Au suivant…

On dit que le PQ mange ses chefs. En effet, mais comment et pourquoi ?

Boisclair démissionne



La preuve est maintenant faite, au PQ, on peut passer en quelques mois de l’engouement au rejet. André Boisclair avait pourtant tous les ingrédients pour réussir : il était jeune, tribun et allumé, il incarnait le changement et avait un sens politique aiguisé. Il avait cependant aussi tous les ingrédients pour échouer : une personnalité complexe, des erreurs de jugement, un contexte politique instable et une structure partisane impitoyable.
Nous pourrions nous attarder longuement sur la personnalité et les erreurs d’André Boisclair. Cela ne nous mènerait pas très loin car il n’est pas le premier chef à avoir une personnalité complexe et des relations humaines tièdes. Pas plus qu’il est le seul politicien à faire des erreurs et à se mettre les pieds dans les plats. Je crois profondément que la déconfiture d’André Boisclair n’est pas seulement due à sa personnalité et à ses erreurs. Il y a quelque chose de plus profond et de plus structurel qui fait que, lorsqu’on devient chef du PQ, on accepte une fonction des plus difficiles et, surtout, des plus précaires. On dit que le PQ mange ses chefs. En effet, mais comment et pourquoi ?
En politique au Québec, on peut être un chef mal-aimé de la population mais s’appuyer sur un parti politique historique (Jean Charest et le PLQ). On peut aussi être un chef populaire à la tête d’une association étudiante (Mario Dumont et l’ADQ). Mais pour diriger le PQ, on ne peut pas se contenter d’être un seul des deux. D’une part, le chef doit être populaire et inspirant parce qu’il est le premier leader du mouvement souverainiste. D’autre part, ce même chef doit être crédible et sérieux car il entend gouverner l’État québécois. Ainsi, on demande à la même personne d’inspirer les troupes du mouvement national tout en se présentant devant la population comme un chef d’État crédible à la tête d’une équipe de politiciens solides.
Le problème, ce n’est pas tant que cette combinaison soit éprouvante autant que depuis quelques années au PQ, les deux réalités (mouvement et parti) semblent de plus en plus entrer en contradiction. Il semble aujourd’hui impossible au PQ de fonctionner selon des logiques de parti sans décevoir des militants qui ne rêvent que de référendum. Depuis le dernier congrès, ce sont les éléments du mouvement qui ont dicté le programme en faisant passer le référendum sur la souveraineté tellement à l’avant-scène que l’élection du parti n’était ni plus ni moins qu’une stratégie et une tactique, un passage obligé pour un référendum. Il est donc presque impossible de parler de gouverne de l’État dans le parti car selon la nouvelle logique souverainiste, sans souveraineté, l’État québécois est ingouvernable.
Clubs politiques
Le pire, c’est que c’est aussi une logique de mouvement qui a modifié les structures du parti pour y inclure les clubs politiques. Structure fort intéressante pour l’élargissement des troupes et la multiplication des porte-parole souverainistes mais très inefficace pour la cohésion du parti et la diminution des chicanes internes publiques.
Il est à mon sens très clair que, depuis le dernier congrès, le PQ a épousé une logique de mouvement et délaissé une logique de parti. Il n’y a plus d’équilibre. Pire, il y a maintenant contradiction. Le court délai à l’intérieur duquel André Boisclair est demeuré à la barre du PQ ne constitue qu’une démonstration de plus de cette nouvelle logique. En effet, tant que ce nouveau chef se contentait d’être cette inspiration que le mouvement souhaitait, tout allait bien.
Cependant, avec l’élection qui s’approchait rapidement, ce dernier devait prouver qu’il pouvait occuper le siège de premier ministre. Il devait inspirer confiance en se bâtissant une équipe du tonnerre, en proposant une plate-forme électorale réaliste et en suggérant une gouvernance moderne de l’État québécois. Le hic, c’est que plus il préparait son parti politique à une élection, plus il s’éloignait des militants de ce même parti. La « superstar » n’était plus assez inspirante car elle était devenue trop administratrice aux goûts des militants. Souvent d’ailleurs, ce sont ces derniers qui l’ont empêché de se donner son équipe de rêve et ainsi construire sa solidité politique. Il n’était plus inspirant, il n’a pas eu l’occasion de devenir solide. Que lui restait-t-il ? Une porte de sortie. Ainsi, en quelques mois, le PQ sous sa forme actuelle est venu à bout d’un des acteurs politiques les plus talentueux de ma génération.
André Boisclair est parti mais le problème demeure. Les logiques, stratégies et les commandements d’un parti politique ne sont pas ceux d’un mouvement social. À force de vouloir faire vivre le mouvement dans le parti, on empêche ce dernier de faire le travail qu’il a à faire. L’inverse est aussi vrai car à force de vouloir transporter des logiques de parti politique dans le mouvement souverainiste, on l’institutionnalise. Et tant qu’il n’y aura pas d’équilibre et de compréhension mutuelle, le parti sera un nid à chicanes, le mouvement aura de la difficulté à mobiliser les citoyens et les chefs ne feront que passer. Au suivant…
***
Jonathan Valois
Député péquiste de Joliette de 2003 à 2007, l’auteur a été l’un des « mousquetaires », trois députés qui ont publié en 2004 un rapport controversé sur l’opinion des jeunes québécois à l’égard du PQ.

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Député péquiste de Joliette de 2003 à 2007, l’auteur a été l’un des « mousquetaires », trois députés qui ont publié en 2004 un rapport controversé sur l’opinion des jeunes québécois à l’égard du PQ.





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