournis dans des délais qui ne soient pas abusifs.
Mme Prémont a relevé que M. Couillard avait adopté «une vision conservatrice» de la garantie de soins en privilégiant une garantie public-privé où le secteur privé sera appelé à pallier les lacunes du réseau public. «Forcer le réseau public à se soumettre à des délais avant même que les mesures de respect ne soient en vigueur ne peut avoir pour effet que d'obliger le réseau public à transférer les patients sur une base continue à un réseau parallèle privé dont les fonds publics assurent ainsi la mise en place et le développement», a-t-elle fait observer.
Agacé par cette référence à une vision conservatrice, M. Couillard a fait valoir qu'il ne s'agissait pas ici d'un débat gauche-droite puisque plusieurs pays sociaux-démocrates, comme la Suède, l'Allemagne, le Royaume-Uni ou la France, font appel à la prestation privée de soins financée par l'État.


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