Rien n'est réglé

Boisclair démissionne



C’est le député Sylvain Simard qui a le plus lucidement résumé la situation provoquée par la démission d’André Boisclair : « On n’a rien réglé. Et même quand il y aura un nouveau chef, on aura seulement réglé une petite partie du problème. »
Le caucus et les militants péquistes n’en pouvaient plus des erreurs de jugement que commettait à répétition M. Boisclair. Ce sont ces nombreux faux pas, s’ajoutant au piètre score obtenu le 26 mars, qui a ont raison du leadership de l’étoile filante.
Cependant, bon nombre d’élus et de membres le savent, le PQ souffre d’un problème de fond auquel le départ d’André Boisclair ne change rien.
Si le PQ voit ses appuis fondre depuis 2003, ce n’est pas à cause de M. Boisclair. On peut encore moins blâmer le député de Pointe-aux-Trembles pour l’affaiblissement du Bloc québécois. Enfin, M. Boisclair n’est pas responsable de l’effritement des appuis à la souveraineté, qui sont aujourd’hui de retour au niveau de 1980.
Il y a déjà longtemps que les choses vont mal pour le mouvement souverainiste québécois. Au cours du référendum de 1995, seul « l’effet Bouchard » a sauvé l’option indépendantiste du naufrage. Les souverainistes ont ensuite pu se faire croire que le grand soir approchait en raison d’événements qui leur étaient favorables (l’impopularité du gouvernement Charest, le scandale des commandites) mais qui n’avaient pas grand-chose à voir avec le débat de fond.
Le « fédéralisme d’ouverture » de Stephen Harper et la montée de Mario Dumont ont changé la donne et ramené les péquistes à la réalité : hormis deux ou trois sursauts, la souveraineté n’a guère gagné d’appuis depuis que René Lévesque a soumis l’idée aux Québécois il y a un quart de siècle.
Cela ne veut pas dire que le projet souverainiste est mort. Il est ancré dans la tête et le coeur d’un trop grand nombre de Québécois pour disparaître ainsi. En outre, pour d’autres, l’indépendance est une flèche qu’il serait néfaste de tirer aujourd’hui mais qu’il vaut mieux conserver dans notre carquois collectif.
Cependant, une forte majorité de Québécois n’estiment pas utile, encore moins urgent, de relancer ce débat à l’heure actuelle. Ce qui place le Parti québécois devant un dilemme. Certains militants voudraient qu’il continue de faire la promotion de son option, peu importe le prix politique à payer à court terme. Le parti risquerait alors la marginalisation, à moins que les événements ne fassent brusquement tourner le vent en faveur de l’indépendance.
D’autres, plus pragmatiques, croient que la formation doit proposer un projet de réforme de la fédération à l’avantage du Québec, tout en conservant la souveraineté comme lointain idéal. Le problème, c’est que le terrain de l’affirmation du Québec au sein du Canada est maintenant occupé par l’ADQ de Mario Dumont.
La réorientation du Parti québécois sera d’autant plus délicate que, quelle que soit la voie choisie par la majorité des militants, elle pourrait provoquer l’éclatement du parti. D’où, à nouveau, un risque de marginalisation. On le voit, le prochain chef du PQ n’aura pas la tâche facile.
De son côté, André Boisclair ira sans doute, dans un avenir rapproché, entreprendre une nouvelle carrière. Sans le délester des torts qui sont les siens, il faut constater que M. Boisclair a été victime des circonstances. La démission de Bernard Landry il y a deux ans l’a propulsé dans une fonction pour laquelle il n’était pas encore prêt. De plus, il a hérité d’un parti qui, soûlé par le déni, n’était pas du tout disposé à remettre ses dogmes en question.
André Boisclair a fait preuve d’une ténacité et d’un courage exceptionnels. D’une grande dignité dans l’adversité, aussi, comme on a pu le voir encore hier dans sa dernière déclaration à titre de chef du Parti québécois.

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André Pratte876 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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